Le défi d’Être (Réedition)

Denise, GillesExtrait de la réedition du Défi d’Etre (dialogues avec Denise Desjardins) aux éditions  Dervy Livres

Gilles Farcet: On a envie de vous demander : à quoi bon en passer par là ? Pourquoi ne pas vivre tranquille en laissant sommeiller les monstres qui dorment en nos profondeurs, puisque leur réveil provoque de tels bouleversements…

Denise Desjardins: Je vous répondrai que si monstres il y a, on ne vit pas tranquille ! Tout au plus réussit-on, en dépensant beaucoup d’énergie, à survivre avec ses démons, à se maintenir dans un pseudo- équilibre sans cesse menacé. On habite sur un volcan prêt à se rallumer, ou au sommet d’un immeuble susceptible de s’effondrer à la moindre secousse. Je n’appelle pas cela vivre… D’autant que, plus les années passent, plus l’édifice se fissure, et l’on ne se dirige pas vers un vieil âge et une mort paisibles. Par ailleurs, tout dépend de ce que l’on veut, de ce que l’on recherche. Je ne voyais pas en Svâmiji un psychanalyste ou un thérapeute, mais bien un gourou, un sage dispensant un enseignement métaphysique. Le lying s’intégrait dans une démarche globale de connaissance de soi et de recherche du Soi ; c’était un élément parmi d’autres de la quête de l’absolu. Je ne me considérais pas vraiment comme une femme soucieuse de guérir de sa névrose mais comme une apprentie-disciple d’un maître védantique, et c’est là toute la dif- férence. Je n’étais pas partie en Inde pour y dénicher un super psychanalyste, même si le lying a joué un rôle essentiel dans mon propre cheminement. toutes les traditions spirituelles enjoignent aux disciples d’affronter leurs démons et ne cachent pas que cette démarche comporte certains dangers. Comme le disait Svâmii : « Le chemin n’est pas pour le lâche. » Il faut assumer et payer le prix. Peut-être ai-je moi-même payé un prix très élevé… mais je ne le regrette pas. Oui, vraiment, je ne regrette pas d’avoir payé le prix de la vérité. J’ai rencontré et connu la vérité de mon être, et cela n’a pas de prix. Si c’était à refaire, je recommencerais. un cer- tain degré de liberté intérieure, le fait de ne plus subsister dans une attitude défensive ou de camouflage vis-à-vis de mes propres émotions, valaient bien cela.

le défi de l'être

Gilles Farcet – Ce qui souffre en toi

Ecoute écoute
écoute ce qui souffre en toi
Ecoute

N’attends pas d’être à terre
N’ attends pas l’avènement de ta déconfiture

Cale ton oreille au plus près
De ce qui souffre en toi
Au lieu de faire le fier

N’attends pas les grincements de dents
N’attends pas qu’on te jette au feu
Rabaisse ta prétention, je dis, rabaisse là

Oui je t’en prie, écoute
Ce qui en toi jamais ne s’est réconcilié
Ce qui veut en découdre
Redresser tous ces torts qui te furent infligés

Ecoute cette voix sans merci
Eprouve tout le poids de ce bras armé
Toujours tendu dans son effort
De disperser tes ennemis

N’attends pas de te voir démasqué
Sans t’ y être préparé

N’attends pas la honte
La peau à vif et cuisante
L’aperçu dévastateur
De ta stupidité faraude

Oui , ami, n’attends pas
L’envie de te foutre par la fenêtre
Quand tu te dis que tu ne vaux rien
N’attends pas, ami,
De crever comme chien

Ecoute
Non pas ce qui se plaint
Non, pas cela, mais bien

Ce qui souffre en toi

Cette voix là
T’indique le chemin
Cette voix là ne te trompe pas

La Stratégie de Survie

« It ain’t about money, it ain’t about power and fame

It ain’t about defending your sacred family name

What has got us caught in its claws

It’s survival, survival – it’s done in every rival. Survival. »

Lee Lozowick – Survival

thangka-mahakala-1024-03Je vous propose de débuter cette nouvelle année scolaire par un long interview de Gilles Farcet consacré à ce qu’il appelle la « stratégie de survie ». Bonne rentrée à tous !

Frédéric Blanc : La stratégie de survie. Voilà une expression bien dramatique. D’où vient-elle ?

Gilles Farcet : Pour être honnête, je ne m’en souviens plus… Ce qui est certain c’est que je ne l’ai pas inventée. Je sais que Lee Lozowick l’emploie dans son livre Alchemy of Transformation que j’ai ensuite traduit en français sous le titre L’Alchimie du réel. Je ne suis cependant pas sûr qu’il soit le premier à l’employer. Cela n’a d’ailleurs pas grande importance… Si j’ai choisi d’utiliser cette expression à mon tour c’est qu’elle décrit précisément le mécanisme dont je veux parler.

F.B. : Entrons immédiatement dans le vif du sujet. C’est quoi la stratégie de survie ?

Gilles Farcet : La stratégie de survie est un plan de bataille qui s’élabore souvent très tôtStrat15 dans la petite enfance. Il s’agit d’une réaction massive par rapport à des émotions que l’enfant ressent comme ingérables et face auxquelles il se sent complètement affolé et démuni. Il ne s’agit bien évidemment pas d’un processus conscient… L’enfant ne décide pas délibérément de faire face à ses angoisses en adoptant tel ou tel positionnement. Cette formidable mécanique se met en place à son insu… La deuxième étape de ce processus intervient de manière tout aussi inconsciente au moment de l’adolescence. Le jeune homme doit alors relever le terrible défi consistant à exister de manière autonome et originale. C’est le moment où les cartes de la stratégie de survie cherchent non pas à se redistribuer mais à se jouer pour de bon. A partir de ce qui a cristallisé dans l’enfance, une forme de rapport au monde, donc d’identité, commence à se développer…

F.B. : Elaborons-nous une stratégie de survie unique ou sommes nous à même d’en développer une grande variété ?

Gilles Farcet : Autant que je le comprenne aujourd’hui, la stratégie de survie peut prendre différentes formes sans pour autant changer de nature. C’est un peu comme un tronc d’arbre sur lequel poussent de nombreuses branches. Les différentes formes prises par cette stratégie de survie se rattachent toutes à une base commune. En dépit de la multiplicité de ses ramifications, la stratégie de survie reste unique.

F.B. : Notre vie entière est donc contrôlée par un mécanisme unique ?

Gilles Farcet : Oui. Il faut se rappeler que la stratégie de survie émane de notre blessure la plus fondamentale. Elle va donc se manifester de manière globale. Tous les domaines de notre vie vont s’en trouver affectés: notre carrière professionnelle, nos relations amicales, amoureuses et familiales. Si nous entreprenons un travail spirituel elle influencera également notre relation avec les personnes qui nous accompagneront dans cette démarche.

