Johnny for real

Au cours de sa longue et tumultueuse carrière, Johnny Cash a publié plusieurs centaine d’albums. En comptant les live, les compilations, les rééditions et les pirates, la discographie de «l’homme en noir» dépasse allègrement les 1500 titres.

Au sein de cette oeuvre gigantesque, les American Recordings forment un groupe à part. Enregistrés durant les dix dernières années de son existence, ces disques nous font entendre un Johnny Cash au meilleur de sa forme. Certains disent qu’il n’a jamais été aussi sincère et poignant.

Ce chant du cygne doit beaucoup au talent de Rick Rubin. Producteur de hip hop et de métal, il a lancé la carrière des Beastie Boys et donné un nouveau souffle à celles des Red Hot Chilli Peppers, de Slayer, d’AC/DC ou de Metallica. Eclectique, ouvert et généreux, Rick Rubin a également travaillé avec Donovan ou Nusret Fateh Ali Khan.

Au moment où les deux hommes se rencontrent, Cash est aussi célèbre que démodé. On célèbre à l’envie sa gloire passée mais personne ne se risquerait plus à miser le moindre dollar sur son avenir. Le vieux est fini! Cash lui-même n’est guère plus optimiste que ses détracteurs. Revenu de tout, il est prêt à tout lâcher. C’est alors que Rubin rattrape in extremis le grand Johnny par la peau des fesses. Il le persuade de sortir de sa retraite pour enregistrer un ultime album de reprises.

Rick Rubin veut faire dans le dépouillé. Une voix, une guitare, un magnétophone. Pour ce premier disque, on ne fera appel à aucun autre musicien et le travail de production restera volontairement rudimentaire. Dans certains cas, Rick Rubin dédaignera les enregistrements réalisés en studio pour utiliser les maquettes capturées de manière informelle dans son salon.

Le résultat est si impressionnant qu’il propulse une dernière fois Johnny au sommet de la gloire. Cinq autres disques suivront ce premier succès. S’ils valent tous le détour, le troisième volet de la série, sous-titré Solitary Man, est de l’avis général le plus intéressant. C’est un mélange de compositions originales et de reprises de chansons pop et country.

Solitary Man s’ouvre sur les accords cristallins du Won’t Back Down des Traveling Wilburys avant d’enchaîner sur la chanson éponyme de Neil Diamond. La puissance émotionnelle véhiculée par ces deux chansons est d’autant plus saisissante qu’elles n’ont en elles-mêms pas grand chose d’exceptionnel. Johnny Cash les transcende par la sincérité de son interprétation et leur confère une profondeur qu’elles étaient loin d’avoir au départ.

That Lucky Old Sun est la première chanson que Cash ai jamais joué en public. Les reprises du One de U2 et de Mercy Seat de Nick Cave donnent à Johnny Cash l’occasion d’aligner deux autres morceaux de bravoure. Lorsqu’il les chante, il est évident que ces chansons ont été écrites pour lui. C’est à peine si on a envie de réécouter les originaux.

Autre sommet du disque, le I See A Darkness de Will Oldham est interprété en duo avec son auteur.

Parmi les compositions originales on retiendra surtout le splendide Field Of Diamond. Beaucoup plus sombre, Before My Time est une méditation amère sur le naufrage de la vieillesse.

La série des American Recordings a été réunie en coffret en 2003 sous le titre Unearthed. Avec cette série de disques la country devient enfin accessible à tous ceux qui n’ont aucun goût pour les cow-boys, les Santiags et les rodéos.

Little Nameless Nemo