Mouse on Mars – Niun Niggung

Le disque s’ouvre sur un murmure. Quelques brèves syllabes prononcées d’une voix imperceptible. Il faut vraiment tendre l’oreille pour comprendre. Au bout d’un certain temps on arrive tout de même à distinguer les mots : « nouvelle prise ! » L’instant d’après l’auditeur est propulsé dans un sympathique foutoir sonore intitulé Download Sofist. Des accords de guitare acoustique surnagent tant bien que mal sur des nappes de sons synthétiques. Quelque part un cor de chasse entonne une mélodie bizarre et mélancolique.

Le premier titre s’achève après deux minutes de douce cacophonie. Il laisse aussitôt place au second. C’est du moins ce que nous indique les notes de la pochette. Privé de ces précieuses indications, nous pourrions croire que nous sommes toujours en train d’écouter le même morceau. Yippie est un collage anarchique de bribes sonores de provenances diverses. Des samples de cuivre s’y mélangent curieusement avec un air de synthétiseur tordu et distordu. Le tout est soutenu par rythmique effervescente. Voilà à quoi pourrait ressembler la polka à l’âge cybernétique.

Niun Niggung est un disque plein de sursauts, de ricochets, de friture et de crépitements. L’auteur de ce méli-mélo musical est un groupe allemand baptisé Mouse on Mars. Respectivement originaires de Düsseldorf et de Cologne, Jan St. Werner et Andi Toma se sont rencontrés lors d’un concert de death metal. Quelques semaines plus tard ils se croisent à nouveau dans les rayons d’une épicerie bio. C’est forcément un signe…

Sorti un an plus tard, leur premier album semble leur donner raison. Vulvaland (amis de la poésie…), est considéré par les spécialistes du genre comme l’un des albums clefs du renouveau de la pop électronique.

Remarquons au passage que les deux compères sont originaires de la même région que les membres de Kraftwerk. Mouse on Mars se range d’ailleurs parmi les héritiers légitimes du Krautrock. Le groupe s’inspire de son esprit tout en l’adaptant avec intelligence à un contexte culturel radicalement différent. Mouse on Mars nous permet ainsi de goûter en ce début de XXI ème siècle hyper normalisé un peu de l’audace et de l’exubérance qui fut jadis l’apanage de groupes comme Faust ou Neu!.

Tout comme celle de leurs illustres prédécesseurs, la musique de Mouse on Mars n’est jamais purement électronique. Ordinateurs et synthétiseurs en tout genre sont complétés par l’instrumentation traditionnelle du rock (guitare, basse, batterie), ainsi que par de nombreux instruments à vent. Chaleureux et profond, le son de Mouse on Mars tranche radicalement sur le professionnalisme impeccable et impersonnel de la techno moderne.

Les amateurs de techno ne portent pas nécessairement Mouse on Mars dans leur cœur. Ces drôles de souris martiennes sont bien trop imprévisibles et second degré à leur goût. Le groupe passe sans cesse d’un style à l’autre et semble se faire une joie sinon une spécialité de bousculer leur habitudes et de décevoir leur attentes.

Aux yeux des puristes du genre, Mouse on Mars présente aussi l’inconvénient d’être beaucoup trop « pop » et commercial. Un crime impardonnable aux yeux de ceux qui ont élevé l’échec au rang de vertu. La durée moyenne des morceaux présents sur Niun Niggung tourne autour de cinq minutes. Nous sommes donc beaucoup plus proche du format de la chanson pop que des mega-mix interminables plébiscités par le public des rave parties.

Albion Rose ressemble à la musique d’un jeu électronique sérieusement barré. Diskdusk se situe quelque part entre la disco et la jungle. Mompou est la rencontre improbable entre la musique militaire et l’Ambient music façon Brian Eno. Sale, brutal et primitif, Circloid Bricklett Sprüngli nous tire de cette rêverie envapée pour un final plein d’énergie. Distoria fut l’un des titres les plus remarqués de l’album. Avec son brouillamini de break beats saturés d’électricité statique il est presque dansant.

Je recommanderais volontiers Nium Niggung à tous ceux qui souhaitent se familiariser avec la musique électronique. Il y découvriront un humour et une subtilité insoupçonnée. Encore faut-il oser se défaire de quelques préjugés esthétiques tenaces.

Little Nameless Nemo