F.B. : A ce stade, je te propose de clarifier ton propos en nous donnant un exemple de stratégie de survie…

Strat6Gilles Farcet : Comme tu me l’as fait justement remarquer au début, l’expression « stratégie de survie » a effectivement une connotation un peu tragique… Cela peut facilement nous donner l’impression que sa mise en place répond à la nécessité d’échapper à un danger physique mortel… La réalité est souvent loin d’être aussi spectaculaire. Les individus qui élaborent une stratégie de survie ne sont pas uniquement ceux qui ont vécu des enfances effroyables. Nous savons tous que ces histoires existent et leurs protagonistes ne manquent pas de développer des stratégies de survie à la mesure du traumatisme subi… Pour aujourd’hui, je vais laisser ces cas extrêmes de côté pour me contenter de parler des stratégies de survie qui se situent dans « la moyenne ». Elles sont le produit d’une histoire ordinaire qui n’a rien de tragique ou d’idéal. Les ressentis ingérables dont je parle peuvent très bien ne pas attirer l’attention d’un témoin extérieur. Objectivement parlant il ne se passe rien de particulièrement frappant… Pas de quoi faire la une de Paris Match… Imaginons par exemple un enfant plutôt doué intellectuellement mais très maladroit de ses mains… Né dans une famille d’intellectuels, sa maladresse n’a pas grande importance. C’est à peine si on la remarque. L’enfant se sent plutôt aimé, valorisé et soutenu par les siens… Arrive le moment d’entrer à l’école primaire… Ce garçon un peu gauche se sent alors agressé par ses petits camarades qui tournent son manque d’habileté en dérision. Confronté à cette expérience, l’enfant ne comprend pas. Son émotion est si forte qu’elle en devient ingérable...

F.B. : En quoi cette émotion est-elle « ingérable » ?

Gilles Farcet : Son ressenti est ingérable dans la mesure où sa famille lui renvoie une certaine image de lui-même alors que son instituteur et ses copains de classe le perçoivent de manière radicalement différente… Il se demande donc qui il est. Est-il cet être aimé et admiré par sa famille ou cet empoté dont on se moque à l’école ? Cette situation en apparence anodine le confronte à quelque chose qu’il ne maîtrise pas et vis à vis duquel il ne sait pas comment se positionner… Ajoutons à cela que les moqueries font inévitablement naître des émotions d’impuissance, de désespoir mais aussi de colère. Comme l’enfant est incapable d’exprimer ce genre de ressentis au grand jour, le cycle des émotions refoulées se met aussitôt en route…

F.B. : Excuse-moi d’insister mais l’adjectif « ingérable » n’est-il pas un peu exagéré pour décrire les émotions générées par une bagarre de cours de récréation ?

Gilles Farcet : Quand j’emploie le mot « ingérable » je pointe vers quelque chose qui est strat2ressenti comme incohérent, incompréhensible et d’une certaine manière absurde… Quand on en parle à l’âge adulte tout cela paraît bien banal et inoffensif. Il ne faut cependant pas oublier que l’enfant fait preuve d’une sensibilité exacerbée et qu’à ses yeux tout prend une valeur absolue. C’est seulement en grandissant que nous commençons à « relativiser » comme on dit… Et encore ! Il suffit de voir la facilité avec laquelle nous nous laissons emporter par nos émotions… L’enfant, et plus encore le nourrisson, interprètent toutes leurs expériences en termes de survie. Si la nourriture arrive à temps tout va bien. Si elle tarde il se sent immédiatement en danger de mort imminente. Il est incapable de rationaliser, de se dire que sa mère est un peu fatiguée ou qu’elle a été retardée… Il fait alors face à « la différence ». Ce que Swami Prajnanpad appelait « la première grande loi du réel ». D’une certaine manière on pourrait dire que la stratégie de survie naît avec la prise de conscience de la différence. Je ne suis pas seul au monde. Ma mère n’est pas une extension de mon être. Je ne la contrôle absolument pas. Elle peut agir à sa fantaisie ce qui implique que je suis totalement à sa merci. C’est avec ce sentiment d’impuissance radical que tout commence…

F.B. : Qu’est-ce qui commence ?

Gilles Farcet : C’est à ce moment là que cette fameuse stratégie de survie va cristalliser en nous. Elle prend d’abord la forme d’une certaine vision du monde. L’enfant dont je parlais tout à l’heure va commencer par se persuader que le monde extérieur est dangereux et qu’il ne peut pas se sentir en sécurité en dehors de son cercle familial et intime. Plutôt favorisé intellectuellement, il aura aussi mécaniquement tendance à surévaluer les activités cérébrales et artistiques au dépend des activités manuelles et sportives. Il se dira par exemple : « je suis différent de toutes ces brutes épaisses qui font la loi dans la cour de récréation. Ils sont certes plus forts et plus habiles mais je suis tellement plus intelligent, sensible et profond que ces imbéciles ». Il en tire inévitablement la conclusion qu’il leur est supérieur et se met à les mépriser.

F.B. : La première conséquence de notre stratégie de survie est de déformer notre vision du monde ?

Gilles Farcet : Tout à fait. Pour citer Swami Prajnanpad, nous ne vivons alors plus dans « le monde mais dans notre monde ». La stratégie de survie se situe donc au cœur de ce que l’on appelle l’ego et le mental. L’ego c’est à dire la conviction que nous sommes fondamentalement séparés du reste du monde et le mental qui désigne la somme des élaborations intellectuelles qui tendent à justifier ce sens fondamental de la séparation. C’est là que le travail spirituel rencontre le domaine de la psychologie… A mon avis, la séparation entre travail spirituel et travail psychologique est erronée et artificielle. C’est une manière assez grossière de découper l’humain en tranches. S’il est approprié de distinguer le niveau psychologique du niveau spirituel, il est en revanche absurde de vouloir les séparer dans le travail de maturation intérieur.

F.B. : Pourquoi est-il indispensable de tenir compte de la dimension psychologique pour effectuer un travail spirituel ?

Strat14Gilles Farcet : Si j’aborde les choses sur un plan purement métaphysique je vais inévitablement manquer de pertinence et d’efficacité. Si je te jette par exemple à la tête que ton vrai problème est de te prendre pour une entité séparée, ça peut t’intéresser intellectuellement. Si tu as une certaine tournure d’esprit, ça peut même te passionner… Ce qui est sûr c’est que cela ne te mettra pas en danger. Par contre, si je mets en cause de manière très concrète un certain nombre de tes dysfonctionnements et si je te fais comprendre qu’ils sont l’expression de ta souffrance la plus intime, il y a de fortes chances que tu sois sérieusement secoué. C’est l’un des sens que l’on peut donner à cette formule de Swami Prajnanapad : « la voie est dans le particulier, pas dans le général. » Je répète qu’à mon avis le sens fondamental de la séparation dont nous cherchons à émerger n’est pas uniquement un principe métaphysique abstrait. Ce principe s’incarne. Il s’articule chez chacun autour de quelques nœuds très précis qui relèvent de la psychologie. Par contre, si nous voulons réellement émerger de ce nœud, une perspective purement psychologique ne suffit pas. Nous devons nous ouvrir à une perspective spirituelle…

F.B. : La virulence de cette stratégie de survie est-elle identique chez tout le monde ?

Gilles Farcet : Non… La puissance de la stratégie de survie peut varier selon les individus. Nous n’avons pas tous connus la même existence. Au sortir de l’enfance certains sont profondément blessés alors que d’autres ont pu conserver une bonne part de leur liberté et de leur innocence… Il existe des éducations extrêmement aliénantes et destructrices. Elles conduisent tout droit à la folie ou tout au moins à des dysfonctionnements massifs. D’autres formes d’éducation sont en revanche beaucoup plus positives. Elles produisent des individus beaucoup plus proches de ce qu’ils ressentent et mieux à même de se comprendre et de s’ouvrir aux autres… Mais personne ou presque ne sort totalement indemne de l’enfance… Même les enfants les plus privilégiés vont être exposés à un certain nombre d’expériences traumatisantes…

F.B. : Il semble que nous soyons tous condamnés à élaborer une stratégie de survie. Son apparition semble aussi inévitable que l’apparition du désir sexuel à l’adolescence…

Gilles Farcet : Oui, l’élaboration d’une stratégie de survie et l’apparition du sens de la séparation qui en résulte sont des étapes apparemment inévitables et hautement nécessaires du développement humain… Ceux qui en font l’économie finissent en général à l’H.P…

F.B. : Notre stratégie de survie a donc aussi une dimension très positive. Après-tout, nous lui devons d’être là aujourd’hui… Pourquoi la remettre en cause ?

