Histoire de taupes

les gens autour de moi

lisent

qu’on ne me dise pas qu’ils ne lisent pas

ils lisent sur les quais du métro

ils lisent dans le métro

ils lisent sur l’escalator

des journaux gratuits

remplis de titres comme

les français se croient en bonne santé

ou

l’économie spatiale en orbite

ou

quand les arbitres voient rouge

ils lisent tout cela

j’ignore quels effets ces phrases

produisent sous leur crâne

je sais juste certaines choses

que ces gens ratent

le nez dans leur torchon

ils ne voient pas

cette porte automatique qui s’ouvre

et se referme

avec une cadence irrégulière

ils ne voient pas

cet homme qui parle tout seul

et menace plusieurs mondes à la fois

ils ne voient pas

tout ce qui les voit

Frederick Houdaer (in « NO PARKING NO BUSINESS« )

Raynald Driez – L’enfant hurle

L'enfant hurle

L’enfant hurle

Sanglant enfant sans possible sommeil

Rouge face sans odeur, celui,

Quand les enfants n’ont pas d’âge,

Qui cri les veilles de mémoire nocturne

En mille consonnes,

Il beugle un nombre de cris, le libertin enfant,

Hallucinant !

Sa précoce dépression

Enfin mienne

De cordons et de toute chair

Sa précoce dépression

Toute fraîche

Mamelon bébé

Comme un bois vert

Hurle

Fraîchement

Comme un bois vert dans la rosée

L’enfant hurle

Fraîchement

C’est un homard rouge qui sort de la mer

_ Comme elle doit être bonne ta peau salé_

L’enfant hurle

A Dinard il hurle

Dans le ventre de sa mère

Et dans son appartement

Il hurle

Il hurle en buvant

Il hurle deux yeux exorbités

Il hurle le mendiant

Il hurle sa vie de chair

Sa naissance qui plie

Il hurlera des nues en céramique

Il hurlera sa vie entière

_ Mais pour le moment tu t’ignores_

Il hurlera des vierges défoncées

Dans des tons baveux

Putain le mec il sort de terre

Des cranes en or pâle et en bleu

Des palettes de femmes chamottes à hurler

_ En bloc _

Mais pas dans son appartement

D’où il vient

Mais pas dans son appartement car

C’est de là qu’il peut hurler

Pardon my French

LPI 7

« Que trouvons-nous derrière ce vilain titre en anglais ? Des histoires de pigeons (humains & animaux). Un solstice d’hiver. Une télé sans le son. Plein de scènes de café. Paul Gégauff et Bertrand Cantat. Des rêves érotiques qui font à peine bander. Dan Fante et Ezra Pound. Playmobils & Legos. Un tueur professionnel qui s’essaye au dessin. Une terrasse en Saône-et-Loire. Un magicien « vu à la tévé » incapable de réussir le moindre tour de passe-passe. Des femmes & des lectures (nombreuses). Des souvenirs de prison, de stade & de ferry. Un méchant petit poème sur Jean-Pierre Siméon. N’en jetez plus… » F.H.

 Quelques critiques :

« Un niveau d’anglais très pauvre. Un français guère meilleur. » (Renaud Camus)

 « Niveau lyrisme : zéro. Ni souffle, ni écharpe. » (André Velter)

 « (…) J’aime les losers, mais il y a des limites. » (Marc Lambron – académicien rock)