Jeux d’Ombre

« Je suis ce taon qui de tout le jour ne cesse jamais de vous réveiller (…) » (Platon –Apologie de Socrate)

Vie quotidienne du pouvoirPsychanalyste jungienne et formatrice en management, Lily Jattiot a commencé par vivre avant d’écrire. C’est sans doute ce qui fait la richesse de ses livres. Chacun d’eux est le fruit de plusieurs décennies d’écoute, d’observation et de réflexion. Son dernier ouvrage en date est paru en 2017 sous le titre de Vie quotidienne du pouvoir. Encore plus abouti que les précédents, ce livre somme mérite une attention toute particulière. Lily y aborde avec intelligence le sujet délicat, incontournable et souvent très douloureux des relations de pouvoir. Elle nous démontre de manière implacable que nous ne saurions échapper à la question. Loin de se cantonner aux sphères sociales et professionnelles, le pouvoir s’immisce jusque dans les domaines les plus intimes de nos vies. Inutile de se cacher derrière un idéalisme adolescent ou un anarchisme de pacotille. Le problème est que notre bonne volonté ne suffira pas. Nous ne sommes pas maîtres dans notre propre maison. Dans l’obscurité de notre psyché bouillonnent des forces inconnues qui menacent à tout instant de perturber la routine bien huilée de notre vie consciente… Même si les conceptions essentielles de la psychanalyse jungienne sont familières aux lecteurs de ce blog, j’ai considéré qu’il n’était pas inutile de demander à Lily Jattiot de revenir sur l’un des dynamismes les plus passionnants et les plus perturbants de notre psyché. Je veux parler de l’ombre.

Frédéric Blanc : Qu’est-ce que l’ombre ?

La vierge noireLily Jattiot : L’ombre est une notion qui nous vient du psychanalyste suisse Carl Gustav Jung. Elle est inséparable de l’idée que le psychisme humain se compose d’une part consciente et d’une part inconsciente. Je dirais que l’ombre est la part de l’inconscient qui est en dynamique particulière. Elle s’approche de manière obstinée du seuil de la conscience. Elle s’adresse à elle dans le but de s’en faire reconnaître. Tant que nous n’avons pas intégré l’ombre, elle continuera à se manifester dans nos vies sous formes d’actes inconsidérés ou inexplicables. En apparence tout au moins… Si nous sommes attentifs, nous remarquerons que nous faisons beaucoup de choses sans bien savoir pourquoi. Eh bien, l’origine de ces actions mystérieuses est le plus souvent à chercher du côté de l’ombre.

Frédéric Blanc : L’ombre est-elle la seule partie de l’inconscient à être en dynamique ?

Lily Jattiot : Ce n’est pas exactement cela : l’inconscient est vivant, il est donc continuellement en dynamique. Les racines de l’inconscient individuel sont tellement profondes qu’elles plongent dans l’inconscient collectif. Aux yeux de la conscience, de très larges couches de cet inconscient peuvent donc sembler dormantes. L’ombre est la part de cette immensité psychique qui paraît « vouloir » se manifester. Elle est animée d’un mouvement spontané vers la conscience, la dynamique du Soi.

Frédéric Blanc : Tu parlais d’actes inconsidérés ou inexplicables. Pourrais-tu illustrer ton propos par un exemple ?

Lily Jattiot : Le moi a certaines intentions. Puisque mon dernier livre porte sur le pouvoir, imaginons un chef d’entreprise plein de bonne volonté. Il est sincèrement désireux d’être un bon manager : il va montrer une direction à son équipe, fixer des objectifs réalistes, tenir compte de l’avis de ses collaborateurs etc. Et puis, une fois en situation, se produisent toutes sortes de choses incompréhensibles. Ce qu’il dit ou fait ne correspond pas du tout à son objectif de départ. Sa main droite ne sait plus ce que fait sa main gauche…On reconnaît l’ombre à ces incohérences incompréhensibles et ce manque de lucidité flagrant qui donne l’impression que la personne a une langue de bois ou une langue bifide de serpent.

Frédéric Blanc : Comment expliquer cette incohérence ? D’où vient par exemple l’impuissance de ce chef d’entreprise à agir en conformité avec ses propres valeurs ?

Shadow 6Lily Jattiot : Les raisons peuvent être extrêmement diverses. Il est par exemple possible que cet homme ait une angoisse du résultat bien plus puissante qu’il ne se l’imagine. En théorie il est tout à fait prêt à déléguer des pouvoirs à ses collaborateurs. Mais dès que ceux-ci commencent à prendre trop d’initiatives et à privilégier des solutions différentes de celles qu’il avait envisagées, il commence à paniquer et se met à intervenir de manière intempestive et dirigiste. Il est également possible qu’il ait peur d’être dépassé. Comme cette peur s’origine dans une histoire personnelle dont il n’a pas conscience, il n’est plus maître de ses actes. Aussi, dès que l’un de ses collaborateurs commence à occuper un peu trop de place ou à être un peu trop brillant, il ne pourra pas s’empêcher d’essayer de le rabaisser ou de lui mettre des bâtons dans les roues. La liste de nos complexes est interminable… À ceux que je viens d’évoquer, je pourrais par exemple ajouter les personnes qui se sentent coupables de prendre le dessus ou qui ne se sentent pas assez légitimes pour donner des ordres. Sans parler de tous ceux qui ont peur du conflit. Leur obsession consiste à toujours arrondir les angles quitte à brouiller le message qu’ils veulent faire passer. Pas facile pour les collaborateurs qui hésiteront en permanence sur la ligne à suivre ! Il est important de garder en tête que même lorsque le mécanisme est énorme, il demeure totalement invisible pour la personne concernée.

Frédéric Blanc : Ce dont tu me parles ne me paraît pas bien méchant. Je suis certainement très naïf mais je me dis qu’il ne doit pas être difficile de s’avouer à soi-même que l’on reste très attaché à l’argent ou que l’on craint qu’un collaborateur plus jeune et talentueux nous fasse de l’ombre…

Good peopleLily Jattiot : C’est loin d’être aussi évident que tu sembles le croire. Beaucoup de personnes, même très intelligentes, ignorent tout des ressorts cachés de leurs comportements. Elles sont persuadées de se connaître en profondeur et n’arrivent pas à croire que leur vision puisse comporter des angles morts. C’est pourtant le lot commun de l’humanité. En chacun de nous existent des zones qui nous demeurent totalement inconnues. Nous avons tout intérêt à l’admettre et à commencer à les explorer. Si nous nous y refusons, nous continuerons à prendre des initiatives qui nous paraîtront incompréhensibles et dont nous ne serons pas prêts à assumer les conséquences. [Silence] Les situations de pouvoir sont particulièrement redoutables à cet égard. Elles viennent inévitablement réveiller les parts inconnues que nous portons en nous… Les dirigeants commettent généralement deux grands types d’erreurs. Les premiers pêchent par excès de présence. Ils veulent absolument tout contrôler et ne laissent aucune marge de manœuvre à leur collaborateurs. Les seconds font exactement l’inverse. Ils sont manquants. Au moment où il serait nécessaire de rappeler l’équipe à l’ordre et de redéfinir les objectifs, ils font défaut et se laissent déborder. Il arrive aussi qu’un dirigeant compense brutalement un excès par un autre. Un patron qui a fait preuve d’un laxisme excessif peut soudain piquer une colère homérique qui restera incompréhensible pour son équipe. Pour être efficaces, nos collaborateurs ont besoin de se sentir en terrain connu, c’est-à-dire de pouvoir anticiper nos comportements. Dans le cas contraire, cela peut représenter une vraie perte de sens pour eux. Il est donc essentiel de se laisser lire clairement. Et c’est là que l’ombre vient semer la pagaille.

