ABSOLUTE BEGINNERS (Gilles Farcet présente La Part du Pauvre – 1ère partie)

« But we’re absolute beginners With eyes completely open But nervous all the same » (David Bowie)

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Quelques jours avant la sortie de L’âme de la ville, le premier album de La Part du Pauvre, je suis allé rencontrer Gilles Farcet, fondateur et guitariste soliste du groupe.

Frédéric Blanc: La Part du Pauvre. C’est intéressant comme nom de groupe. Pourquoi l’as-tu choisi?

Gilles Farcet: C’est un nom qui m’est venu spontanément à l’esprit. Je n’ai pas vraiment réfléchi à sa signification. Mais maintenant que tu me poses la question, je pense que ce nom fait probablement référence au concept de départ du groupe. Je m’explique. Au moment ou j’ai créé la Part du Pauvre (PdP pour les intimes), je jouais de la guitare au sein du Powerless Trio. Mes deux partenaires étaient des musiciens de formation classique. Ils avaient un très bon niveau. Il m’est aussi arrivé de jouer deux ou trois fois avec le groupe de rock Eyes Wide Open qui est lui aussi composé de très bons musiciens. Avec PdP, j’ai eu envie de monter un groupe auquel participeraient des personnes qui avaient envie de jouer de la musique mais qui n’avaient pas forcément une expérience ou une compétence très poussée dans ce domaine. Si l’on excepte Jean-Pierre, aucun d’entre nous n’avait réellement joué au sein d’un groupe dans le passé.

F.B.: Peux-tu me présenter rapidement tous les membres du groupe?

Gilles Farcet: Volontiers.

F.B.: Commençons par la base, la section rythmique.

Gilles Farcet: A la batterie nous avons Jean-Pierre Tingaud qui est par ailleurs un artiste de grand talent. Il est entre autre10497890_1439677846321998_8764780839325529005_o graveur, sculpteur et photographe. Comme je l’ai dit, Jean-Pierre est le seul d’entre nous à avoir joué dans un groupe avant les débuts de PdP. Il avait donc déjà une certaine idée de la manière dont fonctionne un groupe que ce soit sur le plan musical ou sur le plan humain. En tant que batteur il occupe une fonction essentielle. C’est lui qui donne et qui tient le rythme. De par son rôle et son expérience, Jean-Pierre contribue à donner une certaine assise musicale au groupe. La basse est tenue par Annie Bareil. Psychomotricienne de profession, elle s’est mise à la basse très peu de temps avant la naissance du groupe. De manière subjective je trouve que la basse est un instrument qui lui correspond très bien. Il colle vraiment à sa personnalité. J’aime la voir jouer… J’aime aussi l’écouter bien entendu! Annie a fait beaucoup de progrès depuis nos débuts. Elle donne maintenant, elle aussi, une assise rythmique au groupe. A la guitare rythmique c’est Ali Lham. Dans le civil, Ali est un artiste, un poète et un auteur compositeur de très grand talent. C’est aussi un personnage haut en couleur. Aujourd’hui si on écoute ses parties de guitare rythmique c’est à la fois très en place et très efficace. Son jeu est très créatif. Ali a une manière de jouer qui apporte vraiment quelque chose à l’ensemble. Je suis persuadé que PdP a été pour lui une excellente école d’écoute et de rigueur musicale.

F.B.: Passons maintenant aux chanteurs…

Gilles Farcet: Il y en a trois…

F.B.: Trois chanteurs lead? Ça fait pas un peu beaucoup?

10603945_1440306479592468_3691795632693322440_oGilles Farcet: C’est inhabituel, c’est vrai. Cela renvoie directement au nom du groupe et à son intention fondamentale. La Part du Pauvre est un groupe au sein duquel personne ne peut s’approprier «la part du riche». De par la configuration même du groupe les ego sont remis à leur place. Par exemple, le simple fait qu’il y ait trois chanteurs lead rabote un peu l’idée d’un chanteur (ou d’une chanteuse) vedette autour duquel serait structuré l’ensemble du groupe. Dans La Part du Pauvre, les trois chanteurs sont successivement mis en avant. Et quand ils ne chantent pas en lead, les chanteurs s’intègrent aux choeurs. C’est pareil pour les musiciens. La guitare solo est forcément un peu plus en avant mais pas tant que ça. Nous privilégions la cohérence d’ensemble des chansons.

F.B.: On passe aux présentations?

Gilles Farcet: Commençons par Fabien Meyer. Il travaille aujourd’hui comme directeur des ressources humaines d’une mairie de la région parisienne. C’est un homme généreux qui apporte une vibration intéressante pour le groupe. Fabien chante depuis longtemps. Il a une très belle voix qu’il a pris soin de travailler en prenant des cours de chant. Sur scène, Fabien a une vraie présence. Très intense. A mon sens, il doit encore apprendre à canaliser son immense énergie. Tout comme Jean-Pierre, Pascale Gruenberg est une artiste. Elle travaille aujourd’hui comme art-thérapeute. Pascale est une vraie chanteuse de blues et son grain de voix très particulier apporte quelque chose de fondamental à l’ensemble. Il y a enfin Morgane Farcet, ma fille aînée. Elle a 23 ans. C’est très jeune par rapport à la moyenne d’âge du groupe qui doit tourner autour de la cinquantaine. Certains sont un peu plus jeunes mais bon… Morgane suit maintenant des cours dans une école de chant. Au départ c’est ce que j’appellerais un talent naturel. Elle chante particulièrement bien… Elle est naturellement très en place. Cette facilité est même un peu écoeurante pour les autres… Elle est la dernière à avoir rejoint le groupe… Je crois qu’elle a fini par se prendre au jeu. Elle nous apporte d’une part la fraîcheur de sa jeunesse et d’autre part une voix puissante. Le tout est servi par une énergie considérable. Si chacun de ces trois chanteurs amène quelque chose de spécifique, leurs énergies sont également très complémentaires.

