Raynald Driez – La liste de Noël de Picoleman

Je veux du sperme pour Noël !

Des enfants à têtes décapitées

Des voisines sages et silencieuses,

Qui m’épargnent le bouquant tue-tête

de leurs télés

Je veux des boules pour Noël

Les grosses couilles rouges du père Noël

Et du vin

Car il faudra beaucoup, beaucoup,

beaucoup de vin

Au pied du sapin, Je veux du sperme

et des seins

Picoleman et ses arriérés d’enfant pas sage

A fait sa liste de cadeaux

«  Tu n’auras rien petit blaireau ! »

Me dit Michel Drucker

Je veux max Othello, un vieil acteur de

film de boule

Je veux du sperme pour Noël !

Des enfants sales et dégoûtés

Des mioches à têtes décapitées

Des fonds de sac de merde et

j’enverrais

Sur chaque enveloppe dédicacée

Des souhaits sales avec un timbre de Noël

Car j’irai à la poste à Noël

Voir le facteur dissimulé dans une tenue

De travelo rouge, dépravé, pissant

sur des enfants

Parfaitement bourré, par l’esprit de Noël

L’esprit de Noël ! le sacro saint enfileur de gaité !

Le sacro saint enculeur de flocon de neige !

Le sacro saint esprit de mon cul !

Je veux du cul à Noël, et de la neige

Que j’enverrai du bout de ma bite sur ta gueule

De mère Noël de petite pute

Poitrinaire ! chien de la casse ! vin chaud !

J’ai fait ma liste pour noël

Toi t’y étais pas mais

J’ai pas oublié cette petite pute de mère Noël

Et le sperme, et les boules, et les têtes

De nains, qui,  handicapés, sur le sol,

Comme des cadeaux dégueulasses, sont bon à défroquer

Avec leurs airs gnan gnan  de pas y toucher

À ta santé picole-man ! à Sarkosy

à Othello

À toute cette chiotte de vieux salauds

Aux putes, aux pétainistes, au morceau

de gingembre

Que ma voisine, le soir du 24, va s’enfiler

dans le cul

Avec des confettis et une putain de

bûche glacée !

Je lève mon verre picole-man, je lève

mon verre

A l’esprit de Noël. Je lève mon verre

tout déjà vide

Car déjà bu. Parce que moi je répète toute l’année

Étant professionnel de la veillée

J’ai pas joué au feignant hein !

Je trinque et je trique pour Élodie Frégé

J’Instagram sous le sapin et je vous

Facebook une bonne fête

Car il faudra beaucoup beaucoup

beaucoup d’Elodie Frégé

Le sacro saint soir de Noël

Allez allez … allez picole-man

Va déballer tes trucs, tes cocos crottes

et tes cadeaux

Va donc, sous le sapin, doucement écarter

Le soutif  jaune de la Sacro Sainte Elodie

En attendant Saint-Nicolas et ses petits mioches consacrés

Gilles Farcet – Courses de Noël

A l’approche de Noël

Le super marché

Est un super endroit

Pour prier

De toutes façons, le choix est simple :

Prier ou s’énerver

S’énerver contre cette horde de consommateurs harassés

Par l’épreuve annuelle des courses de Noël

M’énerver contre moi-même

Parce que j’en suis, de cette horde

Je n’y ai pas échappé

Ma considérable culture, n’est ce pas ,

Les livres dont je suis l’auteur

Et qui ne sont pas en vente au supermarché

(moi et ma notoriété de niche … nous pondrons un best seller

le jour où la Grande Distribution se convertira)

Ma haute singularité

La profondeur de mes préoccupations

Et autres babioles clignotantes

Accrochées à ce moi qui perd ses feuilles

Rien de tout cela ne m’est du moindre secours

En cette heure solennelle

Des courses de Noël

Si bien que me voilà

Fantôme affamé comme un autre

Cerné de blocs de foie gras

Acculé entre légions de champagnes

Et murailles de bûches

Je considère d’ un œil torve les fromages empaquetés

Et manœuvre à grand peine un caddie

Déjà à moitié rempli

J’évite de justesse

Un couple de vieillards hagards

Me ramasse en pleine face l’aboiement (« laisse moi faire s’il te plait ! »)

D’un homme chauve et ventru

A sa femme transie de crainte

A proximité des surgelés

Je tente le tout pour le tout et fonce droit sur les papillotes

« Pas de noël sans papillotes » , j’ai retenu l’injonction de mes filles

Je me venge en me saisissant des plus fines, des plus chères

Joyeux Noël ! joyeux Noël !

Me clame Leclerc en lettres rouges

Saint Emilion en promotion

Me vient l’image saugrenue

De l’un de mes auteurs de prédilection

Et néanmoins ami occasionnel

Je ne l’imagine pas dans la fosse commune des courses de Noël

Il est vrai qu’il vit seul, sans enfants ni famille

Et que je ne l’envie pas

Pour autant que j’admire son style

Et son indépendance d’esprit.

Allez, je suis content

De déambuler en cette cathédrale

Pleine à ras bords de païens mal attifés

Poussant d’une mine lasse

Leurs hottes chargées de veaux gras

Cap sur les caisses

Files résignées d’organismes corps – esprit

Arc-boutés vers tout à l’heure

Vers la délivrance, la paix

Qui n’adviendront jamais

Tant que le divin enfant

N’aura pas poussé en nous son premier cri

Oui , le choix est limpide

S’énerver ou prier

Contre ou pour les mêmes

Nous tous

Qui , que nous nous en souvenions ou non

nous évertuons à commémorer

une plus qu’improbable naissance

A l’approche de Noël

Le super marché

Est un super endroit

Pour prier