Frédéric Blanc : Oui. J’imagine qu’il sera d’autant plus difficile de se laisser lire clairement si on ne sait pas se lire soi-même…

Lily Jattiot : Exactement.

Frédéric Blanc : Comment est-il possible de reconnaître notre ombre alors qu’elle constitue précisément notre angle mort ?

Shadow 12Lily Jattiot : Aussi surprenant que cela puisse paraître c’est l’ombre elle-même qui va nous y aider. Comme je l’ai dit au début de cet entretien, l’ombre n’a qu’un seul « objectif » : se faire reconnaître par la conscience. Elle va se débrouiller pour nous mettre dans des situations où elle aura toutes les chances d’apparaître en pleine lumière. Malheureusement pour nous les situations en question sont rarement confortables. Mais c’est le prix à payer pour apprendre quelque chose sur nous-mêmes. Nous devons ravaler notre orgueil et accepter de nous mettre à l’école de la vie. Autrement dit, il nous faut prêter une attention toute particulière aux erreurs que nous commettons et aux difficultés qui en découlent. On ne peut apprendre qu’en se trompant. Souvent, il nous faudra même multiplier les erreurs avant d’être en mesure d’en tirer une leçon. Le secret réside dans le rapport que nous entretenons avec nos échecs. Lorsque mon action n’a pas donné le résultat que j’espérais, je peux m’accabler et tenter de sauver la face à tout prix en dissimulant mon erreur aux yeux de mon entourage. Je peux aussi considérer cet échec comme une opportunité à progresser en essayant de comprendre où et pourquoi je me suis trompé. Le problème est que dans un monde où on n’a pas le droit à l’erreur, il va être très difficile d’apprendre. Cet idéalisme est très coûteux. Il nous enlève toute possibilité d’entrer en relation avec notre ombre et d’en intégrer le contenu… Notre ombre se comporte un peu à la manière de nos proches. Si nous nous montrons ouvert et accueillant à son égard, elle va nous apporter son énergie et va même compléter le travail du moi. Dans certaines circonstances, le soutient de l’ombre peut s’avérer décisif. En revanche, si nous faisons preuve d’hostilité à son égard et poussons la folie jusqu’à croire que nous avons le pouvoir de la contrôler, celle-ci va se révolter et nous allons finir par avoir de gros ennuis avec nous-même tout comme nous pouvons en avoir avec nos amis ou notre famille.

Frédéric Blanc : Pour résumer, nous pouvons reconnaître les manifestations de l’ombre en prêtant attention aux incohérences apparentes de notre comportement et aux situations difficiles qui en résultent. Existe-t-il d’autres moyens de savoir qu’elle est à l’œuvre ?

Shadow 5Lily Jattiot : Oui. L’ombre se manifeste souvent sous forme de projection. Un des moyens de reconnaître ce mécanisme consiste à passer en revue les personnes de notre entourage. Dès que nous constatons que l’une d’elles fait lever en nous une émotion d’une intensité disproportionnée comme la colère, le mépris, la haine, le dégoût ou bien, tout au contraire, la fascination, l’admiration, l’envie, nous pouvons être sûr que l’ombre est à l’œuvre. Aussi perturbantes que soient ces émotions, elles peuvent s’avérer précieuses. A condition de ne pas nous identifier à elles, nos émotions peuvent nous donner des indices éclairants sur notre vie intérieure. Nous pouvons les utiliser comme un radar. Elles nous permettent de détecter la présence de quelque chose là où nous étions persuadés qu’il n’y avait rien. Mais pour cela il faut d’abord que nous parvenions à assumer le fait que nos émotions nous appartiennent et parlent presque exclusivement de nous. Et ça, ce n’est pas gagné ! Ce n’est tellement « pas gagné » que les bureaux sont remplis de gens qui se détestent et se craignent mutuellement. Beaucoup d’entre nous en resterons à ce premier stade. Plutôt que de nous rendre à nous-mêmes nos détestations, nous préférons les projeter sur les patrons, les syndicalistes, les immigrés, les chômeurs etc.

Frédéric Blanc : Tu parles de la nécessité d’entretenir de bonnes relations avec l’ombre ? Quels sont les moyens pour y parvenir ?

Hugo2Lily Jattiot : Tu sais bien qu’il existe une multitude de manières d’apprivoiser nos démons intérieurs. La première étape consiste à avoir le courage de se faire aider. C’est une démarche qui n’est pas toujours évidente. Mais lorsque nous sentons que notre vie intérieure est devenue un champ de bataille et que nous sommes terrifiés à l’idée que tout explose, il est indispensable d’admettre que nous ne pourrons pas régler le problème par nous même et qu’il est temps de recourir à une aide extérieure. Nous avons tous besoin d’un confident capable de nous accueillir sans crainte et sans jugement. Nous pouvons bien sûr pratiquer l’introspection, écrire un journal intime ou parler aux murs de notre chambre mais le fait de se confier à une personne en chair et en os nous aide à nous connecter à nous même et à l’humanité. Que cela ne nous empêche cependant pas de recourir à toutes les techniques artistiques qui sont à notre disposition. Il est possible de dialoguer avec l’ombre en peignant, en chantant, en dansant, en écrivant etc. Dans le cas de la peinture par exemple un dialogue s’établit entre notre intention consciente, nos mains et la toile. En d’autres termes, l’art permet de créer un espace au sein duquel le moi et l’inconscient vont se rencontrer. Dans le meilleur des cas, ce rapprochement nous aidera à transformer un conflit explosif en en une dynamique créative. Au fond, c’est ça la visée du Soi. Quand le Soi va bien, il devient créateur. Et une psychanalyse réussie consiste précisément à créer un espace créateur. Un espace au sein duquel peut jaillir quelque chose de nouveau. D’autres espaces relationnels peuvent jouer un rôle similaire : l’amitié, la vie de couple… L’important est de ne pas rester seul, coupé de soi-même et des autres.

Frédéric Blanc : Les mots que tu emploies dans ton livre pour évoquer l’ombre sont dans l’ensemble assez peu engageants. Au cours de ma lecture, j’ai par exemple relevé les termes de « monstre », de « loup », de « diable » et de « dragon »… Voilà qui ne nous donne pas forcément envie de faire plus ample connaissance avec cette ombre et encore moins d’entrer en amitié avec elle…

Lily Jattiot : Ça dépend. Certaines personnes adorent les loups et d’autres prennent plaisir à fréquenter les dragons… Il est vrai que dans la symbolique universelle, l’ombre est souvent associée à tout ce qui nous fait peur et même terreur. Nous savons que ces objets de crainte sont confondus de manière presque automatique avec les « forces du mal ». Pour le moi, l’ombre représente avant tout ce qui lui est inconnu. S’il la considère comme une ennemie c’est d’abord parce qu’il a le sentiment qu’elle met son ordre en péril. Parce que l’ombre est puissante et incontrôlable, le moi la voit comme inhumaine et dévorante. Face à l’ombre, nous sommes comme des enfants effrayés par le noir.