Gilles Farcet : Entre autre chose parce que notre stratégie de survie a depuis longtemps cessé d’être adaptée à notre situation présente. Comme je le dis parfois en riant : le refuge d’hier est le trou à rat d’aujourd’hui.

F.B. : A quoi reconnaît-on que notre stratégie de survie ne nous est plus d’aucune utilité ?

Gilles Farcet : Le signe qui ne trompe pas c’est qu’elle s’accompagne toujours d’un sentiment Strat7de peur et de crispation. Lee Lozowick en parlait également comme de notre « crampe fondamentale ». Elle nous oblige à mettre compulsivement en avant certaines facettes valorisantes de nous même et à refouler toutes celles qui nous paraissent inacceptables. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la stratégie de survie ne parvient pas à nous sécuriser. Elle est impuissante à faire taire nos doutes. Je dirais même qu’elle les attise : Et si mes accomplissements et mes soi-disantes qualités n’étaient finalement que du vent ? Il m’a été possible de faire illusion jusqu’à maintenant. Il suffirait cependant que les autres prennent conscience de ma faiblesse ; qu’ils comprennent à quel point je suis terrorisé et démuni pour que je sois démasqué et que je perde tout etc. etc. C’est le fameux syndrome de l’imposteur dont sont affligés la très grande majorité des occidentaux. Crois-tu vraiment que l’on puisse être en paix dans ces conditions là ?

F.B. : La stratégie de certains semble pourtant gagnante…

Gilles Farcet : Elle peut être socialement gagnante sans être véritablement satisfaisante sur le plan humain. Certains d’entre nous sont par exemple affligés d’un fort besoin de reconnaissance. Nous connaissons tous des personnes qui cherchent à se rassurer en monopolisant compulsivement l’attention. Leur stratégie est gagnante dans la mesure où ils dominent la conversation. Elle est cependant perdante si l’on considère qu’ils sont beaucoup trop tendus et inquiets pour goûter pleinement la reconnaissance à laquelle ils accèdent. La stratégie de survie nous empêche de jouir de la vie. Etant incapables d’intégrer nos expériences, nous sommes condamnés à les répéter. C’est sans fin… La stratégie de survie recycle tout dans une même mécanique. Elle fabrique du vieux au kilomètre.

F.B. : Bien sûr… Tu ne m’enlèveras cependant pas de l’idée que certains semblent « avoir adopté » une stratégie plus enviable que d’autres. L’existence d’un alcoolique est par exemple très différente de celle d’un sportif de haut niveau par exemple…

Strat3Gilles Farcet : Il est certain que du point de vue de la réussite sociale, le grand sportif a développé une stratégie de survie « gagnante » tandis que celle de l’alcoolique sévère est « perdante ». Il n’en reste pas moins qu’un certain nombre de sportifs de haut niveau ont développé leurs aptitudes pour échapper à une béance émotionnelle qui menaçait de les engloutir… A un certain niveau, l’athlète va évidemment mener une existence incomparablement plus riche et valorisante que celle du pauvre type occupé à cuver sa cuite dans un gourbi infâme. Mais si l’on se place du point de vue de la liberté, de la détente et de la capacité de communion, on constatera souvent qu’il n’y a pas de vraie différence entre le sportif et le soiffard… L’un et l’autre sont mus par la peur. Leurs actions ne sont que des tentatives plus ou moins habiles et lucides pour échapper à la souffrance. Au risque de me répéter, je maintiens qu’au final, le seul critère valable c’est celui de la paix intérieure. C’est un critère spirituel… La personne se sent-elle oui ou non ouverte, détendue et compatissante ? Tout le reste est littérature… On retrouve chez les mystiques de toutes les traditions à peu près toutes les catégories socioprofessionnelles… Certains étaient de grands marginaux. Ce fut par exemple le cas de Yogi Ramsuratkumar. Pendant plusieurs décennies, il a mené l’existence d’un mendiant. Il se situait tout en bas de l’échelle sociale. Il était méprisé par beaucoup de ses concitoyens. Certains allaient même jusqu’à lui jeter des pierres… A l’inverse, on a également des exemples de saints ou sages qui ont connus une réussite sociale éclatante. Ce fut le cas du même Yogi Ramsuratkumar à la fin de sa vie. Mais qu’il ait été un mendiant persécuté ou un maître spirituel honoré, il est toujours resté détendu, ouvert et plein de compassion… Le critère n’est pas de savoir si notre stratégie de survie est « gagnante » ou « perdante » mais jusqu’à quel point nous en sommes libres.

F.B. : Je ne comprends pas pourquoi un comportement autodestructeur comme l’alcoolisme peut être qualifié de stratégie de survie…

Gilles Farcet : Une stratégie de survie « perdante» peut être comprise comme une réaction malheureuse à des chocs traumatiques. C’est la seule manière que la personne a trouvée pour se protéger et tenter de gérer sa souffrance. La dépendance d’un alcoolique, pour prendre un exemple malheureusement très courant, s’explique par son incapacité de faire face à des émotions ingérables. Cette stratégie est évidemment « perdante » dans la mesure où elle finira par aboutir à une forme ou une autre de tragédie. Pour beaucoup de personnes, c’est cependant la seule manière de ne pas couler à pic. A court terme en tout cas…

F.B. : Ceux qui sont affligés d’une stratégie de survie perdante ont-ils au moins plus de facilité à la remettre en cause ?

Gilles Farcet : Pas du tout. Ils sont confrontés aux mêmes difficultés que les autres. Strat16L’identification est tout aussi forte. Il est difficile de remettre son monde en cause même si celui-ci est douloureusement dysfonctionnel. L’identification a partie liée avec la peur. Cela est particulièrement frappant chez ceux qui souffrent de ce que j’appelle parfois « le syndrome de l’enfant blessé ». Ces personnes croient dur comme fer qu’il est très dangereux de s’ouvrir à l’amour ou à l’amitié. Elles ont la conviction qu’elles finiront inévitablement par être trahies, bafouées et abandonnées… Cette stratégie peut être qualifiée de « perdante » dans la mesure où la personne finit par croupir seule dans son trou à rat. En dépit de cette souffrance, la peur est tellement forte et l’identification si absolue que la personne cherchera à saborder de manière consciente ou inconsciente la moindre opportunité de relation… Elle fera le nécessaire pour que sa conception du monde soit à nouveau vérifiée et justifiée… C’est tragique… Lorsque cet enfant blessé commence miraculeusement à s’ouvrir, la stratégie de survie ne tarde pas à reprendre brutalement le dessus. C’est « le retour offensif de la bête immonde » pour citer le titre d’un passage des évangiles… A partir de là, l’enfant blessé va déployer une créativité effrénée et inconsciente pour décourager la personne qui a été assez téméraire pour chercher à entrer en relation avec lui… Il se montre généralement d’une efficacité redoutable. C’est un cas que j’ai souvent rencontré au cours de ma petite carrière d’accompagnateur… La dynamique de l’enfant blessé est parfois si puissante qu’il est complètement impossible de lui venir en aide…

F.B. : Comment est-il possible de prendre conscience de sa stratégie de survie et d’en émerger ?

