Gilles Farcet – Bonne Année

Bonne année, dites vous, bonne année …

En vérité vous le savez:
Le cauchemar va continuer
Sans plus de queue ou tête
Aujourd’hui et demain qu’hier
Truc s’enfoncera encore dans sa mauvaise foi
Bidule bidouillera comme à son habitude
Machine sera toujours aussi névrosée,
Machin toujours aussi lâche

La médiocrité continuera de se rengorger
Les insensés de se perdre par leur impiété
Et l’homme impuissant dans ses œuvres de faillir ici bas

L’innocence sera bafouée
Les vieux seront abandonnés

Les attentats seront perpétrés
Quantité de commentaires postés
Les uns et les autres continueront
A exister à la petite semaine
Comme si la Parole ne les avait jamais atteints
Jusqu’à ce que la mort les surprenne
Dans une brume mi épouvantée mi médicalisée

Le climat se réchauffera
La courbe du chômage montera

Des messieurs en costume
Se fourniront encore en frissons et mornes vertiges
Auprès de jeunes femmes sinistrées

Pères et mères ne seront pour la plupart pas honorés
Par leurs progénitures tant et plus blessées

Le feu continuera de couver
Dans le bardo des cités
Les dealers de dealer

Et les ascenseurs d’être en panne

Gens de peu comme gens de trop
S’emploieront à se stupéfier
Par ingestions massives de bouffe, de boisson
D’information et de distractions
Le fils de l’homme sera encore livré
L’étranger déporté
Le dissident emprisonné
Le juste calomnié
Des noirs découperont leurs voisins à la machette
Des Américains ouvriront le feu dans des écoles
Au moyen d’armes acquises en toute légalité
Des fermiers ruinés se pendront
Des femmes battues se tairont
Des hommes castrés pèteront les plombs
Des organes seront prélevés

Des bébés mis sur le marché

Les espèces menacées seront encore chassées
Les forêts décimées
Les déchets enterrés

Pour tout dire et
En résumé
L’abomination ne s’en laissera pas compter
Bonne année dites vous bonne année

Et
En vérité vous le savez

La merveille ,
Celle la même qui maintes fois le jour
Me précipite face contre terre

La merveille
Adviendra maintenant
Des hommes et des femmes de bonne volonté
Persisteront à prier, a méditer à contempler

Le couchant embrasera les prés

Des forces seront pour toute la vie puisées
Dans le regard de leur grand père
Par des enfants guillerets

Des gens de bien s’acquitteront toujours avec dignité
De ce qui leur sera demandé

Des verres de bon vin continueront de tinter
En toute convivialité
De bons repas seront préparés

Des chants seront chantés
Des danses seront dansées
Des poèmes composés

Des grâces seront dispensées
Des promesses seront honorées

Le christ ressuscitera
Le bouddha s’éveillera
Arjuna sera libéré
Le fils prodigue reviendra

La pharmacienne de la rue du Faubourg st Denis
Poursuivra son commerce
De bodhisattva de quartier

Mon vieux voisin de la Chambarie
cultivera notre potager

Le petit garçon du magasin de Saint Savin
Entre légumes et fleurs, sur sa trottinette
Se fraiera un chemin

Ta volonté parfois sera faite
Sur la terre comme au ciel
Pas assez pour que cela se sache
Suffisamment pour tout racheter

La beauté s’insinuera
La bonté ne faiblira pas

Aujourd’hui comme hier
Des humains se lieront
Pour travailler de concert

A leur rédemption ordinaire

X se résoudra à voir et à entendre
Y renoncera à lutter pied à pied
Z choisira la voie de la vulnérabilité
Des larmes nous seront arrachées
Par l’avènement de la vérité

Ni optimiste ni pessimiste
Revenu de tout émerveillé d’un rien

Je n’attends rien et j’espère tout
De cette nouvelle année donnée

Alors bonne année, bonne année
A nous, à vous tous, bonne année

Live Fast, Die Old

Si je n’ai jamais aimé la musique de Motörhead, j’ai en revanche beaucoup de sympathie et de respect pour Lemmy Kilmister. En apprenant sa mort (très longtemps après le reste de la planète), je n’ai pu résister au plaisir de revoir ce documentaire simple et inspirant. Le parcours de cet homme à la vitalité hors norme m’a remis en mémoire un petit texte d’Arnaud Desjardins : « La Libération ne vient que comme couronnement d’une vie satisfaisante autrement dit d’une existence, que nous, pour nous, personnellement, vis-à-vis de nous mêmes, considérons comme réussie. Qu’est-ce qui fait une existence réussie ? Le seul juge, c’est nous. Ce n’est pas ce que les autres en pensent. C’est ce que nous en pensons nous.» Il serait bien entendu absurde de voir en Lemmy Kilmister un Sage au sens où l’entendent les hindous et les bouddhistes. Il n’était peut-être même pas un homme particulièrement mature et responsable. En l’entendant évoquer sa vie et sa carrière, j’ai cependant eu le sentiment très net que cet homme, à son niveau, avait réussi son existence. Avec toutes ses failles et ses limites, Lemmy dégageait une paix indéniable. Que nous apprécions ou non son mode de vie, nous pouvons tous nous inspirer de son courage, de son humour et de son indéniable lucidité.

Little Nameless Nemo