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Frédéric Blanc : N’existe-t-il cependant pas une disproportion évidente entre la puissance des termes que tu utilises pour décrire l’ombre et les exemples très anodins que tu nous a donnés de ses manifestations ?

Shadow 8Lily Jattiot : Ces outrances de langage sont très fréquentes. Dès qu’un conflit éclate, nous avons tendance à diaboliser l’adversaire. Nous projetons sur lui nos fantasmes les plus délirants : il va « m’étouffer », me « tuer », me « dévorer ». Tu n’as qu’à écouter la manière dont les gens se racontent leurs journées de travail pour te rendre compte que ce genre d’exagérations est monnaie courante. [Silence] Le jour où nous aurons le courage et la lucidité suffisante pour reconnaître la nature réelle de nos peurs, nous pourrons considérer que nous avons accompli un sacré chemin… Lorsque nous parvenons à nommer notre peur, à dire par exemple : j’ai peur que telle ou telle personne prenne ma place, c’est que nous avons déjà commencé à l’apprivoiser. Notre peur reste monstrueuse tant qu’elle n’a pas été nommée. Je t’ai volontairement donné des exemples simples mais derrière chacun d’eux peut se cacher une réalité humaine extrêmement complexe et douloureuse. Pour certains, le simple fait de réussir à démêler tout cet écheveau de hontes et de non dits constitue un accomplissement héroïque. Mais à partir du moment où nos diables apparaissent en pleine lumière, ils se dégonflent souvent. Et on se demande effectivement pourquoi on en a fait tout un foin. Ce qui est proprement terrorisant c’est de se sentir agité par des forces dont on ignore totalement la nature. [Silence] Ceci dit, l’ombre est terrorisante à juste titre parce que les conséquences de notre inconscience crasse, qu’elle soit individuelle et surtout collective, sont gravissimes: nous en avons des preuves chaque jour!

Frédéric Blanc : Peut-on concevoir l’existence d’une ombre positive ?

Shadow 11Lily Jattiot : Tout à fait… Il existe, je le disais plus haut, des projections positives. Nos adorations sont des parts inconnues de nous-mêmes que nous reconnaissons chez les autres… En réalité l’ombre n’est ni positive ni négative. Nous refoulons l’ignoble autant que le sublime. Comme les contenus refoulés ont toujours subi une pression, ils auront plutôt tendance à remonter de façon négative mais cela ne signifie pas que l’ombre est unilatéralement mauvaise. Plutôt que l’ombre elle-même, c’est l’inconscience qui est inquiétante. L’ombre contient par exemple toutes les parts inaccomplies de nous mêmes. Tout ce que nous nous interdisons parce que nous n’osons pas imaginer que cela puisse nous appartenir. Très souvent, l’ombre contient également notre énergie spirituelle. Cela nous surprend beaucoup. L’énergie spirituelle trouve refuge dans l’ombre parce que nous ne lui laissons pas ou peu de place dans nos vies. L’ombre peut tout à fait être porteuse de la meilleure part de nous mêmes. Cette part peut d’ailleurs également inclure certains aspects que nous aurions trop rapidement tendance à taxer de « mauvais ». Je pense à la colère par exemple. La colère peut être très positive. Il est de saintes colères qui contribuent à faire bouger les choses. C’est la même chose pour l’agressivité. Comment une personne totalement dépourvue d’agressivité peut-elle se débrouiller dans la vie ? Comment va-t-elle faire pour se défendre ? Pour se faire respecter ?

Frédéric Blanc : C’est bête mais quand je pense « projection », je pense spontanément et exclusivement à des projections négatives. Je n’arrive pas vraiment à me résoudre à l’idée que nous puissions également refouler certains de nos aspects les plus positifs. Quelles formes prennent ces projections positives ?

Lily Jattiot : La forme la plus courante de la projection positive est celle de la fascination. Il est donc très intéressant de s’arrêter sur les gens qui nous fascinent. En tant que psychanalyste, j’ai très souvent travaillé avec des gens qui me disaient qu’ils étaient coupés de leurs désirs et avaient du mal a déterminer ce qu’ils voulaient faire dans la vie. Une des manières que j’ai trouvées pour sortir mes patients de cette impasse est de les faire parler des gens dont le talent ou le destin leur font envie. Cela les aide à se rapprocher de leur désir. Il est également intéressant de prêter attention à la jalousie. Ceux que nous jalousons sont toujours porteurs de quelque chose que nous sommes incapables de reconnaître en nous mêmes.

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Frédéric Blanc : En lisant ton livre, j’ai relevé beaucoup de phrases ou de formules particulièrement frappantes. Pour finir cette interview, je vais te demander d’en commenter quelques-unes pour nous. Commençons par la plus paradoxale : « l’ombre est en lien direct avec le Soi ».

Lily Jattiot : C’est un aspect que j’aborde très en détail dans mon premier livre. Je me contenterai donc de rappeler ici quelques points clefs. La dynamique de l’ombre prend sa source dans ce que C.G. Jung appelle le Soi. L’ombre est l’envoyée du Soi. Pour aller vite on peut dire que le Soi est l’archétype de la totalité. Il vise au déploiement de l’ensemble de nos potentialités. Hors, toutes les cultures favorisent le développement de certaines qualités au détriment de certaines autres. Ces dernières sont écrasées ou tout simplement laissées en friche. Elles ont alors tendances à s’enfoncer dans l’ombre. Le Soi fait en sorte qu’elles n’y restent pas. [Silence] C’est vrai qu’il est amusant de penser que les « diables », les « dragons » et autres « monstres » qui nous donnent tant de fil à retordre sont les envoyés du Soi… Si on va jusqu’au bout de cette logique paradoxale on peut même considérer tous les ennuis auxquels nous sommes confrontés comme des envoyés du Soi venus à nous pour nous donner l’opportunité de découvrir et de déployer des aspects encore inconnus de nous-mêmes. Cela peut réellement changer la manière dont nous abordons nos problèmes.

Frédéric Blanc : Je comprends bien que le Soi veuille entrer en contact avec nous mais n’aurait-il pas plus de chances d’être entendu s’il ne nous faisait pas systématiquement passer ses messages par l’intermédiaire de « diables ». Ne pourrait-il pas nous envoyer également quelques « anges » ?

Lily Jattiot : En fait il nous envoie les deux. Les « diables » voyagent toujours en compagnie des « anges » et vice versa. Tu sais bien que lorsque l’on traverse des épreuves, la vie nous apporte aussi les aides nécessaires pour les surmonter. Encore faut-il se donner les moyens de les voir et de les recevoir. C’est parfois difficile. Surtout quand nous sommes engloutis par la terreur. Notre attention se focalise alors exclusivement sur les aspects désespérants de la situation et nous nous fermons à la grâce. [Silence] Les « anges » aussi font partie de l’ombre. De temps en temps, ces esprits inconnus nous soufflent de bonnes actions dont nous sommes les premiers surpris. Je ne voulais voir personne. J’étais heureuse de rester seule et bien tranquille chez moi et voilà que je me sens poussée à accueillir cette personne en détresse… Il est à noter que l’ombre ne se manifeste pas simplement en nous. Quand l’énergie du soi est mobilisée, il peut y avoir des échos à l’extérieur. On appelle ça le « destin », le « hasard », la « chance » ou la « malchance ». Jung, pour sa part, y voyait des synchronicités. Ces coïncidences de sens impliquent que l’individu n’est pas une entité séparée qui existe indépendamment de tout le reste mais un être de relation qui est en résonance permanente avec l’ensemble du monde.

