Dream City Film Club

«Some are born to sweet day light, some are born to endless night» chantaient les Doors en 1967. Dream City Film Club appartient de toute évidence à la catégorie des perdants. Fatalité ou maladresse, ces types mourront sans avoir connu leur proverbial quart d’heure de célébrité.

Fondé et animé par le chanteur et songwriter Michael J. Sheehy, le groupe avait pourtant l’étoffe des grands. Textes percutants, compositions accrocheuses et qualités scéniques indéniables… Si le succès d’un groupe était proportionnel à son talent, il ne fait aucun doute que Dream City Film Club serait aujourd’hui aussi connu que Sonic Youth, les Rolling Stones ou les Sex Pistols. Mais la vie ne se contente pas d’être dure. Elle est aussi profondément injuste.

Michael J. a emprunté le nom de son groupe à une salle de cinéma porno clandestine. Exclusivement fréquenté par la communauté gay, l’établissement fut ravagé par un incendie criminel. Cet attentat coûta la vie à une cinquantaine d’hommes…

Bienvenu dans le quotidien sordide et tragique du Londres des années 90. Les chansons du premier album éponyme de Dream City Fim Club sont une chronique sombre et brutale de la misère ordinaire en pays riche.

Sheehy sait de quoi il chante. Tout comme Johnny Rotten, il grandit au sein d’une famille d’immigrants irlandais. Son enfance a pour cadre un taudis insalubre du nord de Londres. Chômage, violence, drogue et criminalité. Tout y est. En dépit d’une éducation strictement catholique, le petit Michael ne tarde pas à aller lui aussi cueillir des remords dans la fête servile. Armé de sa guitare et de ses illusions, il titube courageusement d’un pub à l’autre.

Au final, ces années de confusion se révèlent pourtant fertiles. Michael a bientôt suffisamment de chansons pour remplir trois albums. Reste à fonder un groupe. En 1995 c’est chose faite. Il faudra au combo encore deux années de travail acharné pour accoucher de leur premier disque.

Mélange de ballades envoûtantes et de rocks agressifs, ce premier album est solide, intense et cohérent. Le disque s’ouvre sur Night Of Nights.sur laquelle plane l’echo du chant de Jim Morrison. Il y est question de l’audace dérisoire de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Plus mesquine, Prefect Piece Of Trash appartient à la catégorie des «hate songs». Le chanteur y injurie l’une de ses ex d’une voix rendue froide et métallique par la rage. Dans Pissboy, garage rock bourdonnant et efficace, il retourne cette haine contre lui.

If I Die, I Die est en revanche une chanson tendre et profondement humaine. S’il en avait eu connaissance, Johnny Cash aurait très pu la reprendre sur ses American Recordings. Cette échappée belle ne dure pas. Teenage Wife, le dernier morceau de l’album, traite des obsessions et des violences sexuelles.

Que vous dire pour finir sinon qu’il s’agit là d’un album incontournable. Vous ne pouvez pas prétendre vous intéresser sérieusement au rock et faire l’impasse sur la musique de Dream City Film Club.

Little Nameless Nemo