Etienne Appert: Un artiste multidimensionnel

204761_1989128890532_1170867_oLe parcours d’Etienne est celui d’un homme qui a patiemment entrepris de se délivrer de ce que Gabriel Matzneff appelle «la chaîne des faux devoirs» pour avancer, sinon avec confiance, du moins avec constance dans la direction de ses rêves. A une époque ou la désespérance et le fatalisme sont érigées en religion d’état, un tel acte de foi relève ni plus ni moins de la témérité. Voilà qui mérite amplement que l’on s’y arrête un instant.

Etienne est un enfant rêveur et débordant de vitalité qui a toujours une nouvelle histoire à se raconter. Encouragé par l’une de ses soeurs, son imagination foisonnante trouve très tôt à s’exprimer de manière concrète et créative. La fratrie fabrique de petits livres illustrés et organise des spectacles dans le garage du pavillon familial. Sa mère lui donne le goût du dessin. Cette découverte le touche au coeur et il s’y adonne bientôt avec enthousiasme. Il n’en oublie pas pour autant de sa vocation fondamentale. Quel que soit le média utilisé, Etienne est et reste avant tout un conteur. En permettant une combinaison unique de mots et d’images, la bande dessinée lui fournit un média idéal pour commencer à mettre en forme les histoires qui l’habitent. Dès le collège, il prend l’habitude de dessiner régulièrement et il passe ses années de lycée à assimiler en autodidacte les bases de son art.

femmeogreEAppert 4Lorsque vient le moment de choisir une orientation professionnelle, Etienne ne s’empresse cependant pas de se lancer dans la vie d’artiste. Quelle que soit l’évidence de ses dons, il n’est pas encore prêt pour le grand saut. Il commencera par devenir ingénieur. Mais après deux ans de prépa durant lesquels il se plonge corps et âme dans la découverte émerveillée des abstractions mathématiques, il passe ses trois dernières années d’études à s’adonner exclusivement à l’apprentissage du dessin, du théâtre et du chant. Fiable comme à son habitude, il se débrouille malgré tout pour décrocher son diplôme et se prépare, faute de mieux, à la vie rangée, rentable et raisonnable que d’autres ont imaginé pour lui.

Le réel ne se laisse cependant pas nier impunément. Etienne l’apprend à ses dépends. Alors qu’il est sur le point de commencer sa carrière d’ingénieur, il manque de mourir en se blessant gravement au cours d’un spectacle de rue. Cet accident lui vaut un répit inespéré de deux ans qu’il met joyeusement à profit en passant une maîtrise de philosophie à la Sorbonne. Sa convalescence prend rapidement des allures de nouveau départ. Tout en élargissant encore ses horizons intellectuels, Etienne se débrouille pour décrocher ses tous premiers contrats d’illustrateur et trouve, par surcroît, le temps d’écrire ses premiers spectacles…

femmeogre1C’est bardé de diplômes et quelque peu ébranlé dans ses peurs et ses certitudes, qu’Etienne finit par faire ses vrais débuts professionnels comme «consultant en management». INSEP CONSULTING est alors une entreprise suffisamment audacieuse pour comprendre et valoriser les multiples talents de cette nouvelle recrue. Passionné et curieux, Etienne investi sérieusement sa nouvelle fonction et en profite pour approfondir quelques uns des multiples outils de développement personnels mis au point depuis les années 70 (il approfondira notamment la PNL et l’hypnose Ericksonienne).

Toujours aussi infatigable Etienne, occupe son temps «libre» en s’impliquant activement dans de nombreuses activités théâtrales. Il poursuit par ailleurs ses activités de dessinateur pour le compte d’éditeur comme Flammarion, Hachette, Nathan… Certains des livres illustrés qu’il publie à cette époque sont toujours réédités aujourd’hui. Mais quelle que soit l’ampleur de cette activité artistique «souterraine», Etienne n’a pas encore suffisamment confiance en lui pour en faire le coeur de sa vie professionnelle et personnelle.

En 2006, il se sent par contre suffisamment mûr pour assumer des responsabilités de management. Le hasard le fait entrer au sein d’une société de crédit à la consommation dont il a pour charge de faire évoluer les pratiques et la mentalité. Il est alors Responsable Développement Innovation et Qualité. Voilà qui vous pose un homme. Marié, père d’un enfant, propriétaire d’un chat, d’une voiture et d’un pavillon, Etienne goûte enfin l’opportunité de vivre la vie rêvée du surmoi.