Gilles Farcet : Ah, voilà une question intéressante ! On aborde enfin ce que M. Gurdjieff appelait le « travail ». Notre stratégie de survie représente pour nous un angle mort. Il est très difficile d’en sortir. Notre seule chance d’y arriver est de bénéficier de l’aide de personnes qualifiées. La présence d’un groupe bienveillant, ce que les bouddhistes appellent une « sangha », est une aide très précieuse.

F.B. : Pourquoi est-il tellement difficile d’être lucides sur nous-mêmes ?

Gilles Farcet : Ce qui nous empêche d’être lucides sur nous mêmes c’est que nous sommes totalement identifiés à notre monde… La plus grande difficulté de ce travail vient de ce que notre stratégie de survie se fonde souvent sur des qualités objectivement précieuses : le charisme, l’intelligence, la précision, la force de travail… Ces qualités nous sont souvent d’autant plus précieuses que se sont précisément elles qui nous ont permis de survivre et de nous déployer dans le monde. Lorsque nous commençons à remettre en cause notre stratégie de survie nous avons l’impression de devoir renoncer aux talents sur lesquels nous avons fondé notre identité. En fait, il nous est seulement demandé de ne plus en faire un usage névrotique…

F.B. : A quel signe pouvons-nous reconnaître que nous faisons un usage névrotique de nos qualités ?

Srtat4Gilles Farcet : Dès qu’un comportement, même tout à fait légitime, commence à devenir excessif, tu peux être sûr qu’il y a quelque chose de suspect. Swami Prajnanpad utilisait souvent le terme « overemphasis » pour désigner ce genre de dérive. Prenons l’exemple du besoin de contrôle… Au quotidien, un minimum de maîtrise est évidemment nécessaire. Il faut prévoir, planifier, organiser… Imaginons maintenant une personne mue par une puissante pulsion de contrôle. Elle est intelligente, efficace, fiable… On peut avoir toute confiance en elle. Si ces qualités sont instrumentalisées par sa stratégie de survie, son comportement sera rigide, obsessionnel et au final contre-productif. Comme l’ego et le mental prêchent toujours le vrai pour perpétuer le faux, elle justifiera son attitude inappropriée en mettant en avant des nécessités réelles. Elle pourra même se réclamer de certains aspects de l’enseignement de Swami Prajnanpad pour légitimer sa névrose. Swamiji n’a t’il pas affirmé que le fait de ne pas remettre un objet à sa place constituait un « crime contre le Soi » ? etc. etc.

F.B. : En quoi la présence d’un groupe peut-il nous être utile dans ce travail de remise en cause ?

Gilles Farcet : Si notre stratégie de survie représente pour nous un angle mort, elle est en revanche bien connue de nos proches… Ils nous percent très facilement à jour… Il se peut qu’ils ne le fassent pas toujours de manière très consciente ou très articulée. Le fait est qu’ils reconnaissent immédiatement certains de nos traits de caractère : « Ah oui ! C’est tellement lui ! » Tous ceux qui connaissent X. intimement s’accorderont par exemple à dire qu’elle est remarquablement organisée mais que son comportement confine souvent à la maniaquerie… Tout le monde est au courant sauf la personne concernée.

F.B. : Ce que tu veux dire c’est que le groupe aide la personne en jouant un rôle de miroir. Si je comprends la nécessité de ce regard extérieur, je ne comprends toujours pas la nécessité du groupe. L’instructeur spirituel ne peut-il pas assumer seul cette fonction ?

Gilles Farcet : Pour commencer, je rappellerais que la sangha est un outil traditionnel qui aStrat5 joué un rôle déterminant dans de nombreuses traditions religieuses. Dans le christianisme, cette communauté porte le nom de « paroisse ». Elle permet au « travail » de prendre une dimension publique, familiale et sociale… Il est bien sûr très précieux que la stratégie de survie d’une personne puisse être remise en cause dans le secret d’une relation qui s’apparente à celle d’un confesseur et de son pénitent. La valeur de cette mise à nu est encore plus grande lorsqu’elle se produit en public. L’une de nos plus grandes peurs est d’être démasqué en public. Si cela arrive et que cela se produit dans une atmosphère de bienveillance et de sécurité affective, cette expérience peut revêtir une immense valeur. A ce moment, peut cristalliser en nous la conviction qu’il est possible de vivre sans son masque… Je l’ai vérifié moi-même à plusieurs reprises. Je me souviens qu’un jour Arnaud avait relevé dans l’un de mes livres un passage qui, à ses yeux, exprimait parfaitement le cœur de ma stratégie de survie. Il a alors demandé à un certain nombre de personnes dont j’étais proche de passer une soirée en ma compagnie dans le but de me montrer, texte en main, un aspect de moi-même dont je n’étais pas du tout conscient… J’aurais pu vivre cette confrontation comme une sorte de crucifixion… de mise au pilori… Sa « réussite » dépendait de ma détermination à remettre en cause ma manière de fonctionner… et à me souvenir surtout de ce que j’étais venu chercher auprès de mon maître… Je m’en souviens comme d’un choc salutaire. Un grand et beau moment de vérité… Après cette soirée, je suis allé m’asseoir dans le jardin. Il faisait beau. J’étais sonné, chancelant… J’avais l’impression bizarre qu’un aspect peu flatteur de ma personnalité avait été exposé sur la place publique et que les autres ne m’en aimaient pas moins pour ça. Tout au contraire ! Je pourrais te citer encore beaucoup d’autres exemples, certains très récents, au cours desquels j’ai pu sentir qu’un aspect de ma souffrance et de ma crispation fondamentale était mis à jour en présence de mes frères et mes sœurs sur le chemin… Dans un tel contexte, j’ai constaté à chaque fois que non seulement cela ne posait aucun problème mais qu’il s’agissait même d’une forme de libération… Le groupe donne donc à nos prises de conscience une puissance et une profondeur dont elles seraient autrement dépourvues. Après tout, nous avons forgé notre masque à l’intention des autres…

F.B. : J’imagine que ce travail requiert un groupe particulièrement soudé et mature…

Gilles Farcet : Oui. Le type de travail dont je te parle n’est envisageable que dans un contexte de proximité. Il est impossible de le mener à bien dans un environnement où il y a trop de monde, où les gens ne se connaissent pas assez et ne partagent pas suffisamment de choses ensemble. Les « conditions chimiques » ne sont alors tout simplement pas réunies… C’est un travail qui demande aussi beaucoup de temps et de persévérance. Si les gens ne viennent que de manière ponctuelle l’espace d’un séjour, d’un stage ou d’une réunion, il ne peut évidemment pas se passer grand chose. Pour que les choses deviennent intéressantes, il faut que les gens se sentent impliqués dans un travail à durée indéterminée. Il n’est pas nécessaire de vivre en communauté mais les membres d’une sangha doivent tout de même avoir la possibilité de tisser des liens profonds… Il est nécessaire qu’il y ait une vie collective. Il faut donc s’arranger pour que les gens aient l’occasion de se voir souvent et de vivre des choses ensemble. Cela leur permettra de développer une forme de fraternité qui donnera à son tour naissance à un sentiment de sécurité. A partir de là, une intimité est possible.

