IT’S ONLY ROCK AND ROLL BUT I LIKE IT (Gilles Farcet présente La Part du Pauvre – 2ème partie)

« Just let me hear some of that Rock and roll music, Any old way you choose it » (Chuck Berry)

PdP-p.1-tshirt-1901b-C copieFrédéric Blanc: La Part du Pauvre n’existe que depuis trois ans et en dépit de toutes les difficultés que tu viens de m’énumérer vous venez de sortir un album cohérent et d’une indéniable qualité musicale. Comment avez-vous fait pour passer en si peu de temps d’un niveau de grands débutants à celui de bons amateurs?

Gilles Farcet: C’est une bonne question. Moi-même, quand j’écoute l’album, je trouve ça un peu miraculeux. Je ne prétends évidement pas que cet album soit génial mais je pense pouvoir affirmer en toute objectivité qu’il tient vraiment la route. Les quelques personnes compétentes qui l’ont écouté sont d’accord avec moi sur ce point. En anglais on appellerait ça une «object lesson». Autrement dit, un enseignement objectif qui nous montre tout ce que l’on peut réaliser si on a une intention claire et que l’on s’y tient. Nous nous sommes accrochés contre doutes, vents et marrées. Il y a eu beaucoup de moments difficiles. Lors de certaines répétitions notre musique faisait vraiment mal à entendre. C’était catastrophique. Comme je l’ai dit, nous étions tous en phase d’apprentissage… Mais au final, le résultat est là… Et il ne faut pas s’imaginer non plus que nous ayons énormément répété. Tous les membres du groupe ont des vies assez chargées. Moi le premier. Nous avions donc quantitativement assez peu de temps à consacrer à ce projet. Nous avons dû répéter en moyenne une fois par mois pendant deux ou trois heures. Pour un groupe de gens inexpérimentés ce n’est vraiment pas beaucoup!

F.B.: Vois-tu un facteur déterminant qui puisse expliquer cette réussite?

Gilles Farcet: Notre succès vient du fait que j’avais dès le début une vision très précise du style musical que je voulais donner au groupe. Cela nous a évité de perdre beaucoup d’énergie en débats stériles. Nous avons pu nous concentrer entièrement sur la musique. Pour qu’un groupe ait une chance de réussir, il faut que l’un de ses membres prenne sur lui de définir un cap et d’en être le garant. Il se trouve qu’au sein de PdP, c’est moi qui assume ce rôle. Quand j’ai fondé le groupe, j’ai expliqué clairement à tous les membres pressentis que La Part du Pauvre serait une dictature éclairée. C’était une sorte de contrat. A eux de voir s’ils voulaient participer à l’aventure dans ces conditions. Soyons clairs, je ne m’attribue pas du tout la qualité du résultat auquel nous sommes parvenus. Cet album est entièrement une oeuvre collective. Nous avons travaillé tous les morceaux ensemble. Chacun y a mis sa patte. Il est cependant essentiel qu’il y ait une direction claire, une identité arrêtée, une vision à long terme. Cela n’exclut pas la création collective. Bien au contraire! Ma conviction est que la création collective devient de plus en plus possible au fur et à mesure qu’un groupe trouve son identité. C’est très clair avec PdP. Maintenant que nous avons enregistré cet album, nos répétitions prennent un tour différent. Nous avons appris à nous écouter. Nous pouvons vraiment commencer à créer collectivement. Et ce, même sur la base d’une composition que j’apporte au départ.

F.B.: Si je comprends bien, c’est toi qui écris et composes l’essentiel du répertoire de PdP.

Gilles Farcet: Toutes nos compositions sont signées La Part du Pauvre. En pratique il est cependant vrai que jusqu’à présent c’est moi qui ai fourni la totalité des paroles et des musiques (originales ou non). A l’avenir, je serais sincèrement ravi si tel ou tel membre du groupe nous soumettait des idées de chansons. Il faut bien sûr que ces morceaux restent dans l’esprit du groupe. Le grand danger c’est la dispersion. Ce qui fait aussi la force (d’ailleurs toute relative) de notre album c’est son homogénéité. Tous les styles que nous abordons sur le disque sont parfaitement compatibles entre eux. L’auditeur n’a jamais l’impression que nous faisons de grands écarts entre des univers musicaux radicalement différents.

F.B.: Justement, peux-tu nous dire quel est le style musical de PdP?

10548674_1436745443281905_6228014716352553396_oGilles Farcet: Notre identité musicale est en gros celle d’un groupe de rock blues basique. Ce choix renvoie là aussi au nom du groupe (La Part du Pauvre). De toute façon on n’avait pas les moyens de faire compliqué…

F.B.: Y-a-t-il d’autres raisons qui expliquent ce choix?

