La graine préfabriquée de Paddy Mc Aloon

Paddy Mc Aloon consacre une partie non négligeable des années 70 à inventer des titres pour des albums de rock qui n’existent que dans son imagination. Perdu dans ses rêves, il passe un temps considérable à s’imaginer ce qu’il ressentirait s’il était une pop star.

Cela aurait pu continuer ainsi indéfiniment. Heureusement pour lui (et pour nous…), Paddy trouve un jour la détermination de se confronter au réel. Il entreprend alors courageusement de transformer ses rêves en réalité. En compagnie de son frère Martin et de la choriste Wendy Smith, il fonde un groupe au nom improbable :Prefab Sprout (La graine ou la pousse préfabriquée). En dépit d’une musique difficile et de textes volontiers obscurs et fantaisistes le groupe commence à attirer quelques rares inconditionnels. Il faudra encore cinq ans au groupe pour enregistrer son premier 45 tours (Lions In My Own Garden – Exit Someone-).

Deux ans plus tard, Prefab Sprout sort enfin son premier album : Swoon (acrostiche pour songs written out of necessity). Truffées de changements d’accords complexes et déroutants, les chansons de Swoon peinent à trouver leur public. Le groupe est cependant repéré par plusieurs critiques britanniques qui lui resteront fidèles tout au long de sa carrière. S’il est parfois à la limite de l’autisme, Paddy Mc Aloon sait également faire preuve d’un sens stratégique remarquable. Décidé à donner corps aux visions de sa jeunesse, il ne se laisse décourager par aucun obstacle. L’arrivée du batteur Neil Conti et du producteur Thomas Dolby (le bien nommé) Prefab Sprout passe à la vitesse supérieure. L’expression est peut-être mal choisie si l’on songe à la lenteur dont font preuve ces perfectionnistes. Paddy travaille comme si il avait l’éternité devant lui.

Pour une raison mystérieuse, le nouvel album s’intitule Steve Mc Queen. On y entend des chansons d’une qualité rare. Complexe et intelligente, la musique de Prefab Sprout tranche de manière très nette avec le reste de la production rock et pop des années 80 (en 85 nous sommes vraiment au creux de la vague synthétique). Le clavier de Thomas Dolby enrichi considérablement le son du groupe. Sans être vraiment accessible, les textes se font un tantinet moins obscurs. Certaines formules font mouche (« when love breaks down the things you do to stop the truth from hurting you »). Du coup, on a parfois l’impression d’y comprendre quelque chose.

La presse spécialisée est dithyrambique. Le commun des auditeurs a besoin d’un peu plus de temps pour lui emboîter le pas. Cette fois-ci, le succès fini malgré tout par être au rendez-vous. Pour Paddy c’est l’occasion de faire enfin l’expérience de la célébrité.

L’album s’ouvre sur un rock splendide et nerveux. Faron Young est un hommage au chanteur country du même nom. Après ce début en fanfare, les chansons suivantes se maintiennent heureusement au même niveau de qualité. Les mentors de Mc Aloon sont particulièrement présents sur Steve Mc Queen. When The Angels est dédiée à Marvin Gaye qui vient tout juste de se faire assassiner par son père. Quand à Hallelujah, cest une tribut à George Gershwin.

La mélodie simpliste d’Appetite se combine avec une rythmique étonnamment complexe. Le résultat est irrésistible. When Love Breaks Down prouve qu’une chanson mélodique et intelligente peut caracoler au sommets des hits parades. Le single connaît un tel succès qu’il sera republié cinq fois de suite. La voix de Mc Aloon s’y mêle harmonieusement avec le synthétiseur de Dolby et les choeurs de Wendy Smith. Les roucoulades de cette dernière apportent une touche de tendresse au texte mélancolique de la chanson.

Le succès international de Steve Mc Queen et de ses successeurs fut un cadeau empoisonné pour Paddy Mc Aloon. Incapable de supporter une célébrité qu’il a pourtant désiré de tout son être, le chanteur anglais perd pied. Des ennuis de santé particulièrement graves ne feront qu’aggraver son état. Il faudra attendre 2009 pour le voir revenir sur le devant de la scène. Qui a dit que le succès représentait une solution à nos problèmes existentiels ?

Little Nameless Nemo