F.B. : Une telle proximité doit engendrer beaucoup de frictions…

Strat11Gilles Farcet : De ce point de vue, une sangha digne de ce nom ressemble beaucoup à une famille… Mais c’est une famille fonctionnelle. Pourquoi est-ce que l’occident chrétien a tellement exalté la Sainte Famille ? La Sainte famille ne renvoie pas seulement à l’image délicieusement naïve et désuète du petit Jésus étendu dans sa mangeoire entre un âne et un bœuf. C’est un symbole beaucoup plus puissant et profond que ça. La vocation de la famille est d’être un espace d’accueil. C’est le lieu dans lequel naît et se développe la personne humaine. Une famille fonctionnelle n’est pas une famille idéale au sein de laquelle il n’y a jamais de problèmes, de tensions et d’incompréhensions. Cet idéal n’existe pas. Une famille fonctionnelle est une famille où les difficultés sont vues et reconnues avec lucidité et bienveillance. Tout cela se déroule au sein d’un cadre juste autrement dit d’un cadre qui est au service du développement de la personne… De chaque personne telle qu’elle est. Une famille fonctionnelle implique une bienveillance ferme mais sans rejet et sans condamnation… Chacun des membres qui la composent est légitime, nécessaire et irremplaçable. Tous ont leur place particulière qui ne peut lui être enlevée. Voilà ce qu’est une sangha digne de ce nom… Un tel niveau de maturité collective est évidemment très rare. Il faut beaucoup de temps pour constituer une sangha. Il ne suffit pas de réunir des gens qui habitent dans un même lieu et qui professent plus ou moins la même intention. C’est un travail long et exigeant. Il est tout à fait réalisable mais il ne va pas de soi.

F.B. : Et « l’éveil ? » dans tout ça ? Voilà près d’une heure que nous parlons et nous n’avons toujours pas prononcé le gros mot…

Gilles Farcet : C’est vrai… La notion « d’éveil » est aujourd’hui très tendance dans le microcosme spiritualiste… Elle a fini par devenir un cliché irritant. S’il faut en croire les vidéos qui prolifèrent sur YouTube, le monde moderne regorgerait d’éveillés… Inutile, je crois, de préciser que la plupart d’entre eux sont autoproclamés… Le phénomène a pris de telles proportions que j’en suis arrivé à éprouver une certaine répugnance par rapport à un terme qui, à force d’être galvaudé, est désormais dépourvu de signification…

F.B. : Le sujet n’en est pas moins incontournable. Après tout c’est tout de même le but de la vie spirituelle…

Gilles Farcet : Je ne suis pas d’accord… J’irais même jusqu’à dire qu’en ce qui me concerne, il n’est pas très important de vivre cette expérience dite « d’éveil ». Ce qui est en revanche essentiel, c’est de travailler à émerger de son égocentrisme et de grandir en bonté, en générosité, en ouverture, en empathie et en compassion… Non, je ne considère pas du tout que l’expérience de « l’éveil », entendue comme un éveil métaphysique à sa véritable nature, soit forcément un pré requis pour un travail spirituel digne de ce nom. Il s’agit certes d’une expérience fascinante, mais elle est en fin de compte très secondaire…

F.B. : Voilà une déclaration qui ne va pas manquer de susciter quelques réactions…

Gilles Farcet : Je n’en doute pas (sourire)… Puisque tu m’as lancé sur le sujet, j’aimerais partager quelques réflexions qui me tiennent très à cœur… Après plus de trente ans de pratique et de réflexion, il m’apparaît clairement qu’il existe deux grandes conceptions de l’éveil. La première de ces conceptions repose en effet sur l’idée que le but de la vie spirituelle est d’expérimenter d’une manière ou d’une autre la réalité de la non séparation. Il s’agit de réaliser une fois pour toute que notre nature essentielle n’est ni séparée ni limitée… Nous ne sommes pas uniquement ce corps et cet esprit périssables… Pour reprendre la métaphore ô combien classique et indémodable, notre identité ne se limite pas à la vague. Elle englobe également la totalité de l’océan. Beaucoup voient dans la réalisation de cette vérité métaphysique la solution globale et définitive à toutes nos problématiques existentielles… Cette conception simpliste est aujourd’hui de plus en plus répandue. Elle en est même venue à représenter le courant majoritaire. Il existe cependant une autre approche de l’éveil. Cette deuxième conception inclue la première tout en considérant qu’elle est insuffisante… Décréter que la dimension métaphysique est réelle alors que le monde dit phénoménal est illusoire revient à affirmer que l’existence de la physique quantique invalide la physique classique. Ce n’est pas parce que le physicien quantique conçoit le monde comme une myriade de particules qui dansent dans le vide qu’il peut se dispenser de tenir compte des lois de la physique classique. Même le plus pointu des physiciens quantiques ne traverse pas les murs. S’il prétend le faire, il comprendra immédiatement qu’il y a un problème…

F.B. : Tu dis que la seconde conception de l’éveil inclue la première… Elles ne sont donc pas incompatibles. Qu’est-ce qui les distingue radicalement l’une de l’autre ?

Gilles Farcet : Ce qui distingue ces deux approches c’est que la première essaie de prendre Dorje-Gotrab-AK3-zentralfigurles choses par le haut alors que la deuxième les prend par le bas c’est à dire de manière beaucoup plus sobre et pragmatique. Quand Swami Prajnanpad dit « vous ne vivez pas dans le monde, vous vivez dans votre monde » ou « Swamiji ne connaît rien d’autre que d’être un avec » il ne fait en rien référence à des expériences sublimes. Il invite tout simplement ses élèves à se familiariser avec leur monde de manière à être peu à peu capables d’en émerger et de s’en détacher. Aux yeux de Swami Prajnanpad, les expériences exceptionnelles n’avaient aucune valeur tant qu’elles n’avaient pas été vraiment intégrées par la personne… Il fallait que celle-ci l’harmonise avec son humanité nécessairement limitée et conditionnée… Pour juger de l’intérêt d’une telle expérience d’éveil, Swâmi Prajnanpad utilisait un critère simple et exigeant : dans quelle mesure cette expérience aidait-t-elle son élève à changer de manière profonde et durable sa manière d’entrer en relation avec les autres… Selon cette conception, un être éveillé n’est donc pas un individu qui expérimenterait en permanence une sorte d’état de conscience supérieur mais une personne s’efforçant d’être de moins en moins soumise à la dictature de son monde donc de son ego, de son mental et de sa stratégie de survie fondamentale. Il s’agit donc de quelqu’un qui est fondamentalement apte à entrer en communion avec lui-même et avec chacun.

F.B. : Que veux tu dire quand tu affirmes que l’expérience de l’éveil doit être harmonisée avec notre humanité ?

Gilles Farcet : Il arrive que certaines personnes manifestent une forme de réalisation hors du commun tout en restant prisonnières de leur stratégie de survie fondamentale. Elles font preuve d’un rayonnement indéniable et tiennent parfois des propos remarquables. Dans certaines circonstances, elles n’en continuent pas moins à se comporter de manière purement égocentrique.

F.B. : Peux-tu développer ton propos ?