Gilles Farcet: Ça n’est pas très mystérieux. Il se trouve que j’ai un amour de longue date pour le blues, le rock, voire le rockabilly «basique». Entre parenthèses, je me suis aperçu que ce type de musique est somme toute assez difficile à interpréter. Cela n’a bien sûr rien à voir avec le jazz ou des musiques techniquement plus complexes… Mais au final, jouer un rock ou un blues qui soit parfaitement en place demande un véritable apprentissage. C’est loin d’être à la portée du premier venu. Le rock vise une efficacité maximale au travers d’une très grande économie de moyens.

F.B.: Pourquoi écrire des paroles en français?

Gilles Farcet: Parce que les paroles sont importantes. Il faut donc qu’elles puissent être facilement comprises. S’ils n’ont jamais la prétention de délivrer un message, les textes disent par contre quelque chose d’une démarche, d’un certain type de préoccupations… Je crois que sur la page Facebook du groupe, nous avons écrit une phrase du style: «On peut conjuguer twist et angoisses métaphysiques, rock et préoccupations existentielles.» Je ne saurais mieux dire. J’étais très attiré par l’idée de monter un groupe qui interpréterait des chansons dont les paroles posséderaient une certaine originalité alors que la musique serait complètement prévisible. Mon idée c’est que dans chaque morceau de PdP on reconnaisse immédiatement tous les clichés volontairement assumés d’un certain style. A l’écoute de quelques-unes de nos chansons, l’auditeur va immédiatement reconnaître tous les plans archi classiques d’un certain style de blues rock à la Eric Clapton période Cream. D’autres chansons sont construites sur les structures stéréotypées du rockabilly ou du rock n’ roll façon Chuck Berry. C’est la raison pour laquelle il est précisé sur la pochette de l’album que notre musique est puisée dans ce que j’appelle «la grande base de données». Même nos propres compositions n’ont rien d’original… Il y a quelque chose de charmant dans le fait de pouvoir s’abandonner à une écoute confortable parce que connue d’avance… L’une des références consciemment assumée de PdP c’est le groupe français Au Bonheur des dames. Je me suis inspiré de la manière dont ces très bons musiciens jouaient déjà dans les années 70 sur un second degré par rapport à un style de musique qui datait plutôt des années 50 ou 60.

F.B.: C’est tout de même assez différent. Au Bonheur des dames était un groupe essentiellement satirique dont les paroles ont toutes une tonalité joyeusement délirantes. Ça n’est pas le cas des vôtres. Je pense en particulier à celles du Blues du blindé…

Gilles Farcet: Le blues du Blindé… Ah oui… Ça n’est effectivement pas très drôle… La chanson décrit la manière dont10498078_1436744943281955_2150688958321151885_o chacun peut se fermer, se couper entièrement de toute forme de vulnérabilité, en arriver à arborer un masque et à traverser l’existence sans rien apprendre. Oui, c’est un texte assez terrible… Cela dit beaucoup de textes du blues classique sont tout aussi cruels et déchirants.

F.B.: Est-ce que Pascal Pourré a joué un rôle déterminant dans l’enregistrement de votre album? Quel est exactement son rôle dans les progrès de PdP?

Gilles Farcet: Pascal Pourré est intervenu uniquement au moment de l’enregistrement de l’album. Avant cela, il n’a jamais eu aucun contact avec PdP. J’ai fait appel à Pascal parce que d’une part c’est un grand ami; une personne dont je me sens proche. D’autre part, j’avais déjà enregistré trois albums avec lui… Nous avions donc déjà une certaine expérience de travail ensemble… Pascal est un excellent guitariste. Plus largement, c’est aussi un musicien hors pair qui a suivi une formation musicale extrêmement poussée. Il se situe donc aux antipodes de PdP. C’est quelqu’un qui en une demi-heure est capable de vous écrire un arrangements de cordes sur un coin de table. Il a de plus une fraîcheur qui n’est pas facile à trouver chez un musicien de ce niveau là. En dépit de sa science et de ses immenses compétences musicales, il conserve une innocence d’écoute et continue à prendre plaisir à jouer et à écouter une musique simple et basique. Pascal n’est pas du genre à vouloir tout compliquer. C’est une qualité rare. Je lui ai donc demandé d’enregistrer, de produire, et de réaliser notre album. Je tiens cependant à préciser qu’il n’a pas fait office d’arrangeur. Tous les arrangements que l’on entend sur l’album sont l’oeuvre de La Part du Pauvre. Nous avons enregistré nos chansons quasiment en live au stade où elles en étaient arrivées à ce moment là. On a fait trois prises en moyenne pour chaque morceau. Quatre au grand maximum. Il y a eu très peu de raccords, et aucun morceau n’a été réarrangé par Pascal. Son rôle a surtout consisté à nous accompagner et à nous soutenir pendant la durée, d’ailleurs très courte, de l’enregistrement. Il a ensuite effectué un superbe travail de mixage et de mastering.