Totale Sonnenfinsternis

Frédéric Blanc : Page 145 je relève une autre passage tout aussi intéressant : « La psychose est une part de notre psychisme qui ne vit que pour elle-même et qui ne communique avec rien […] Aveugle et absurde, elle ne négocie pas, car elle ne voit rien d’autre qu’elle-même, et va jusqu’à détruire l’hôte qui l’abrite, indifférente même à sa propre mort. » Voilà une assertion tout bonnement terrifiante. Cette part psychotique existe-t-elle en chacun d’entre nous ?

Lily Jattiot : Oui.

Frédéric Blanc : La psychose est-elle un aspect de l’ombre où appartient-elle à un autre ordre de réalité ?

Lily Jattiot : Notre part psychotique ne se confond pas exactement avec l’ombre car contrairement à cette dernière elle n’est ni capable ni désireuse d’entrer en communication avec qui ou quoi que ce soit. La psychose représente ce que j’appelle « la faille du Soi ». Le Soi représentant la totalité de notre psychisme, il est inévitable qu’il englobe aussi son contraire.

Frédéric Blanc : Le Soi aurait-il une ombre ?

Lily Jattiot : Si tu veux… Nous autres humains sommes par essence des êtres de sens et de communication. En tant que tels, nous sommes en relation avec tout. Or, dans ce tout existent également le non sens et la non communication. Une part d’absurde à jamais non résolue. C’est vrai sur le plan individuel mais aussi sur le plan collectif. La démocratie qui est une société fondamentalement ouverte va inévitablement se heurter à des forces dont le seul projet est de la détruire. Nous n’avons pas d’autre choix que de composer avec ces idéologies. Il est illusoire d’espérer qu’elles vont un jour disparaître. L’humain comportera toujours sa part d’inhumain. Raconter autre chose me paraît irresponsable.

Frédéric Blanc : Tu affirmes que l’on peut entrer en amitié avec l’ombre. Pouvons-nous espérer nous réconcilier un jour avec notre part psychotique ?

Lily Jattiot : Non. On peut éprouver de la compassion pour cette part mais elle ne sera jamais payée en retour. Il ne faut pas espérer de « happy end ». Daniel Morin disait que la compassion est « l’amour impuissant ». Quels que soit l’ampleur de mes efforts, quelle que soit l’étendue de mes progrès, cette faille du Soi continuera à rester béante. Rien ne viendra jamais la combler. Il vaut mieux le savoir dès le départ. Cela va nous éviter quelques grosses erreurs.

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Frédéric Blanc : Une dernière question pour la route. Tu écris page 128 : « Plus notre savoir augmente et plus nous nous rendons compte que notre ignorance est grande […] Développer nos connaissances est aussi fréquenter notre ignorance qui, paradoxalement, grandit avec elles. » Est-ce la même chose dans le travail thérapeutique ?

Lily Jattiot : Je ne dirais pas ça comme ça. Je dirais que plus notre niveau de conscience augmente et plus nous réalisons l’étendue de notre inconscience. Plus je sais et plus je sais aussi que je ne sais pas. Dans ce cas là, il ne faut pas recourir à une logique classique du type : si l’un grandit l’autre rétrécit. On pourrait dire que l’ombre croit parce que l’ensemble croit.

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Mais où est le problème? – Compte rendu de lecture par Gilles Farcet

Gilles Farcet a publié ce « compte-rendu d’une lecture vive et encore chaude »  il y a une dizaine de jours sur sa page Facebook. La grande qualité de cet article m’incite à en rendre également la lecture accessible sur ce blog. 

22256864_1471099276305254_5024105572872819417_oEn lisant très attentivement Où est le problème, troisième et, dit -il, probablement dernier, livre publié par Daniel Morin , pour qui composer et publier un ouvrage est une entreprise à maints égards contre nature, j’ai eu beau chercher , je ne l’ai pas trouvé – le « problème ».

Dernier ou pas- ne jamais dire « fontaine » …- ce livre me parait le plus ramassé et le plus abouti des trois. 

Allons plus loin : ce petit livre (à peine plus de 150 pages) est un grand livre. Grand par la finesse de l’expression, l’acuité du propos qui tranche comme un diamant, la verticalité de la perspective qu’il martèle jusqu’à ce que le lecteur attentif en soit étourdi. 

Attention : les choses étant ce qu’elles sont, ce livre risque fort d’être rangé dans la catégorie des ouvrages que pondent régulièrement des « éveillés » bientôt aussi nombreux que des poules en batterie.. . « Eveillés » à propos desquels l’auteur a ce propos férocement lucide et, à mon sens, définitif : « chez certains, malgré un discours imparable, il y a toujours la notion d’un moi qui serait sorti d’affaire. Leurs prestations ne servent qu’à valider un moi d’enseignant ». 

Et en effet, le bijou intitulé Où est le problème ? n’a rien à voir avec cette morne production infligeant à un public peu discriminant une métaphysique d’autant plus prétentieuse qu’elle est la plupart du temps à deux sous. Il appartient à une toute autre catégorie , pas celle du toc mais des joyaux de rare facture. 

Car n’est pas simple qui veut. Beaucoup de discours aujourd’hui populaires dans la sphère dite « spirituelle » se bornent à seriner une affirmation , en général celle de la « non séparation » de manière curieusement linéaire, sans perspective ni profondeur, à la manière du médecin de Molière qui face au maux divers et variés de son patient ne sait que répéter « le poumon, le poumon vous dis-je ». 

A toute première vue, ce reproche pourrait très bien s’appliquer à ce livre d’un bout à l’autre axé sur un seul énoncé décliné pour ainsi dire à tous les temps et tous les modes. 

Mais alors d’où vient cette impression de vastitude, d’abîme vertigineux que ces mots font vibrer ? D’où jaillit ce parfum de subtilité alors même que l’auteur , tout compte fait, n’a pas grand chose à nous dire hormis une seule ? 

Simple, ce livre l’est. Mais il est tout sauf simpliste. 

Arnaud Desjardins – que Daniel, soit dit en passant et ainsi qu’il s’en explique brièvement, n’a pas du tout renié- aimait parfois à dire que les deux métaphysiciens du Bost (son premier ashram) n’avaient pas leur certificat d’étude… A la lecture de ces pages, on comprend pourquoi Arnaud pouvait qualifier son élève, ouvrier métallurgiste, de « métaphysicien » ( l’autre étant André Rochette). Daniel y a condensé l’essence de son approche, enlevant pour ainsi dire toute la graisse pour nous donner un bouquin rédigé au couteau, véritable « fleuron de discrimination ». Longue vie à Daniel, mais s’il lui fallait un testament spirituel, Ou est le problème? ferait très bien l’affaire, tant son « message » , terme impropre concernant un témoin qui ne se veut pas messie, y est en quelque sorte gravé. 

