KLF – Les Pieds Nickelés foutraques du show business

William Drummond et Jimmy Cauty ont un sens de l’humour bien à eux. Leurs plaisanteries absconces ne font pas rire tout le monde. Certains les considèrent comme des dadaïstes modernes, d’autres comme des carriéristes cyniques. Les plus grincheux s’obstinent à ne voir en eux que des mystificateurs minables et sans talent. Il en est même qui leur prêtent du génie. Mais les gens racontent tellement de choses…

Lorsqu’il rencontre Jimmy Cauty, Bill Drummond travaille déjà depuis dix ans dans l’industrie musicale. Fondateur du Label Zoo, il lui arrive également d’officier comme guitariste ou comme producteur. Son plus haut fait d’arme est d’avoir été un temps le manager d’Echo & The Bunnymen. Entre Drummond et Cauty se noue immédiatement une amitié vive et féconde. Du genre : « parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Ils se découvrent un but commun : faire tourner l’industrie musicale en bourrique.

Leur premier groupe porte un nom parfaitement ridicule : The Justified Ancients of the MU-MU. C’est sous cette appellation affligeante que les deux amis vont jouer leur premier tour pendable. Ce gag prend la forme d’un album entièrement composé de samples. En 1987 c’est du jamais vu. What The Fuck Is Going On ? est un collage sonore qui mêle de manière rudimentaire des extraits de chansons d’ABBA, des Beatles, de Led Zeppelin etc. L’objectif de cette démarche est de dénoncer le manque d’imagination d’une industrie qui passe son temps à recycler les mêmes idées sous des étiquettes à peine différentes. C’est presque de l’art conceptuel. Peu sensibles à cette forme de militantisme d’avant garde, les avocats des maisons de disques n’y virent pour leur part qu’une pure et simple violation du copyright. Les deux complices furent finalement contraints de brûler la totalité des exemplaires de ce premier album.

Cauty & Drummond ne se déclarèrent pas vaincus pour autant. Ils se contentèrent tout simplement de dissoudre leur groupe… et de le reformer aussitôt sous un autre nom. Devenus The Timelords, ils publient un 45 tours intitulé Doctorin’ The Tardis. En dépit de son titre incompréhensible, le single se hissa à la première place des classements.

Forts de ce premier succès, nos deux Pieds nickelés changent à nouveau le nom de leur groupe. Ils se baptisent The KLF (The Kopyright Liberation Front). Chill Out, leur premier album, ne contient qu’un seul morceau de 45 minutes. Les spécialistes prétendent que cet opus inaugure un nouveau style : « l’ambient house ». Bruitages, sons synthétiques et samples de toutes sortes sont censés entraîner l’auditeur dans une errance somnambulique à travers le sud des États-Unis. Même si on est à mon sens très loin du Texas ou de la Louisiane, le disque vaut tout de même le détours.

Peu après la sortie de Chill Out, Cauty & Drummond décident de changer radicalement de style. Délaissant « l’ambient house», ils se concentrent désormais sur la « transe ». En 1990 le groupe publie trois 45 tours qui connaîtront un succès planétaire. What Time Is Love ?, 3 A.M. Eternal et Last Train To Trancentral connaîtront de nombreuses rééditions et variantes.

Le succès a rattrapé nos activistes anti-establishment. Pour un temps, ils seront même les plus gros vendeurs de disques de Grande Bretagne.

KLF applique une recette simple et efficace. Leur musique est une combinaison endiablée de rap et de « dance music ». S’y ajoutent des voix féminines ensorcelantes et l’habituelle panoplie de bruitages. L’effet est garanti.

Cauty & Drummond se prennent au jeu. Il veulent concrétiser ces premiers succès en enregistrant un deuxième album. The White Room est conçu pour être un best seller. Le résultat dépassera de beaucoup cette ambition limitée. En plus des trois tubes déjà cités, le disque contient une kyrielle de titres intéressants.

Build A Fire est un pastiche de musique country. Dominé par les riffs plaintifs d’une steel guitar, le morceau dégage une atmosphère sereine et contemplative. Le rappeur Black Steel fait une apparition très remarquée sur la chanson éponyme.

No More Tears, démontre de manière brillante que le sampling est un art à part entière. La musique de King Tubby, un pionnier du reggae, y trouve une seconde jeunesse.

L‘album se clôt sur Justified And Ancient. KLF poussera le vice jusqu’à réenregistrer cette chanson en compagnie de la célèbre chanteuse country Tammy Wynette. Cette collaboration contre nature se soldera par un succès commercial retentissant. Comme quoi, les goûts du public ne sont pas aussi prévisibles et rationnels que l‘on veut bien le prétendre.

En 1992, The KLF est élu meilleur groupe britannique de l’année. Cauty & Drummond en profitent pour cracher dans la soupe. Ils annoncent aux médias incrédules qu’ils arrêtent la musique. Drummond parle vaguement de se faire garde forestier dans une réserve naturelle du Sussex. Nos deux hurluberlus referont surface deux ans plus tard sous le nom de la K Foundation. Au cours d’un happening largement médiatisé, ils brûlent un énorme tas de billets de banque. Le montant des dégâts s’élève à un million de livres sterling. Gainsbourg, en comparaison, fait pâle figure.

Little Nameless Nemo