F.B.: Les choristes?

Gilles Farcet: Elles sont deux à assurer les choeurs de façon permanente. Johanna et Sylvia. Sylvia Nguyen est ingénieur informatique. Elle a longtemps joué du piano. Elle a donc plus de connaissances musicales théoriques que beaucoup de membres du groupe. Pendant trois ans, Sylvia a joué un rôle important dans la mise en place des choeurs. C’est vraiment pas évident, les choeurs. Sylvia s’est trouvée chargée de la tâche souvent ingrate d’essayer de leur donner un semblant de cohérence. Car il faut bien avouer qu’au départ, et pendant de nombreux mois, les choeurs de PdP ont été plutôt chaotiques. Il a fallu un long travail avant que cela commence à ressembler à quelque chose. Johanna Nedelkovitch travaille pour sa part dans une pharmacie. Elle n’avait jamais chanté avant de participer à La Part du Pauvre mais elle avait très envie de se lancer. Johanna a naturellement une belle voix. Une très belle présence sur scène aussi. Elle nous apporte son enthousiasme et sa fraîcheur.

F.B.: Et pour finir, un mot sur le guitariste soliste?

Gilles Farcet: C’est vrai que je ne me suis pas cité… En tant que soliste mon rôle n’est pas tellement de me lancer dans des solos interminables. Je complète plutôt la rythmique d’Ali en y ajoutant des notes, des rifs, et parfois de brefs solos.57ff2-gillesfarcetguitareNotre but est de recréer cet alliage tellement efficace de deux guitares complémentaires que j’apprécie chez beaucoup de groupes de blues rock. La meilleure illustration de ce style se trouve bien entendu chez les Rolling Stones. Là encore, l’idée est que personne ne tire durablement la couverture à soi, même si par moment l’un ou l’autre se trouve forcément mis en avant. La guitare solo peut par moment prendre beaucoup de place mais PdP n’est pas un groupe construit autour du guitariste soliste. Pendant que j’y suis je voudrais évoquer l’aide considérable que nous apportent les membres de l’association WPA. Je pense notamment au rôle précieux joué par Nicolas et Alexandre dans l’organisation de nos concerts. Je pense aussi à Hervé qui s’est occupé de faire imprimer les t-shirts et les affiches ou à Guillaume qui va filmer certaines de nos prestations. Chacun à sa place apporte sa pierre à l’édifice.

F.B.: En t’écoutant, je constate quand même que beaucoup de membres du groupe avaient déjà fait de la musique dans le passé. Ça ne colle pas tout à fait avec votre image de grands débutants…

Gilles Farcet: Certes. Mais comme je l’ai dit au début, la grande majorité d’entre nous n’avait jamais joué au sein d’un groupe. Et ça fait tout de même une sacrée différence. Prenons l’exemple d’Ali. C’est un auteur compositeur de grand talent. Avant d’intégrer La Part du Pauvre il s’accompagnait déjà depuis longtemps à la guitare acoustique. Il en jouait plutôt bien. Mais lors des premières répétitions de PdP il était totalement perdu. Il n’avait aucune expérience de la guitare électrique rock et, dans ce contexte, c’est à peine s’il parvenait à plaquer deux accords en rythme. Il a dû en quelque sorte réapprendre à jouer de la guitare pour s’adapter aux exigences très spécifiques de la rythmique rock. Mais Ali est extrêmement doué sur le plan musical. Il a une excellente oreille. Cela lui a permis de faire des progrès fulgurants. Cette PdPremarque vaut aussi pour les choeurs. Malgré le talent réel de chaque chanteur et de chaque choriste il a fallut beaucoup de temps et de travail pour leur apprendre à chanter à l’unisson. Pendant longtemps c’était assez nul. Choristes et chanteurs ont dû faire toute une démarche pour comprendre qu’ils étaient là pour servir les morceaux et non pour se mettre en avant. J’avais moi aussi de gros progrès à faire. J’avais bien sûr appris beaucoup de choses en me produisant en concert avec le Powerless Trio. Mais c’était tout de même très différent. Le Powerless Trio était une formation acoustique qui n’interprétait pas du tout la même style de musique que celui de PdP. Cela ne vous prépare pas vraiment à jouer de la guitare électrique dans un groupe de 9 personnes qui comprend une basse, une batterie, une guitare rythmique et plusieurs chanteurs et choristes. Il faut ajouter que lorsque j’ai formé La Part du Pauvre je venais tout juste de reprendre la guitare électrique. J’ai dû m’y remettre un ou deux mois avant la première répétition de PdP. Au départ c’était donc un projet hautement improbable… A ces difficultés purement musicales vient s’ajouter une complication supplémentaire: celle de gérer un groupe de 9 membres. Et comme chacun peut s’en douter, plus un groupe est nombreux et plus il devient complexe à gérer. 9 personnes, ça fait 9 ego, 9 mondes différents… Mais cette dimension faisait partie du défi un peu fou du départ. J’ai senti de lancer un projet dans lequel je pourrais intégrer un maximum de gens. Ça n’était pas du tout une démarche rationnelle. J’ai simplement senti de rassembler tous ces gens très différents. Je savais qu’il y aurait forcément des crispations et des frottements et qu’au final tout cela serait intégré à l’alchimie d’ensemble. C’est un truc de fous cette histoire… Il faut pas trop réfléchir.