D’un certain point de vue, ce livre peut être considéré comme un lumineux commentaire d’une unique et désormais fameuse formule de Swami Prajnanpad : « Pas ce qui devrait être mais ce qui est ». « L’être humain », nous dit l’auteur, « n’a qu’un seul problème apparent, vouloir autre chose à la place de ce qui est là ». De cette proposition, il extrait une métaphysique qui éclaire la nature de ce qu’on appelle « l’ego », construction fantôme née de et entretenue par l’illusoire prétention à un moi possesseur, contrôleur et séparé. Cette métaphysique aboutit à une pratique consistant à débusquer dans l’instant la « demande d’impossibilité » afin de revenir à ce qui est, donc au Tout. On n’en dira pas plus ici, l’idée étant d’encourager à la lecture du livre et non de le paraphraser. 

Par contre, il n’est peut être pas inutile d’envisager comment un tel livre sera inévitablement récupéré pour alimenter des oppositions. Par exemple entre approche dite « progressive » et voie parfois appelée « directe » – comme s’il existait des voies «indirectes » et par conséquent des gens assez crétins pour les emprunter… Comme toute démonstration nécessairement faite avec des mots et concepts, la sienne, à l’image de l’enfant sur la balançoire, appuie d’un côté pour mieux faire émerger l’autre côté. Là, on bute sur la limite de la transmission verbale qui ne saurait, quelle que soit sa subtilité, restituer le Tout ou le Réel dans son intégralité par essence insaisissable. Contrairement à ce que laissera supposer une lecture superficielle, Daniel ne récuse pas la réalité sur un certain plan d’une progression, pas plus qu’il ne récuse l’existence du « relatif » . Comme il le dit si bien « l’apparence fait partie de la totalité et en tant qu’êtres humains nous vivons dans l’apparence relative. Pourquoi la dévaloriser ? Simplement, il s’agit de ne pas la prendre pour une vérité absolue. »

Ce que Daniel dénonce, ce n’est pas la progression , c’est la croyance selon laquelle avant de pratiquer il faudrait progresser . Il ne nie pas qu’une compréhension puisse progresser dans le temps, mais insiste sur le fait que la vision de ce qui est ne saurait progresser. Toute son approche consiste non pas à exclure d’autres approches au nom de la sienne qui serait seule « vraie » mais à « renverser la perspective » afin de tirer le tapis sous les pieds de l’erreur par laquelle nous remettons la pratique à plus tard. Partir de la pratique (la vision de ce qui est par la mise en évidence de notre « demande d’impossibilité ») et non se préparer à pratiquer un jour, tel est son refrain qu’il chante sans que jamais on ne s’en lasse tant sa voix le module sur quantité de registres… Etant entendu, comme il le dit là encore si bien que « comprendre intellectuellement l’évidence ne suffit pas.Il faut l’intégrer, l’incorporer, pour ne plus douter ». 

Autrement dit, d’abord en revenir à l’évidence de ce qui est, ensuite l’intégrer dans le cadre de notre appréhension humaine où effectivement il y a – ou pas !- progression. 

Aussi la tentation d’ opposer son approche à une autre – lui dans le rôle de l’ « éveillé » diabolisant l’idée de progression, et l’autre (votre serviteur par exemple et entre autres … ) dans celui de l’obscurantiste traditionnel énonçant la possibilité d’ une progression, n’est elle que cela : une tentation … La tentation, comme chacun sait, n’a d’autre visée que celle de diviser … Diviser pour que règne … l’illusion, la souffrance ,la non pratique- comme on veut. 

A chaque enseignant sa vocation à laquelle il ne peut que se conformer, chacun – y compris sans doute ceux dont l’enseignement sert avant tout à valider un moi enseignant – n’étant qu’un pion sur le grand échiquier. La vocation de Daniel , ainsi qu’il l’énonce clairement, n’est pas, ou en tout cas plus , d’accompagner des personnes dans la durée mais de témoigner assez sporadiquement (il ne donne chaque année que quelques rares et courts séminaires) de cette approche qui s’impose à lui et qui, encore une fois, procède d’un renversement de perspective. 

Maintenant, et après le torrent d’éloges que je viens de déverser sur ce petit livre , est – ce à dire que l’ approche dont il est conducteur serait miraculeuse ? J’ai bien peur que non. S’il suffisait qu’un enseignant dénonce magistralement une erreur fondamentale pour que chacun, éclairé, change de suite de perspective, cela, comme on dit, se saurait … 

Non seulement ce livre ne fera pas de bruyants miracles – si jamais il en déclenche ils prendront place dans le silence- mais il donnera forcément lieu à des malentendus et détournements, comme nous en prévient l’auteur lui même dans son épilogue : « ce petit livre ne pourra pas échapper aux interprétations inévitables et conséquentes dues aux déviations de sens ». A bon entendeur … 

Tout comme tant et tant utilisent les enseignements apparemment « progressifs » – celui d’Arnaud Desjardins, par exemple- pour éviter la pratique en la remettant au futur, beaucoup vont utiliser, utilisent déjà, je le constate- la parole de Daniel pour plaquer une fausse compréhension sur un véritable évitement de leur réalité présente et donc, là aussi , court-circuiter la pratique au nom de son immédiateté… Ce qui soit dit en passant est tout de même fou, mais , « complexité, ton nom est mental ! » – Swami Prajnanpad.

Ce petit livre est il de mon point de vue « parfait » ? Non, bien sûr.

Ici et là je relève des passages qui à tort ou raison m’apparaissent moins convaincants. A titre d’exemple les quelques lignes que Daniel consacre à son rapport à la lignée et la dépendance que celle ci instaurerait me paraissent pour le coup quelque peu simplistes. 

Face à la « monomanie » – éclairée- de ce livre, on serait aussi en droit de poser une question : si Swami Prajnanpad ou/et Arnaud Desjardins n’avaient réellement qu’une seule chose à dire (« être un avec ») pourquoi se sont ils aussi tant épuisés à dire tout le reste ? Pourquoi se sont ils tant investis dans l’accompagnement des personnes dans la durée ? Par adaptation , sans doute, mais l’adaptation ne serait elle pas également l’un des synonymes d’ « être un avec » ? 

Mais ces quelques réserves n’en sont pas vraiment, dans la mesure où Daniel , encore une fois, ne prétend pas invalider d’autres approches et ce serait lui faire un bien mauvais procès que de le sous entendre. Je ne les formule que par un souci d’équilibrer ce qui pourrait sinon apparaître comme la manifestation d’un enthousiasme béat. Etant bien entendu que pour ma part je continuerai à m’inscrire dans une lignée et une sangha , à accompagner des personnes tout au long de l’année dans ce que j’appelle le LDI (le lien à durée indéterminée) , à constituer et animer un groupe ou sangha en tant que famille fonctionnelle et redoutable déclencheur de pratique, sans pour autant me sentir coupable d’entretenir une quelconque dépendance ou une illusion de progression qui compromettrait la pratique ici et maintenant. 

Tout cela n’étant qu’une manière de dire que tandis que Daniel sera Daniel, Gilles sera Gilles , Tartempion Tartempion et qu’il ne saurait en être autrement. C’est la merveille de la vie qui , pour être non séparée, n’en est pas moins un festival de différences. Et je n’ai pas fini de conseiller la lecture de ce livre. Tant il est vrai que les différences de point de vue appréhendées non pas à partir d’une intention de séparation mais d’ inclusion (qui ne veut pas dire confusion) enrichissent le pressentiment du Tout.