Strat10Gilles Farcet : Pour donner un peu de consistance à mes propos, je vais être obligé de te donner un exemple… Il y a quelques mois j’ai lu le texte qu’un physicien indien du nom de Ravi Ravindra, a consacré à Krishnamurti. Élève des groupes Gurdjieff, Ravindra était un ami et un grand admirateur de Krishnamurti Il n’était cependant pas un de ses zélateurs fanatiques. Son témoignage est intelligent… Il est critique tout en demeurant profondément respectueux… Selon Ravi il y avait deux Krishnamurti. Il y avait bien sûr le Krishnamurti transcendant et magnifique habité par une dimension toute autre et émanant ce charisme bouleversant qui a fait sa réputation dans le monde entier… Il existait cependant un Krishnamurti moins inspirant… Un homme qui pouvait facilement être en proie à de très fortes émotions dès qu’il s’agissait de dénoncer les religions constituées, la relation maître / disciple et les hiérarchies de tous ordres… Ravi explique que Krishnamurti se comportait alors comme un être humain ordinaire exprimant des tensions très fortes et non résolues… Il est également intéressant de noter que Krishnamurti n’a pas été très sincère à propos de sa vie personnelle. Il s’est toujours ostensiblement présenté comme un célibataire et a même incité un certain nombre de ses admirateurs à suivre son exemple. Or il se trouve qu’il a vécu toute sa vie une liaison amoureuse intense, compliquée et empreinte de beaucoup de souffrance que ce soit pour lui, pour la femme qu’il aimait mais aussi pour le mari de cette dernière et leurs enfants… Tout cela a été bien entendu soigneusement caché et n’a émergé que de nombreuses années après sa mort…

F.B. : Où veux-tu en venir ?

Gilles Farcet : Je n’ai aucune intention de me placer sur un plan moral. J’ai bien trop d’admiration pour Krishnamurti pour le juger et le condamner. Et d’ailleurs qui suis-je, moi, pauvre pékin, pour prétendre lui faire la morale? Tant mieux pour lui s’il a pu vivre une vie amoureuse et sexuelle… Il le méritait… Ça ne me choque pas du tout. Par contre il est légitime de s’interroger sur les raisons de ce double discours. On peut se demander s’il est légitime de tromper des centaines de milliers de personnes à son sujet. Un tel comportement n’est-il pas né d’une peur, d’un égocentrisme, d’une souffrance ? Il ne s’agit encore une fois pas de juger ce comportement mais simplement de prendre cet exemple célèbre comme base de réflexion. Ce faisant, je me situe dans une ligne que Krishnamurti lui-même n’aurait pas désavouée. Je m’efforce d’utiliser mon intelligence pour essayer d’aller au fond des choses et ne pas laisser les autres penser à ma place. Krishnamurti est l’exemple typique de d’un éveil qui n’a pas été complètement intégré… Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples moins fameux dont certains que j’ai eu l’opportunité de côtoyer et d’observer de près… Chez de telles personnes une dimension vaste, transcendante et infinie peut coexister avec des comportements médiocres qui conduisent à la souffrance pour soi-même et pour les autres. Or, j’ai à ce sujet une position très claire : telle que j’en suis arrivé à la concevoir à mon niveau, la vie spirituelle ne peut être qu’au service de l’allègement de la souffrance. C’est un instrument de la compassion. Son but est de contribuer « au bien de tous les êtres sensibles » comme disent les bouddhistes. Elle est par conséquent incompatible avec des comportements mécaniques qui sont uniquement des réactions nées de la peur et de l’égocentrisme.

F.B. : Est-ce que tu ne pinailles pas un peu ? Après-tout ce Krishnamurti passe pour avoir été un homme extraordinaire. Il a changé la vie de milliers de personnes… Yogi Ramsuratkumar lui même le tenait en grande estime. Est-ce qu’on ne peut pas lui passer quelques « faiblesses » ?

Gilles Farcet : Bien sûr ! Il ne s’agit pas d’être idéaliste. « Ô saisons, ô châteaux ! Quelle âme est sans défauts ? » Les saints, les éveillés et les maîtres spirituels restent des êtres humains c’est à dire des créatures nécessairement imparfaites… Toute la question est de savoir si le saint justifie ses failles ou s’il considère qu’elles font partie des faiblesses dont il doit encore se libérer… A ce propos, il est intéressant de noter que les tenants d’un non dualisme radical en arrivent à considérer que les manifestations mécaniques et égocentriques de ceux qu’ils considèrent comme des « éveillés » n’ont aucune importance. Ils en arrivent ainsi à justifier l’injustifiable… Peu leur importe si le comportement de cet « éveillé » engendre beaucoup de souffrance et de confusion autour de lui. Ils vous diront que l’éveil n’est en rien affecté par ces actes qui appartiennent au « complexe corps esprit » de la personne. Cela revient à dire que je peux allègrement écraser un piéton avec ma voiture parce que du point de vue de la physique quantique il n’existe rien d’autre que le vide en train de danser avec le vide. En ce qui me concerne, ce point de vue est indéfendable.

F.B. : De leur côté, les néo-Vedantins dont tu parles reprochent certainement à Swami Prajnanpad de faire la part trop belle à la psychologie…

Gilles Farcet : M. Gurdjieff, qui par bien des aspects était très proche de Swami Prajnanpad, Strat17faisait une distinction entre « l’essence » et « la personnalité ». Il était selon lui indispensable de développer les deux. Certaines personnes peuvent avoir une « essence » exceptionnelle et une « personnalité » très défaillante. Elles peuvent faire preuve d’une innocence bouleversante, avoir de profondes intuitions métaphysiques tout en se comportant comme des gamins stupides et immatures. Est-ce idéal ? Certainement pas… Pour se développer de manière harmonieuse, un être humain doit développer sa « personnalité » tout en restant en contact avec son « essence »… Pour effectuer un tel travail, il est effectivement nécessaire de se confronter sérieusement à la psychologie humaine… Pour ce qui est de Swami Prajnanpad, j’ai souvent l’occasion de répéter que même s’il s’est effectivement beaucoup intéressé à la psychanalyse, il se considérait avant tout comme un maître spirituel s’insérant dans la plus pure tradition du Vedanta. Il était très clair à ce sujet… Quelques-unes de ses formules expriment d’ailleurs un point de vue radicalement non dualiste. Elles restent cependant rares et ne sont pas considérées comme les plus importantes. Il les a prononcées à la toute fin de sa vie à l’attention de personnes comme Arnaud Desjardins qui étaient à ce moment là suffisamment avancées pour en faire leur profit ou en tout cas pour les entendre et les méditer en leur cœur jusqu’à la fin de leur vie… Vu son éducation, son parcours et sa personnalité, Swami Prajnanpad aurait très bien pu se contenter de délivrer un enseignement purement métaphysique sans se donner la peine (et Dieu sait que c’est bien l’expression qui convient) d’entrer dans le monde compliqué, torturé, conflictuel et laborieux de ses élèves indiens et occidentaux. S’il l’a fait, c’est encore une fois que les dimensions psychologique et spirituelle sont inséparables. Elles forment un tout. Swami Prajnanpad souhaitait amener ses élèves à travailler sur leur stratégie de survie parce que c’est la seule manière de les faire émerger de leur monde pour les faire vivre dans le monde. Vivre dans le monde c’est être capable d’être un avec tout ce que l’on y rencontre. C’est ça la non dualité.

