NEVERMIND THE BOLLOCKS… HERE COMES SANDRINE LAMOINE

«What does it matter to ya?

When ya got a job to do

Ya got to do it well»

Paul Mc Cartney (Live And Let Die)

Riche et complexe, la personnalité de Sandrine Lamoine ne se laisse que difficilement résumer. Si l’intensité est à coup sûr le trait dominant de ce tempérament de feu, on aurait cependant tort de vouloir l’y réduire. Son caractère est infiniment plus nuancé qu’il n’y paraît et, même après quelques années de fréquentation régulière, on se surprend à découvrir des aspects d’elle dont on n’avait jusqu’alors à peine soupçonné l’existence. Vue de l’extérieur, Sandrine est avant tout une guerrière, une femme d’action impressionnante qui discerne clairement ses objectifs et se met au travail avec une détermination sans faille. Cette amazone a la rage de vaincre fermement chevillée au corps. Mais pour celui qui prend la peine de voir au-delà de sa timidité et de ses maladresses de tigre effarouché, elle apparaîtra sous son vrai jour; celui d’une femme au coeur pur, pleine de chaleur et d’humour.

Sandrine naît dans un foyer où la musique est omniprésente. Son père voue à cet art un amour où la ferveur se mêle à l’exigence. Exceptionnellement ouvert et éclectique dans ses goûts, il s’intéresse à tous les styles de musiques: slave, arabe, asiatique, africaine, sud américaine sans oublier la grande tradition classique européenne et même le rock and roll. La richesse et la variété de ces influences constituent pour la petite fille un terreau affectif particulièrement riche dont elle se nourrit pour grandir. Cette brûlante passion paternelle orientera le cours de son existence de manière profonde et durable.

La gamine est visiblement précoce. Et indépendante avec ça. Dans le secret de sa chambre, elle nourrit des idées bien à elle. A l’âge où la plupart des enfants répondent d’un simple haussement d’épaules aux questions relatives à leur futur métier, Sandrine a déjà des certitudes bien arrêtées: elle ambitionne d’abord une carrière de danseuse avant de bifurquer, le moment venu, vers le métier d’ostéopathe. Inutile, je pense, de préciser que l’avenir ratifiera docilement cette vision de son avenir.

Même s’il correspond à un coup de coeur, le choix de la danse n’avait pourtant rien de très évident. Sandrine aborde cette discipline avec un handicap objectif. Mince et délicat, son corps n’est pas vraiment taillé pour les exigences quasi ascétiques d’une carrière de danseuse professionnelle. Elle se blessera d’ailleurs à de très nombreuses reprises. La force de Sandrine n’a cependant jamais résidé dans sa masse musculaire. Elle compense donc aisément sa relative faiblesse physique par une ferveur, une sensibilité et une puissance de travail d’autant plus efficaces qu’elles sont mises au service d’une intention claire. A force d’audace et de ténacité, Sandrine s’épanouira sept années durant dans l’univers de la danse contemporaine. Lorsqu’elle décidera de raccrocher les chaussons après un ultime accident, elle aura derrière elle un parcours si riche qu’elle tournera sans regrets cette belle page de sa vie.

Next step: l’ostéopathie. Sandrine est une intuitive. Son intelligence sent les choses plutôt qu’elle ne les analyse. C’est peu dire qu’elle n’est pas à l’aise avec les méthodes d’enseignement universitaire. Mais nous savons maintenant qu’elle ne se laisse guère arrêter par ce genre de difficultés. Après dix ans d’études, elle se paiera le luxe de sortir major de sa promotion. Elle rempilera même cinq ans plus tard pour une spécialisation de trois ans en ostéopathie équine.

Après avoir aussi longuement contrarié sa nature, Sandrine ressent le besoin de s’adonner à une activité qui lui corresponde davantage. C’est à ce moment que la musique refait surface dans sa vie. Ayant sérieusement commencé le chant à l’âge de 17 ans, Sandrine est dotée d’une voix puissante, d’une oreille précise et d’un sens du rythme viscéral. A ce stade de sa vie, elle sent qu’il lui faut déployer cet immense talent. Tout en continuant à développer son activité d’ostéopathe, elle se met à la recherche d’un moyen de relever ce défi. La vie répondra à cette demande en la catapultant à la tête d’un groupe de rock improbable nommé EWO (Eyes Wide Open pour les intimes). Constitué de musiciens aux parcours variés et aux cultures musicales en apparence irréconciliables, EWO connaît des débuts difficiles. Une vraie tour de Babel qui voit les incompréhensions se multiplier de part et d’autres. Pour la très professionnelle Sandrine, il est par exemple incompréhensible que ses nouveaux comparses rechignent à adopter la discipline de kamikaze qui lui a jusqu’ici tellement bien réussi.

Mais peu importe les pleurs et les grincements de dents, la belle aventure d’EWO est lancée et il n’appartient pas à ses protagonistes d’y mettre fin. De psychodrames en moments de grâce, les membres du groupe se découvrent, s’apprivoisent et finissent même, pente dangereuse et ô combien fatale, par commencer à s’aimer. Même si les rapports restent parfois explosifs, EWO fait désormais preuve d’une authentique cohésion humaine et musicale qui permet de plus en plus d’intégrer et de valoriser le talent de chacun.

Il y a quelques mois Sandrine se voit proposer de prendre part à un nouveau projet musical du nom d’Unisson. Elle y interprète en compagnie de Patricia Hoarau et de Gilles Farcet des morceaux tirées du répertoire des grands groupes de rock californien des années 60 et 70 (Crosby, Stills Nash & Young, Eagles, America etc.). Mélodiques et acoustiques, ces chansons lui permettent de manifester une douceur et une sensibilité qui constituent un contrepoint idéal à l’énergie rageuse qu’elle déploie au sein d’EWO.

Sur un plan plus personnel, Sandrine franchit également une étape décisive en satisfaisant un autre de ses besoins essentiels: quitter Paris pour aller habiter une grande partie de son temps en pleine campagne. Ayant payé un lourd tribut pour se conformer aux principales exigences de la société moderne, elle a dorénavant la possibilité de vivre une existence plus conforme à sa nature profonde. En lui donnant la possibilité de partir se ressourcer régulièrement loin de l’univers dévitalisant de la capitale, sa splendide maison de «Boisdichon» joue un rôle fondamental dans nouvel son équilibre de vie. Pour la première fois peut-être dans sa vie, Sandrine ne connaît pas la suite du film. Sans projet, ni programme définit, elle découvre le plaisir et le vertige de s’ouvrir à l’imprévu.

Friedrich Weiß