Je voudrais terminer sur une note encore un peu plus personnelle (au sens qu’elle m’engage ) : J’ai du faire la connaissance de Daniel il y a une trentaine d’années. 

Tous ceux qui ont fréquenté de près ou de loin Hauteville, l’ashram fondé par Arnaud Desjardins le savent, Daniel et moi avons plus tard et pendant plus de dix ans , ce qui tout de même n’est pas rien, été « collègues » en ce lieu – moi dans le rôle du tout jeune collaborateur ayant tout à apprendre, lui dans le rôle du grand ancien dont j’ai, je tiens à le dire, beaucoup appris. Durant toutes ces années, Daniel a donné sans se ménager , aux prix de grands sacrifices personnels pour lui et les siens, avec une ferveur et une force de conviction admirables. Il ne me parait pas tout à fait vain de s’en souvenir. 

Je ne prétends pas pour autant connaître Daniel. C’est un être humain à certains égards difficile à appréhender. Par contre, et je souhaite saisir cette occasion de le dire ici publiquement, je suis convaincu que Daniel n’a rien oublié et encore moins renié de ce qui a fait son parcours. Il a certes poursuivi son cheminement humain, avec ses tours et détours, ses vicissitudes , ses surprises propres à questionner ceux et celles qui avaient, plus ou moins lucidement et avec plus ou moins d’intégrité, tant investi en lui. 

Ayant pour ma part et comme je viens de le dire beaucoup appris de lui mais ne l’ayant jamais placé sur je ne sais quel pesant piédestal, entre autres celui du « successeur désigné» si confortable pour nos envies de concession à perpétuité, je ne me suis du coup jamais senti porté à déboulonner une statue qui ne me concernait pas tant que cela, même s’il m’est à l’époque arrivé de me sentir un peu écrasé sous son ampleur. 

A la lecture de son livre je n’ai en ce qui me concerne rien décelé qui me semble contraire ou en opposition avec la perspective dont nous sommes issus sur le plan de notre « chemin », celle transmise par Swami Prajnanpad, puis par Arnaud. Eut ce été le cas que ce n’aurait pas non plus été un « problème » – sinon au nom d’une orthodoxie en elle-même contestable. Mais le fait est que selon moi , ce ne l’est pas. Tout au plus des différences d’angle d’attaque et d’expression. Le moins qu’on puisse faire quand même dès lors qu’on aspire à l’au delà des mots étant de ne pas s’arrêter aux seuls mots… 

Quand, donc, tout est dit, Daniel témoigne de ce qu’il connaît, sachant que « connaitre c’est être », selon Swamiji. 

C’est une démarche à respecter et pas à interpréter. Arnaud Desjardins n’est plus là pour approuver ou non mon propos mais mon petit doigt ose me dire qu’ il ne me démentirait pas et se serait à bien des égards régalé à la lecture de ce livre. 

Je vous le demande alors : Où est le problème ? 

PS : la belle préface de Bruno Solt, restituant opportunément et avec talent le parcours et la figure de Daniel mérite d’être mentionnée.

Gilles Farcet

Vie quotidienne du pouvoir

Vie quotidienne du pouvoir

Vie Quotidienne du Pouvoir , un chemin vers l’autonomie, de Lily Jattiot
Bon, j’ai posté récemment quelques bonnes – pour l’instant pas de mauvaises mais s’il y en a je les posterai aussi !- critiques sur La Joie qui avance chancelante le long de la rue.. C’est le moment de s’intéresser à un livre d’un tout autre genre, celui de la psychanalyste jungienne et formatrice Lili Jattiot, Vie Quotidienne du Pouvoir (Accarias- l’Originel). C’est à mon sens un livre important , utile et remarquable, rien de moins. Important, parce qu’il traite d’un sujet par lequel chacun est concerné. Que nous le voulions ou non, nous avons tous au moins un peu de pouvoir, ne serait que sur nos enfants, notre voisin, nos animaux de compagnie … Parfois nous exerçons une autorité , somme dépositaires d’une responsabilité, et donc d’un pouvoir. Souvent aussi, nous nous sentons soumis à divers pouvoirs et le vivons plus ou bien ou mal. Le pouvoir donc est un élément incontournable de notre existence. Utile, ce livre, parce qu’il expose de manière très claire les mécanismes et lois de l’exercice du pouvoir, comment ça fonctionne, pourquoi ça « marche » ou ne « marche » pas, dans ses divers domaines d’application – pouvoir parental, au sein du couple, de l’entreprise, pouvoir thérapeutique, spirituel … Important parce qu’il réhabilite le pouvoir, nous rappelle sa nécessité et son inévitabilité. Toute la question étant celle de l’intégrité, ou non, de son exercice. Dans une culture de plus en plus dominée par les blessures infantiles, qui prétend, contre le réel, rejeter le pouvoir et légitime ce rejet en brandissant les abus, hélas eux bien réels, il est important de se livrer à une réflexion rigoureuse et sereine sur le pouvoir et ses pratiques, ses ressorts, ses mécanismes, ses enjeux et ses écueils. L’auteur a su ici synthétiser ce qu’elle a appris en plusieurs décennies d’écoute, d’observation et d’analyse des pratiques du pouvoir. Cela donne un livre de référence qui peut aussi faire office de jauge, pour soi même et les autres : le pouvoir que j’exerce ou auquel je suis de fait soumis est il un pouvoir justement exercé, au service de l’ensemble, de ce qui le fonde et le légitime ? A mettre,comme on dit, entre toutes les mains. Reste évidemment à mettre tout cela en pratique… Gilles Farcet

Jean-Louis Accarias : Un passeur d’essentiel

photo-jlaCela fait déjà de nombreuses années que je connais les Editions Accarias-L’Originel. J’apprécie la qualité et l’exigence exemplaires de leur catalogue. Je reste également admiratif devant l’audace et la persévérance de leur fondateur. Consacrer sa vie à éditer de grands textes spirituels est un pari qui en aurait fait hésiter plus d’un. C’est parce que Jean-Louis Accarias a su aller à l’encontre du bon sens ordinaire que le public francophone a désormais accès à un vaste corpus de textes décapants et radicaux. La richesse et la générosité de ce parcours méritait bien une interview.

Frédéric Blanc : Les éditions l’Originel se sont spécialisées dans la publication de livres spirituels. A quel âge as-tu commencé à t’intéresser à ces questions ?

Jean-Louis Accarias : Il y a longtemps… Je dirais que tout a commencé à l’adolescence… Je lisais déjà shiva-advaitaénormément à l’époque… Je me souviens que vers l’âge de 17 ans je suis tombé sur Amour et connaissance d’Alan Watts… Ce livre a joué pour moi un rôle essentiel. Il m’a permis de mettre enfin des mots sur mes intuitions d’enfant… Tout môme, je devais avoir entre 8 et 10 ans, j’ai compris, j’ai vu que la vie « ce n’était pas ça »… J’avais le sentiment très net qu’il devait y avoir « autre chose »… J’aurais cependant été bien en peine de dire quoi… En lisant Alan Watts, j’ai compris que mes intuitions d’enfant étaient quelque chose de vrai. Pour moi, cette lecture tient plus de la reconnaissance que de la révélation… Alan, ce n’était pas juste un vulgarisateur de génie. C’était un homme qui savait de quoi il parlait. Il était évident qu’il avait vécu quelque chose de profond… Une sorte de bascule… Par la suite, j’ai élargi mon horizon. Je me suis intéressé à des auteurs très différents… Krishnamurti bien sûr, mais aussi Gurdjieff ou René Guénon… Cette ouverture tout azimuts se reflétera par la suite dans la ligne éditoriale de L’Originel, d’autant plus que nous étions plusieurs à animer cette revue, chacun avec sa sensibilité et ses idées.

