Metallica is back in black

Le heavy metal est la musique la plus ennuyeuse que je connaisse. Elle n’a de lourd que le nom. Souvent exécutée avec une maestria époustouflante, elle ne véhicule en définitive qu’une sensation d’excitation superficielle et insatisfaisante. La plupart de ces chansons me font l’effet d’en rester au stade du prélude. Elles ne décollent jamais vraiment et me laissent au final avec la frustration d’une promesse non tenue. Coïts pesants et laborieux, elles ne tendent jamais vers l’orgasme. Elles «ardent mais ne se consument pas», aurait dit André Gide qui eût été bien étonné d’être cité dans un tel contexte.

Certains groupes s’en tirent tout de même un peu mieux que d’autres. C’est évidement le cas de Metallica. Souvent considéré comme le fondateur du genre, le groupe de Lars Ulrich et James Hetfield en fut longtemps la formation la plus emblématique.

Les membres de Metallica ne sont pas des puristes. C’est sans doute à cela qu’ils doivent une grande partie de leur immense succès. La musique du groupe est un mélange habile de rock «mainstream» et d’agressions sonores dignes des représentants les plus «hardcore» du genre.

Fondé en 1981 à San Franscisco, le groupe attire l’attention des amateurs de gros rock par des concerts d’une intensité exceptionnelle. D’une qualité supérieure à la moyenne, ses albums lui permettent de se constituer peu à peu un public d’inconditionnels. La célébrité se fera cependant attendre encore 10 ans.

Nous sommes donc en 1991. Metallica entre en studio pour enregistrer, sinon son chef d’oeuvre, du moins son plus grand succès. Preuve que le disque a su toucher leur coeur, les fans lui donnent même un « petit nom ». Il restera célèbre sous le titre (devenu presque officiel) de Black album.

A cette occasion le groupe travaille sous la férule du producteur canadien Bob Rock. Ce dernier oblige les musiciens à enregistrer dans les conditions du life. Ils y gagent en spontanéité et en sincérité. C’est déjà ça. Autre bonne nouvelle: James Hetfield s’est enfin décidé à prendre des cours de chant. Il aboie toujours autant, mais ses éclats de voix gagnent tout de même en subtilité. Tout porte à croire qu’il commence alors à acquérir le sens de la nuance.

Le Black album s’ouvre sur le megatube Enter Sandman. La chanson fera par la suite l’objet d’une magnifique reprise par Youn Sun Nah. La comparaison des deux versions est intéressante. Alors que les californiens se contentent d’être puissants et agressifs, la coréenne sait tirer parti de l’inquiétante étrangeté de la composition. La version de Metallica peut vous donner envie de danser; celle de Youn Sun Nah vous donne la chair de poule.

S’il faut en croire le batteur Lars Ulrich, Sad But True est une réflexion sur la part diabolique qui se cache en chaque être humain. Le début de la chanson me fait un peu penser à ces musiques de film jadis composées par Ennio Morricone. C’est bruyant et mélodramatique à souhait. Le reste du morceau est dominé par un riff puissant et diablement efficace. Le bourdonnement des guitares semble vraiment hanté par des plaintes tout droit sorties de l’enfer. Du bon boulot.

Don’t Tread On Me a un petit parfum de scandale. Le titre du morceau fait référence au cri de ralliement des colons américains au moment de la guerre d’indépendance. Publié au moment de la première guerre du Golf, cette apologie sans fard de la violence fait grincer quelques dents. A noter que le morceau débute par une allusion humoristique au I Want To Live In America de Leonard Bernstein.

Reste à parler de l’autre tube de l’album. Tous les occidentaux assez malchanceux pour posséder un poste de radio en 1991 ont dû l’entendre un bon million de fois. Je fais bien sûr allusion à Nothing Else Matters. Accompagné par un orchestre de quarante musiciens placés sous la direction du compositeur de musique new-age Michael Kamen, le groupe se fend d’une balade sirupeuse et conventionnelle qui fait encore hurler de nombreux fans de la première heure.

Vendu à 22 millions d’exemplaires, le Black Album fit de Metallica l’un des rares groupes vraiment incontournables de l’époque. Je ne suis pas absolument convaincu que ce soit une bonne chose.

Little Nameless Nemo