Strat18

Rédemptions Ordinaires (rencontre avec Frédérick Houdaer 2ème partie)

12998728_1090832557642890_2481657931114238954_nLe texte suivant est la retranscription de la deuxième partie de ma conversation lyonnaise avec le poète et éditeur Frédérick Houdaer (pour accéder à la première partie de cet entretien cliquez ICI). Avec sa drôlerie et sa pertinence habituelles, il nous y parle de Gilles Farcet et des poèmes de son dernier recueil publié sous le titre de Rédemptions ordinaires.

Frédéric Blanc : Tu viens de publier Rédemptions ordinaires, un recueil de poèmes signé Gilles Farcet…

Frédérick Houdaer : En même temps que le livre de Gilles, je publie aussi un recueil de Jean-Pierre Andrevon. A plus de 70 ans, Jean-Pierre compte parmi les très grands noms de la science-fiction française. Pas moins de 150 livres au compteur ! C’est une sorte de Stephen King français… Je suis très heureux que Gilles et Jean-Pierre nous aient envoyé leurs recueils. Je vois ça comme une validation du travail que nous avons effectué ces dernières années… Gilles et Jean-Pierre ce n’est pas du tout le même profil… A y regarder de plus près, on peut cependant leur trouver certaines ressemblances. Le fait que je les publie tous les deux a donc tout son sens.

Frédéric Blanc : Pourquoi ?

Frédérick Houdaer : Il s’agit de deux écrivains atypiques. Leur œuvre détonne fortement frederick-houdaer-01dans le paysage littéraire français… Jean-Pierre Andrevon est un auteur de science fiction et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la science fiction n’est pas un genre très aimé en France. En général, le monde littéraire ne la prend pas très au sérieux. Pour être honnête, il n’y comprend strictement rien… La singularité de Gilles tient à d’autres raisons. Gilles est à cheval sur plusieurs champs éditoriaux. Ça, en France, c’est déjà un très mauvais point ! Pour aggraver encore son cas, Gilles se situe à la croisée du monde littéraire et du monde spirituel. En France, ce sont deux milieux qui ne se rencontrent pas, ou si peu… Avec sa pertinence habituelle, Roland Barthes avait dressé la liste des cinq tabous majeurs de notre société moderne : la mort, le sexe, la merde, Dieu… je m’aperçois que j’ai complètement oublié le cinquième… (silence)… Dieu, en France, c’est un énorme sujet de crispation… Christ and JohnUn objet de dégoût et de scandale… Comme la merde et le sexe… Ce n’est pas du tout vrai aux États-Unis. Là-bas, n’importe quel auteur, même profondément athée, peut prendre ce matériau à bras le corps. Il a la possibilité (l’autorisation!) de le traiter comme une question intime et pas seulement comme un fait de société. Il y aurait quelque chose d’indécent à faire la même chose en France… Il y a des écrivains français qui sont hyper coincés sur les questions spirituelles. Un peu comme on pouvait être coincé du cul au XIXème… Je suis très curieux de voir comment le livre de Gilles va être reçu. Il va forcément susciter quelques réactions très fortes. Gilles prend des risques sur ce coup là… Je ne sais pas s’il s’en rend vraiment compte… Rédemptions ordinaires… Rien que le titre ! Ça va faire grincer des dents… Certaines personnes n’auront même pas la curiosité d’ouvrir le livre. On va perdre des lecteurs, c’est sûr… (rires)…

Frédéric Blanc : Comment as-tu rencontré Gilles Farcet ?

Frédérick Houdaer : J’ai d’abord rencontré Gilles Farcet à travers ses livres… Ça fait très Thoreaulongtemps maintenant… J’ai commencé par son essai sur Henry David Thoreau. Je suis tombé dessus un jour par hasard en écumant les rayons d’une bibliothèque municipale… Je dévore le livre aussi sec sans trop prêter attention au nom de son auteur… Dans la foulée, je lis un livre d’entretiens fabuleux avec Alejandro Jodorowsky et, un peu plus tard, je tombe sur une biographie passionnante de Thomas Merton… Toute une nourriture revigorante! C’est à ce moment là que je commence à entendre parler d’Hauteville (l’ashram d’Arnaud Desjardins). Je me précipite évidemment sur la biographie de cet Arnaud et découvre qu’elle a été écrite par un certain Gilles Farcet… C’est là que je réalise que ce nom m’est déjà familier… Je farfouille dans ma bibliothèque et commence à faire des liens… La relation que j’ai avec Gilles est donc très différente de celle que j’ai avec les autres auteurs du Pédalo Ivre. C’est la première fois que je publie un auteur avec qui j’entretiens un tel degré d’intimité… J’ai lu tous ses livres et, pour dire les choses simplement, je lui dois aussi beaucoup sur le plan humain… Mais que les choses soient claires ! En tant qu’éditeur, je garde mon cap. Si son manuscrit avait été mauvais, je ne l’aurais pas publié.

Frédéric Blanc : C’est toi qui est à l’initiative de ce recueil ?

Frédérick Houdaer : Non. Ce n’est pas moi qui suis allé draguer Gilles pour qu’il m’envoie des poèmes. Ces poèmes lui sont en quelque sorte tombés dessus. Il les a écrits de façon spontanée et rapide sous le coup de moments d’inspiration sporadiques. Il faut dire un mot de l’utilisation que Gilles a fait de Facebook. Il a utilisé ce réseau social pour tester l’impact de ses textes. Les réactions très positives qui ont accompagné chacune de ses publications l’ont encouragé à continuer. C’est en consultant sa page que j’en ai pris, moi aussi, connaissance pour la première fois… Au final Facebook aura joué un rôle important dans la gestation de ce recueil.

Frédéric Blanc : Parle-moi de la poésie de Gilles Farcet…

Frédérick Houdaer : La poésie de Gilles est généreuse, crue, sensible, provocatrice et intelligente. Elle ne craint pas la trivialité du quotidien tout en ne s’interdisant pas d’être profonde. Elle aborde la plupart des grands thèmes de l’expérience humaine : la vieillesse, la mort, la solitude, l’amitié, la trahison et… Dieu, bien entendu… Si le mot n’était pas tellement dévoyé, je dirais que la poésie de Gilles est profondément humaniste.

Frédéric Blanc : C’est à dire ?

GillesFrédérick Houdaer : La poésie de Gilles est incarnée. Pour qu’un texte soit bon, il faut que l’auteur s’investisse complètement dedans. On doit sentir que ce texte n’aurait pas pu être écrit par quelqu’un d’autre. C’est le cas des poèmes de Gilles. Il s’y donne tout entier… Ses textes s’enracinent dans son parcours. Ils sont en quelque sorte l’aboutissement de sa biographie… En apparence, Gilles a peut être rédigé certains de ses poèmes en dix minutes mais en réalité il ne lui aura fallu pas moins de cinquante sept ans et dix minutes pour les écrire. La poésie de Gilles est écrite à hauteur d’homme. Il s’y montre dans sa vérité. Il n’y a aucune pause, aucune prétention. Il ne joue ni au philosophe, ni au poète visionnaire… Ses poèmes sont désarmants de sincérité. C’est ce qui fait leur force… Parler de son expérience la plus intime est encore la meilleure manière de toucher un grand nombre de lecteurs. Les approches pseudo universalistes et les points de vue surplombants, c’est creux et ça emmerde tout le monde. Mais là encore, il faut oser. Il faut une certaine audace pour assumer une telle proximité avec soi-même.

Frédéric Blanc : Peux-tu développer ?