F.B. : Tu ne t’es pas contenté de lire. Tu as également beaucoup voyagé. Je crois savoir que tu as été tout particulièrement marqué par tes séjours en Inde.

oshoJean-Louis Accarias : Oui. Mon premier voyage en Inde remonte au début des années 70. C’était en 1973 ou en 1974. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Rajneesh (on l’appelle aujourd’hui Osho). Ce sera mon premier maître. Cette rencontre m’a bouleversé. A mes yeux, Rajneesh incarnait la sagesse de l’Inde traditionnelle telle que j’avais pu l’entrevoir dans les pages de la Bhagavad-Gita ou des Upanishads et une ouverture au monde moderne, à cette liberté qui soufflait après mai 68. J’ai été complètement convaincu par l’homme et son enseignement. Je me suis immédiatement investi dans la pratique qu’il proposait. Rajneesh avait un côté très rebelle. Ça s’accordait bien avec mon côté anarchiste et libertaire. Il était très critique à l’égard des institutions sociales et religieuses. Il aimait parler de « Zorba le Bouddha » : réconcilier la vie des sens et la sagesse. C’est auprès de lui que j’ai vécu mes premières grandes expériences spirituelles.

F.B. : Te considères-tu toujours comme un disciple de Rajneesh ?

Jean-Louis Accarias : Non. Je ne le renie cependant pas du tout. L’homme et l’enseignement qu’il dispensait restent toujours valables à mes yeux. Je me suis éloigné de Rajneesh au moment où son enseignement est devenu très à la mode. Son ashram était fréquenté par des centaines de gens et il était devenu impossible de nouer une relation personnelle et directe avec lui.

F.B. : En quelle année as-tu fondé les Editions de L’Originel ?

Jean-Louis Accarias : Au départ l’Originel n’était pas une maison d’édition mais une revue. Je l’ai fondé couv-eclats-de-silenceen 1977 avec l’aide de quelques amis. Le sous-titre avait une connotation un peu guénonienne : « Revue des sciences traditionnelles »… Nous avons rencontré un succès d’estime. C’était la première publication qui parlait régulièrement de Tai chi, de yoga, de Vedanta, de philosophie bouddhiste etc. En revanche sur le plan commercial et financier ça a été un désastre… Nous nous étions lancés dans l’aventure sans la moindre expérience. Nous ne nous sommes pas du tout préoccupés de marketing… Nous pensions qu’il suffisait que la revue soit intéressante pour qu’elle se vende… Cette aventure a tout de même duré deux ans… Après je me suis tourné vers l’édition. C’était en 1981.

F.B. : As-tu abordé cette nouvelle carrière avec un peu plus de « professionnalisme » que la précédente?

Jean-Louis Accarias : J’y ai mis la même passion… Tu sais, je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je n’ai jamais essayé de me projeter dans le futur… Toute cette aventure s’est faite au coup par coup… Un livre à la fois, un instant après l’autre… Pas de plan mais une direction. Ça fait plus 35 ans et près de 200 livres que ça dure… Les débuts n’ont évidement pas été faciles. Les premières années, je ne publiais souvent que quelques livres par an. La maison était déficitaire… Je n’avais pas un tempérament de commercial. Pour ne rien arranger, j’avais choisi de ne publier que des livres qui me plaisaient et qui me semblaient justes. Mes goûts ne coïncidaient pas forcément avec ceux du public… De mon côté, il y avait une grande exigence. Les choses ont commencé à bouger quand j’ai édité les premiers livres du maître indien Svâmi Prajnânpad…

F.B. : D’où te vient ta vocation d’éditeur ?

osho2Jean-Louis Accarias : Partager représentait pour moi une nécessité absolue. Je voulais transmettre ce que j’avais reçu au cours des lectures, des voyages et des rencontres que j’avais pu faire… Mon premier long séjour en Inde m’avait donné une certitude sur que j’appelais à l’époque : « la grande aventure de l’être ». Et ces séjours à l’ashram de Rajneesh avaient provoqués de grands moments de compréhension, des expériences fortes, des aperçus sur ce que j’étais vraiment… Je voulais toucher le plus grand nombre de gens possible… J’avais un ego très fort mais aussi très généreux… (rires)… Je n’aurais pas pu me contenter de travailler dans une librairie de quartier (bien que j’aime beaucoup les librairies). Je sais que certains grands soufis ont occupé des emplois très modestes. Ils étaient cordonniers ou possédaient une petite échoppe. J’aspirais à autre chose… J’avais également besoin de créer. Pour moi, le livre c’était parfait… J’aimais que mon travail aboutisse à la naissance d’un objet tangible. C’était très important à mes yeux… Le livre, surtout quand il traite de thématiques spirituelles, est un objet paradoxal. C’est un objet limité dont le contenu renvoie à une réalité sans limites…

F.B. : Quelles étaient tes ambitions de jeune éditeur ?

Jean-Louis Accarias : L’une de mes premières grandes ambitions c’était de sortir la spiritualité de son ghetto. Dans les années 70, les livres de spiritualité se vendaient dans quelques rares librairies poussiéreuses, fréquentées par une poignée de spécialistes… Mon but était de reconnecter la spiritualité au quotidien… Je voulais montrer au public que la spiritualité c’était la vie même… Je n’ai pas changé d’avis à ce sujet. Je suis un peu attristé de constater que la notoriété de Accarias-l’Originel reste limitée à un petit cercle de connaisseurs. Il existe certains auteurs qui arrivent à toucher un public plus vaste. Dans l’ensemble, ils restent tout de même rares.

F.B. : Sur quels critères choisis-tu tes auteurs ?

Jean-Louis Accarias : Je me fie à mon ressenti… Quand je lis un texte, j’ai l’impression d’être capable de balshekarsentir s’il est juste c’est à dire s’il y a une cohérence entre l’être de l’auteur et son texte… Je me base aussi sur des critères plus objectifs… Comme j’ai énormément lu et que j’ai rencontré pas mal de gens, je sais rapidement si un livre apporte vraiment quelque chose de nouveau ou s’il se contente de reformuler de manière plus ou moins habile et originale des idées déjà connues… Un auteur n’a pas à être original mais il est important qu’il soit singulier… C’est très utile de lire beaucoup de mauvais manuscrits. Ça donne une base… (silence)… Je me méfie du « fantastique ». Je n’ai jamais publié un manuscrit dans lequel il est question d’anges ou de connexions astrales. Ce n’est pas très grave. D’autres sont là pour s’en occuper… Tous les livres que je publie témoignent d’une dimension verticale. Les auteurs qui m’intéressent ont, d’une manière ou d’une autre, expérimenté une percée, vécu un basculement… Ils ne se limitent pas à la dimension psychologique. Ils ont dépassé le point de vue de la personne.