F.B.: Au risque de me répéter, je dois avouer que je suis impressionné par votre audace. Malgré des moyens somme toute limités vous êtes parvenus en un temps record à enregistrer un disque drôle, percutant et souvent profondément émouvant…

Gilles Farcet: «L’important n’est pas de toujours penser mais d’oser» Cette citation est tirée du texte de l’une de nos chansons précisément intitulée «La part du pauvre». Notre hymne en quelque sorte. C’est un morceau très second degré où le groupe se présente avec humour et honnêteté: bien sûr on n’est pas de grandes pointures musicales mais on s’amuse bien et on prend plaisir à se produire et à être ensemble… Cette démarche nous ramène un peu aux origines du rock. On l’oublie souvent aujourd’hui mais la majorité des grands groupes fondateurs du rock étaient au départ composés de gens qui ne connaissaient strictement rien à la musique. A cette époque il n’existait encore ni méthode ni professeur pour vous apprendre à jouer de la guitare électrique. Des gens comme John Lennon, Keith Richards, ou Eric Clapton ont tout appris à l’oreille en réécoutant indéfiniment les mêmes vieux vinyls. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’ils étaient animés par un feu sacré. L’action. La mise en pratique dans le relatif. Les Beatles ont appris leur art en jouant nuit après nuit après nuit…. Après s’être produit des milliers de fois à Hambourg, Liverpool et ailleurs, ils étaient devenus une excellente formation de rock qui était prête à enregistrer. Ma conviction est que ni le blues ni le rock n’auraient jamais vu le jour s’il n’avait existé que de grands musiciens torturés qui avant de se décider à jouer une note s’étaient demandés s’ils avaient le niveau, s’ils étaient prêts, s’ils avaient le droit d’oser… A sa bien faible mesure, la Part du Pauvre renoue avec cet esprit des origines. Lorsque je dois composer un solo par exemple, je ne perds pas de temps à me poser des cas de conscience inutiles… J’essaie simplement de voir quel est le type de solo qui va le mieux s’intégrer à la chanson. J’écoute ce qu’ont fait George Harrison ou Mick Taylor sur tel ou tel morceau. J’essaie de reproduire leur solo, je l’étudie et je m’en inspire pour trouver une idée un peu originale et efficace.

F.B.: Quelles sont vos ambitions pour l’avenir?

Gilles Farcet: Nous n’avons aucune ambition. Par contre nous avons une intention très claire. Nous voulons cultiver une PdP-affiche-1901bdynamique Pour se faire, il faut se produire régulièrement en public. Compte tenu que nous avons tous des vies bien remplies, nous ne donnerons cette année qu’une dizaine de concerts à droite et à gauche. Il y a deux semaines nous nous sommes produits dans le Poitou. Bientôt nous jouerons à Clermont-Ferrand, puis à Lyon, enfin à Paris. Notre but est de rencontrer un public plus varié qui dépasse le seul cadre de nos «fans» habituels. Nos concerts seront ouverts à tous. Ils seront annoncés par voie d’affiche. Nous allons jouer devant des publics d’inconnus qui ignorent tout de nous et viendront nous voir comme ils seraient venus voir n’importe quel groupe de rock. Notre intention pour cette année est donc de cultiver cette dynamique de groupe: voyager ensemble, jouer ensemble, installer et remballer le matériel ensemble etc.. Cette dynamique implique aussi toutes les personnes qui nous accueillent sur place ainsi que les «roadies» de WPA: Alexandre, Nicolas, Frédérique Meillan etc. A terme, je souhaiterais que nous organisions carrément une petite tournée de quinze jours ou d’un mois… Je veux que nous fassions l’expérience de sillonner la France en continu. Mais à priori ce n’est pas pour tout de suite…

F.B.: Y-a-t-il une autre album en perspective?

Gilles Farcet: Oui. Le robinet de ma créativité est assez ouvert en ce moment. Je pourrais presque dire que j’ai déjà dans mes tiroirs la totalité du deuxième album de La Part du Pauvre. On verra ça d’ici un ou deux ans. Pour l’instant l’intention c’est de jouer, de jouer et de jouer encore. Nous allons partager le travail accompli.

LE 20 SEPTEMBRE, La Part du Pauvre est EN CONCERT à LA DISTILLERIE

Le 20 septembre à 20h, La Part du Pauvre sera en concert à LA DISTILLERIE (à Saint Pierre de Maillé, tout près d'Angles sur l'Anglin). Voici le lien vers le site de la distillerie http://www.distillerie-de-reves.com/ La Part du Pauvre partagera l'affiche avec Thierry Gaillard, auteur compositeur de chansons françaises. ATTENTION LES PLACES SONT LIMITÉES!!!

Le 20 septembre à 20h, La Part du Pauvre sera en concert à LA DISTILLERIE (à Saint Pierre de Maillé, tout près d’Angles sur l’Anglin). Voici le lien vers le site de la distillerie http://www.distillerie-de-reves.com/
La Part du Pauvre partagera l’affiche avec Thierry Gaillard, auteur compositeur de chansons françaises. ATTENTION LES PLACES SONT LIMITÉES!!!