Introduction à La Soif Grandiose

Driez« Le plus terrible, ce n’est pas la faim mais la soif.«  (Un ivrogne)

L’alliance de l’érotisme et du sacré, le bon voisinage des crucifix et des formes alanguies, la coexistence troublante de la mort, du désir et d’une prière qui monte… Tout cela n’est certes pas nouveau sous le soleil de la création. Mais justement, la puissance de l’acte créateur commis par Driez, qu’il advienne sous forme de peinture, de céramique ou de poème, tient à cette audace naïve, ou plutôt innocente, oui innocente, qui lui fait oser s’attaquer à une thématique immémoriale et que l’on pourrait juger usée jusqu’à la corde au lieu de prétendre arpenter de nouveaux sentiers.

Driez est un artiste immémorial et candide. Il est de son temps sans lui être soumis, pleinement de son époque sans lui être asservie parce qu’il n’en a pas les tics et que son sujet est exempt de bien-pensance, cette pesante et hypocrite bien-pensance des modernes déjà vieux qui aiment à se croire dérangeants alors qu’ils ne perturbent rien et ne questionnent rien d’important.

Driez est un rigoureux bouffon, un classique emberlificoté dans les tours et détours d’une culture qui, étant allée au bout des représentations, se retrouve au pied du mur de l’essentiel : le désir, la mort, la prière, c’est pourtant simple…

Le sujet de Driez, c’est donc la soif, cette soif si grandiose qu’elle ne saurait être étanchée par les coupes communes. La femme, là encore rien de neuf, est sa grotte érémitique, son atelier d’oraison, le sanctuaire où la tête de mort côtoie fioles, vins, vers de terre, fleurs et boyaux. Driez porte et exhibe sa croix, laquelle est tout à la fois rayonnante et torturée, creusée par cette soif qui hurle.

La soif a ceci d’utile qu’elle ne nous laisse pas dormir. En ce sens, Driez est un créateur cruel : souviens-toi, souviens-toi, nous serinent ses vierges situées par delà la sagesse ou la folie, n’oublie pas, ricanent ses crânes transfigurés, laisse-toi donc clouer pour libérer ton feu clament ses croix insolentes, prends-moi en connaissance de cause murmurent ses créatures… Donc Driez est un artiste utile. Je ne dirais pas qu’il fait forcément bon l’avoir chez soi mais que cela réveille. Comme la soif, en pleine nuit.

Gilles Farcet