Frédérick Houdaer : En étant aussi honnête, Gilles court de vrais risques. Il ne se soucie aucunement de son image. Dans son recueil de poèmes, tout comme dans sa biographie, Gilles ne se fait aucun cadeau. Il a même tendance à insister lourdement sur les moments où il estime être en deçà de ce qui lui est demandé… J’aime ce travail de vérité… Au bout du compte, il est possible que la poésie ait plus à voir avec la vérité qu’avec la beauté. Désolé, je deviens grandiloquent… Je déteste ça mais pour cette fois j’assume… La poésie, ça consiste aussi à arracher les masques. Avec ce recueil, Gilles en arrache quelques-uns. Les siens et ceux des autres… Tout le monde ne lui dira pas forcément merci ! Je suis estomaqué par la crudité de certains de ses textes. Quand Gilles les a retravaillés, il n’en a pas atténué la violence. Au contraire…

Frédéric Blanc : Certains lecteurs reprochent à Gilles d’écrire des textes beaucoup trop longs. Que penses-tu de cette critique ?

Frédérick Houdaer : Gilles écrit effectivement des poèmes assez longs. C’est la forme qui est la plus spontanément en accord avec sa tournure d’esprit. S’il écrivait des haïkus 13247939_791433787665601_3612510676908583956_oou des sonnets, ça ne marcherait probablement pas aussi bien. Cette forme correspond également à la tradition poétique dans laquelle il s’inscrit. Je fais encore une fois référence à la poésie nord-américaine. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une forme de poésie orale, elle peut être lue à voix haute. L’auteur partage son œuvre en direct avec quelques dizaines de personnes agglutinées dans un bar ou dans le sous sol d’une librairie… Il ne s’agit pas d’un fantasme ou d’une exagération exotique. Cette tradition reste encore très vivante aux États-Unis et au Québec… Ceci dit, je lui ai fait retravailler son manuscrit en profondeur. Ça veut dire qu’il a pas mal coupé. Comme le dit Stephen King, la deuxième version d’un texte, c’est la première moins 10 %. En l’occurrence, Gilles a coupé beaucoup plus que 10 %. Beaucoup d’auteurs ratent leur fin en la dépassant. Pendant ce travail, Gilles a été d’une humilité absolue. Il a tout de suite compris que ses textes gagneraient à être abrégés. Il ne lui a pas fallu longtemps pour anticiper les coupes nécessaires… Ce n’est pas forcément évident comme boulot. Je me souviens du jour où mon éditrice m’a demandé de couper toutes les citations qui figuraient en tête des chapitres de mon premier polar. Il m’a fallut un mois pour me décider à passer à l’acte. C’était une souffrance physique… Le travail de coupe fait partie intégrante du travail d’écriture. Quand on oublie de le faire, on est pas allé au bout.

Frédéric Blanc : D’autres reprochent à sa poésie de manquer précisément de poésie. Il ne ferait que répéter sur un mode mineur ce qu’il a déjà exprimé dans ses essais.

Sur-la-route-spirituellesFrédérick Houdaer : Je ne suis pas d’accord. Je crois que pour Gilles la forme poétique correspond à une vraie nécessité. « Une nécessité impérieuse » comme dirait l’autre… Quand Gilles a écrit son gros ouvrage technique sur l’enseignement d’Arnaud, je me suis demandé ce qu’il allait pouvoir écrire ensuite. Ce livre est tellement riche, tellement complet que cela aurait vraiment pu être son dernier livre. Il a enchaîné avec sa biographie. Là encore, je me suis demandé ce qui pourrait suivre. La réponse, c’est ce recueil de poèmes. Les sujets qu’il aborde dans ce recueil ne sont effectivement pas très différents de ceux qu’il aborde dans ces autres livres mais il les aborde sous un autre angle. C’est incontestablement l’un de ses livres les plus intimes. Ça pourrait s’intituler Mon coeur mis à nu. De mon point de vue, tous ses poèmes sonnent juste. A chaque fois que je remets le nez dans ce recueil, je me dit : « ouais ! ».

Frédéric Blanc : Gilles s’inscrit selon toi dans une tradition poétique nord-américaine. N’est-t-il pas risqué pour un auteur français de vouloir jouer au poète beat ?

Frédérick Houdaer : Gilles ne joue pas du tout à l’amerloque ! Ce serait ridicule et ça n’aurait effectivement aucune chance de fonctionner. Certains écrivains français l’ont magistralement prouvé… (rires)… S’il a de très profondes affinités avec la littérature nord américaine, Gilles est très à l’aise pour assumer sa condition d’écrivain frenchy.

Frédéric Blanc : Quelles sont selon toi les principales influences de Gilles ?

Frédérick Houdaer : Dans le courte biographie de Gilles qui figure en quatrième de couverture, tu trouves quelques noms : Jodorowsky, Allen Ginsberg, Arnaud Desjardins… Si tu mélanges déjà ces trois là, tu n’es pas loin d’obtenir ce recueil. Ce livre n’est cependant pas du tout un exercice de style. Gilles a pleinement assimilé ses influences.

Frédéric Blanc : Quel est le poème du recueil que tu préfères ?

Frédérick Houdaer : Le poème que je préfère dans ce recueil est un texte tout simple que JourdainGilles consacre à sa maison de famille. Il l’a paradoxalement intitulé Neuve. C’est un texte relativement court. Deux pages et demie. Ce n’est pas le plus spectaculaire du recueil. Mais s’il n’y en avait qu’un, ce serait celui-là… Je considère que Neuve est le cœur du recueil. Ce n’est évidement pas un hasard s’il est situé au milieu du livre. Ça dit beaucoup de choses sur ce que Gilles vit en ce moment. Actuellement, ce qui se passe de plus important pour lui se situe là, autour de cette maison. Ce n’était peut-être pas encore le cas il y a seulement dix ans et ce ne le sera peut être plus dans quelques années… Mais pour le moment c’est là que ça se passe. Pour ceux qui connaissent la maison en question, ça va paraître évident. Quand à ceux qui sont très loin de tout ça, ils peuvent le deviner en étant un tout petit peu attentifs. Pour la quatrième de couverture j’ai bien sûr choisis un extrait de Neuve. Ce texte énonce un programme. C’est à la fois un constat et un programme :

« Les jeux d’autrefois ont repris

Ils ont seulement mûri

Les ancêtres se réjouissent

Les paysages s’offrent

Le village s’ouvre

La vieille demeure s’éprouve neuve »

jusqu'à l'os

Le cœur des choses

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La recherche, qu’elle soit spirituelle ou bien scientifique, commence toujours par une question. Et comme le disait Arnaud Desjardins : ‘ une question doit correspondre à une demande intérieure très forte, sinon nous demeurons dans le domaine du mental et des conjonctures intellectuelles.’ Fort de ce fait, Patrock Mandala a interrogé trois grands auteurs sur des sujets clés qui nous concernent à propos de la voie spirituelle. Jean Yves Leloup, Gilles Farcet et le Dr Jacques Vigne ont donc répondu à soixante questions, très argumentées, au cours de passionnantes conversations sur l’essentiel. Tous les quatre témoignent, au delà de leurs brillantes approches philosophiques et théologiennes, de leur engagement profond et sincère sur une voie de quête intérieure , chacun la sienne, ancrée dans le quotidien? Ces amoureux de la sagesse nous donnent, dans ces dialogues surprenants, des réflexions fondamentales sur ce qui fonde le sens de la vie. Cent quatre vingt réponses qui éclairent notre chemin. (texte de 4 ème de couverture)