Ce dessin d'Etienne

Les choses auraient pu en rester là. Mais tandis que l’Etienne rationnel et pragmatique s’épanouissait à l’ombre des paperboards, l’artiste aventureux attendait son heure, tapi en un recoin du coeur. En 2010, à la faveur de bouleversements intimes, cette part prend enfin sa revanche. Etienne se trouve littéralement incapable de continuer à jouer un rôle qui n’est décidément plus à la mesure de ses talents et de ses aspirations.

C’est là que l’histoire devient vraiment passionnante. Etienne ose enfin faire passer sa nécessité intime avant ses peurs et celles de ses proches. Ce faisant, il franchit bel et bien «la frontière invisible» dont parle Thoreau: celle qui sépare une «vie de désespoir résignée» d’une existence pleinement vécue et assumée. Alors que beaucoup de ses compatriotes ressassent le thème de la «KRISE» pour justifier et alimenter leurs angoisses, Etienne se paie non seulement le luxe de quitter son travail mais pousse encore le bouchon jusqu’à inventer un nouveau métier. Il sera auteur de bandes dessinées et consultant dessinateur.

Le plus fort, c’est que ça marche! Ayant décidé de ne rejeter aucune étape de son parcours ni aucun aspect de sa personnalité, Etienne commence à comprendre qu’il peut harmoniser des qualités et des aspirations qui restaient jusque là farouchement irréconciliables.

Ce dessin d’Etienne APPERT est extrait d’un album de bande dessinée intitulée La Femme de l’ogre (Editions La Boîte à Bulles). Pour ceux qui ne l’ont pas encore acheté, il est toujours disponible à la vente sur Internet. Il suffit de cliquer sur le lien suivant: http://www.la-boite-a-bulles.com/fiche_album.php?id_album=122

Etienne transforme non seulement le monde de l’entreprise en sujet d’inspiration artistique mais il utilise également son art pour aider concrètement les entreprises à comprendre voire à améliorer leur manière de fonctionner.

Quatre albums sont désormais sortis sous la signature d’Etienne. Le premier, La femme de l’ogre a été cosigné avec son ex épouse Bernadette. Cet album, profondément personnel et original, reflète tout à la fois son amour du conte (l’histoire prend appui sur le Petit Poucet de Charles Perrault) et les nombreuses découvertes glanées au cours d’une longue démarche de connaissance de soi.

Les trois autres sont directement consacrés au monde du travail. Album de commande, Lehman, la crise et moi, réussi le tour de force d’intéresser le lecteur aux répercussions de la crise de 2008 sur l’existence d’une PME française. Composé de strips de trois ou quatre cases, Le managemental, porte un regard lucide et cinglant sur les idéaux, les illusions et les pratiques du management. L’ancien étudiant en philosophie refait quant à lui surface dans un album consacré à théorie de l’Holacracy où il traduit en bande dessinée l’approche développée par un expert en organisation du nom de Bernard Marie Chiquet.

Ce dessin d’Etienne APPERT est extrait d’un album de bande dessinée intitulée La Femme de l’ogre (Editions La Boîte à Bulles). Pour ceux qui ne l’ont pas encore acheté, il est toujours disponible à la vente sur Internet. Il suffit de cliquer sur le lien suivant: http://www.la-boite-a-bulles.com/fiche_album.php?id_album=122

Multidimensionnel par nature, Etienne ne saurait se cantonner à une seule pratique artistique. En parallèle de ses autres activités, il continue donc à créer et à monter des spectacles dans lesquels se mêlent théâtre, dessin et musique . Actuellement sur scène, Beaucoup d’ombre et beaucoup de lumière, explore l’origine du dessin au travers de grands mythes grecs et japonais mais aussi en interrogeant des épisodes fondamentaux de l’histoire familiale et personnelle de l’auteur.

Conçu en collaboration avec l’excellent guitariste de rock Laurent Mathis et le réalisateur Guillaume Darcq, Ciel blanc, le prochain spectacle, franchira un pas de plus en direction du spectacle total en mêlant la parole, le chant, la musique et la vidéo. Ce spectacle pourrait en outre donner lieu à un CD, un livre et un court métrage.

Il ne fait aucun doute qu’ Etienne a désormais suffisamment confiance en lui pour assumer et déployer sa créativité. Charge à lui maintenant d’en explorer et d’en approfondir les possibilités. Comme le dit si bien le titre d’un vieux succès de Frank Sinatra: «the best is yet to come!»

Frederick E. White