Le défi d’Être (Réedition)

Denise, GillesExtrait de la réedition du Défi d’Etre (dialogues avec Denise Desjardins) aux éditions  Dervy Livres

Gilles Farcet: On a envie de vous demander : à quoi bon en passer par là ? Pourquoi ne pas vivre tranquille en laissant sommeiller les monstres qui dorment en nos profondeurs, puisque leur réveil provoque de tels bouleversements…

Denise Desjardins: Je vous répondrai que si monstres il y a, on ne vit pas tranquille ! Tout au plus réussit-on, en dépensant beaucoup d’énergie, à survivre avec ses démons, à se maintenir dans un pseudo- équilibre sans cesse menacé. On habite sur un volcan prêt à se rallumer, ou au sommet d’un immeuble susceptible de s’effondrer à la moindre secousse. Je n’appelle pas cela vivre… D’autant que, plus les années passent, plus l’édifice se fissure, et l’on ne se dirige pas vers un vieil âge et une mort paisibles. Par ailleurs, tout dépend de ce que l’on veut, de ce que l’on recherche. Je ne voyais pas en Svâmiji un psychanalyste ou un thérapeute, mais bien un gourou, un sage dispensant un enseignement métaphysique. Le lying s’intégrait dans une démarche globale de connaissance de soi et de recherche du Soi ; c’était un élément parmi d’autres de la quête de l’absolu. Je ne me considérais pas vraiment comme une femme soucieuse de guérir de sa névrose mais comme une apprentie-disciple d’un maître védantique, et c’est là toute la dif- férence. Je n’étais pas partie en Inde pour y dénicher un super psychanalyste, même si le lying a joué un rôle essentiel dans mon propre cheminement. toutes les traditions spirituelles enjoignent aux disciples d’affronter leurs démons et ne cachent pas que cette démarche comporte certains dangers. Comme le disait Svâmii : « Le chemin n’est pas pour le lâche. » Il faut assumer et payer le prix. Peut-être ai-je moi-même payé un prix très élevé… mais je ne le regrette pas. Oui, vraiment, je ne regrette pas d’avoir payé le prix de la vérité. J’ai rencontré et connu la vérité de mon être, et cela n’a pas de prix. Si c’était à refaire, je recommencerais. un cer- tain degré de liberté intérieure, le fait de ne plus subsister dans une attitude défensive ou de camouflage vis-à-vis de mes propres émotions, valaient bien cela.

le défi de l'être

Histoire de taupes

les gens autour de moi

lisent

qu’on ne me dise pas qu’ils ne lisent pas

ils lisent sur les quais du métro

ils lisent dans le métro

ils lisent sur l’escalator

des journaux gratuits

remplis de titres comme

les français se croient en bonne santé

ou

l’économie spatiale en orbite

ou

quand les arbitres voient rouge

ils lisent tout cela

j’ignore quels effets ces phrases

produisent sous leur crâne

je sais juste certaines choses

que ces gens ratent

le nez dans leur torchon

ils ne voient pas

cette porte automatique qui s’ouvre

et se referme

avec une cadence irrégulière

ils ne voient pas

cet homme qui parle tout seul

et menace plusieurs mondes à la fois

ils ne voient pas

tout ce qui les voit

Frederick Houdaer (in « NO PARKING NO BUSINESS« )

Gilles Farcet – Ce qui souffre en toi

Ecoute écoute
écoute ce qui souffre en toi
Ecoute

N’attends pas d’être à terre
N’ attends pas l’avènement de ta déconfiture

Cale ton oreille au plus près
De ce qui souffre en toi
Au lieu de faire le fier

N’attends pas les grincements de dents
N’attends pas qu’on te jette au feu
Rabaisse ta prétention, je dis, rabaisse là

Oui je t’en prie, écoute
Ce qui en toi jamais ne s’est réconcilié
Ce qui veut en découdre
Redresser tous ces torts qui te furent infligés

Ecoute cette voix sans merci
Eprouve tout le poids de ce bras armé
Toujours tendu dans son effort
De disperser tes ennemis

N’attends pas de te voir démasqué
Sans t’ y être préparé

N’attends pas la honte
La peau à vif et cuisante
L’aperçu dévastateur
De ta stupidité faraude

Oui , ami, n’attends pas
L’envie de te foutre par la fenêtre
Quand tu te dis que tu ne vaux rien
N’attends pas, ami,
De crever comme chien

Ecoute
Non pas ce qui se plaint
Non, pas cela, mais bien

Ce qui souffre en toi

Cette voix là
T’indique le chemin
Cette voix là ne te trompe pas