F.B. : Ton choix se base-t-il également sur des critères littéraires ?

Jean-Louis Accarias : Je ne supporte pas les livres mal écrits… J’accorde donc beaucoup d’importance à la qualité du style. C’est la base. Cet aspect est malheureusement de plus en plus négligé aujourd’hui. C’est fou le nombre d’auteurs qui écrivent mal ! Ils ne font aucun effort… Or un livre mal écrit n’est jamais percutant. Les idées peuvent être bonnes mais si elles sont exprimées de manière brouillonne elles ne touchent pas le lecteur. C’est aussi simple que ça. Quand on lit beaucoup de manuscrits, on s’aperçoit d’ailleurs que les auteurs expriment très peu d’idées vraiment originales. Il est donc d’autant plus important de soigner la forme ! Lorsqu’elle est formulée de manière précise et inspirée, une idée peut avoir un impact très fort sur le lecteur. La compréhension cesse alors d’être purement mentale pour devenir plus intuitive et globale.

F.B. : Il n’y a pas que les auteurs qui sont en cause. Les traducteurs aussi… Beaucoup de livres de Lee Lozowick ont été par exemple effroyablement mal traduits. Cela les rend tout simplement illisibles en français.

tony-parsonsJean-Louis Accarias : C’est très dommage. Une mauvaise traduction peut effectivement rendre un bon livre illisible. Cela dit, il faut être indulgent. Un traducteur est amené à résoudre des problèmes très délicats. Au mois de juillet, j’ai publié un nouveau livre de Tony Parsons. Le texte est traduit par Philippe de Henning. C’est un très bon traducteur. Philippe a pris le parti de coller à l’anglais. Il préfère faire une faute de grammaire en français plutôt que de risquer d’être infidèle au texte original… Je ne suis pas toujours d’accord et nous avons souvent l’occasion de nous disputer. (rires) Je dois cependant avouer que ses arguments sont valables. Il me fait par exemple remarquer que le but de Tony Parsons est de nous faire sortir de notre logique habituelle. Or cette logique est également entretenu par le langage que nous employons. Pour penser et vivre différemment il faut donc parfois oser s’éloigner des conventions grammaticales et syntaxiques. Je le redis, le plus important pour moi, c’est la force et la vérité qui se dégagent d’un texte.

F.B. : Parmi tous les livres que tu as publié quel est ton préféré ?

Jean-Louis Accarias : La réponse à cette question n’a rien d’évident car je me suis toujours offert le luxe de ne publier que des auteurs que j’aime et qui ont une radicalité.

F.B. : S’il fallait tout de même en choisir un ?

photo-svamiji-2Jean-Louis Accarias : Dans ce cas, je choisirais sans doute L’Expérience de l’unité qui retranscrit les entretiens de Svâmi Prajnânpad et de l’un de ses disciples indiens. C’est un maître livre… Un texte d’une richesse inouïe. Ce livre pourrait justifier à lui seul ma vocation d’éditeur… L’Expérience de l’unité fut un chantier de longue haleine. Au départ, le livre se présentait sous la forme d’un manuscrit de 1000 pages. Pour finir, nous avons abouti à un pavé très dense de 500 pages. Quelque soit le domaine qu’il aborde, Svâmi Prajnânpad se montre étonnant de pertinence. C’est un interlocuteur d’une grande intelligence mais il est aussi exemplaire de patience et de bonté. S’il peut se montrer ferme, il n’est jamais dur ou dogmatique. Il fait preuve d’une ouverture incroyable. Je le trouve convaincant du début à la fin. Ce livre m’a valut un abondant courrier de lecteurs. Certains m’ont écrit que ce livre avait changé leur vie. C’est gratifiant. Je ne voudrais cependant pas que Svâmi Prajnânpad éclipse le reste de mes publications. Mon catalogue contient de nombreux autres auteurs importants, j’aimerai en citer deux.

F.B. : Lesquels ?

Jean-Louis Accarias : Stephen Jourdain et Tony Parsons. La découverte de Tony Parsons a été un éblouissement. Le premier livre que j’ai publié de lui s’intitule Ce qui est. C’est un livre phare, radical. A mes yeux il est aussi important que L’Expérience de l’unité. Arnaud Desjardins n’était pas de cet avis bien qu’il reconnaissait la valeur de Tony. Il m’avait écrit (je cite de mémoire) : « tout Tony tient dans Svâmi Prajnânpad mais pas l’inverse ».

F.B. : Qu’en est-il de Stephen Jourdain ?

stephen-jourdainJean-Louis Accarias : J’ai été l’éditeur de Steve durant les dix dernières années de sa vie. J’ai énormément aimé l’homme. Il était d’une originalité et d’une simplicité désarmantes. J’appréciais beaucoup qu’il ose parler d’éveil sans jamais recourir à une terminologie orientale. Il avait élaboré son propre langage. Sa parole était précise, directe, décapante. Poétique aussi…Il démontait très bien la mécanique humaine. Il nous invitait à « sortir du roman de notre vie »… Tout comme Rajneesh ou Svâmi Prajnânpad, Steve était un esprit libre. Ce qui me touche beaucoup. Mais j’ai publié beaucoup d’autres auteurs singuliers et attachants comme Daniel Morin et plein d’autres.

F.B. : Quelle est ta meilleure vente ?

Jean-Louis Accarias : C’est plus facile comme question ! (rires) A ce jour, ma meilleure vente reste De l’autre côté du désespoir. Il s’agit du livre qu’André Comte-Sponville a consacré à Svâmi Prajnânpad. Je crois qu’il s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires. C’est mon seul vrai best seller ! J’ai découvert André Comte-Sponville à l’occasion d’une série d’émissions que France Culture avait consacrées à Svâmi Prajnânpad. J’ai beaucoup aimé ses interventions. J’ai eu alors l’idée de lui demander de préfacer l’un des volumes de la correspondance de Svâmiji. Je trouvais cette préface tellement bonne que quelques années plus tard je lui ai demandé de l’étoffer un peu. Je pensais qu’il se limiterait à rédiger une petite plaquette. Au final cela a donné un vrai livre. Je continue à le trouver excellent.

F.B. : As-tu aujourd’hui encore une ambition éditoriale qui te tient particulièrement à cœur ?

Jean-Louis Accarias : Comme je te l’ai dit, j’ai publié près de 200 livres et mon catalogue est couv-la-traversee-vers-lautre-riveuniquement composé d’auteurs que j’apprécie. Quand je le feuillette, il m’arrive d’être moi-même étonné par sa richesse. Je n’ai donc plus d’ambitions spéciales. Enfin ! Aujourd’hui, si ambition il y a, c’est de faire mieux connaître la non-dualité. L’advaïta décrit ce qui est. C’est la perspective la plus juste à mes yeux. Elle va directement à l’essentiel et pointe l’illusion de la séparation… (silence)… C’est drôle le rapport que j’ai avec ce catalogue. Je ne le ressens pas du tout comme une œuvre personnelle. Un peu, bien sûr mais surtout je suis très conscient du fait qu’il existe grâce aux auteurs et au travail de nombreuses personnes. Je ne suis que le point de confluence de leurs talents… Bref, je ne m’identifie pas au catalogue de mes livres. S’identifier à un catalogue de livres spirituels, ce serait tout de même le comble ! (rires)