AC/DC – Pour l’enfer c’est tout droit

Dans le rock n’ roll, il y a ceux qui aiment le « rock » et ceux qui préfèrent le « roll ». Il ne fait aucun doute qu’AC/DC appartient à la première catégorie. Depuis sa création en 1973, le groupe est une institution du gros rock qui tache et qui décape. Une musique de bûcheron pour imbéciles heureux.

Au début des années 70, le groupe se forme en réaction contre le rock progressif qui domine alors les ondes. Écouter AC/DC, c’est rejeter les références musicales de ses parents tout comme celles de son grand frère. Ce faisant, le groupe anticipe largement le punk. Mais qui a dit que le punk avait inventé quoi que ce soit ?

Alors que les membres d’AC/DC ont déjà largement dépassé l’âge de la retraite, leur guitariste continue aujourd’hui encore à parcourir le monde en short et en uniforme d’écolier. C’est sympathique et tout de même un peu gênant… Le groupe reste cependant l’un des meilleurs du genre. En réécoutant récemment les six albums qu’il a enregistré entre 1974 et 1979, j’ai été frappé par leur indéniable qualité.

Highway To Hell sort nettement du lot. Avec ce disque, le groupe effectue un véritable saut quantique. Il pousse sa formule musicale à son point de perfection. Highway To Hell vous donne à entendre la quintessence du rock d’AC/DC : un rythme primitif et irrésistible dominé par la chaleur d’une guitare rageuse. J’allais oublier les vocalises rocailleuses et bien timbrées du chanteur Bon Scott…

Faute d’argent, AC/DC a dû bâcler l’enregistrement de ses cinq premiers albums en quelques semaines. Au moment de la conception de Highway to Hell, le groupe peut enfin se permettre de passer trois mois d’affilé en studio. Le résultat n’est forcément pas le même. En cette époque reculée (1979), AC/DC n’a pas encore la notoriété nécessaire pour choisir son producteur. Leur maison de disque leur impose donc un certain Robert John Lange. Ce dernier n’a encore jamais travaillé avec un groupe de hard rock. Il n’en a peut être même jamais écouté. Sans à priori esthétique, il accepte cependant de mettre ses compétences au service de cette étrange musique. Entre minimalisme et raffinement, sa production saura mettre en valeur chacun des morceau de l’album.

La qualité de son travail est particulièrement audible sur Touch Too Much. En harmonisant de manière très fine la guitare rythmique, les éructations de Bon Scott et les interventions des chœurs, Lange réussit à donner un nouveau relief au morceau.

Il n’y a rien à jeter sur Highway To Hell. Tous les titres de l’album sont aujourd’hui devenus des standards du hard rock. Près de quarante ans plus tard, le groupe continue à les jouer sur scène.

Propulsée par un riff entêtant, la chanson éponyme célèbre un hédonisme décomplexé, irresponsable et morbide. Girls Got Rhythym, Shot Down In Flames et If You Want Blood… sont suffisamment puissantes pour faire crouler les murs de Jéricho.

L’album se clôt sur Night Prowler (Un rôdeur dans la nuit). Ce morceau allait durablement empoisonner le vie du groupe. En 1985, un tueur en série du nom de Richard Ramirez affirmerait en effet s’être inspiré de cette chanson pour commettre ses crimes. Ce sinistre individu alla même jusqu’à déposer une casquette ornée du logo du groupe près du cadavre de l’une de ses victimes. Même si l’on considère qu’un groupe de rock se doit de cultiver sa mauvaise réputation, il y a tout de même des limites à ne pas dépasser.

L’album donna lieu à un autre drame. Six mois après la sortie de Highway To Hell Bon Scott fut retrouvé mort dans sa voiture. A l’instar de beaucoup de ses collègues, il fut victime d’une consommation excessive d’alcool et de drogue. Il avait visiblement pris les paroles de sa chanson un peu trop au pied de la lettre.

La mort de Scott fut un coup dur pour AC/DC. Les survivants décidèrent que la vie, le spectacle et le business devaient continuer malgré tout. On remplaça donc promptement le défunt. Il n’était pas enterré depuis neuf moisqu’AC/DC publiait déjà un nouvel album : Back In Black. C’est ce qu’on appelle un travail de deuil rondement mené.

Little Nameless Nemo