Guillaume Darcq: un vrai, un dur, un tatoué

 

Guillaume Darcq est un homme de coeur. Son premier amour c’est le cinéma. Nous sommes au début des années 80. Pas de DVD. Pas d’Internet. Les magnétoscopes sont encore un luxe et les cassettes vidéos coûtent très cher. Guillaume satisfait sa passion en regardant avec ferveur les cinq ou six films qu’il possède en commun avec ses amis d’alors. C’est peu mais cela suffit amplement à nourrir sa flamme. Son bac en poche, il décide d’entamer des études de cinéma. S’il s’intéresse beaucoup à la théorie du septième art, il n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il peut essayer de la mettre en pratique. Ouvert et chaleureux, il n’a aucun mal à se lier d’amitié avec ceux de ses camarades qui partagent sa fièvre créative. Ensemble, ils tentent, expérimentent, se trompent et s’améliorent. Chaque projet est un peu plus abouti que les précédents. Explorateur, Guillaume ne l’est pas que dans son art. Dès la fin de la terminale, il commence à bourlinguer. Après les pays Scandinaves et le Mexique, c’est la découverte de l’Inde, du Pakistan et du monde tibétain. Berceau de l’une des plus hautes et des plus anciennes cultures de l’humanité, le sous continent indien exerce depuis longtemps une puissante fascination sur l’Occident. Si l’Inde peut avoir une influence destructrice sur certains esprits, elle en inspire beaucoup d’autres en leur permettant de porter un regard radicalement neuf sur le monde.

Pour Guillaume, l’Inde sera une terre d’initiation et d’introspection. Tour à tour source d’émerveillements et de déceptions cruelles, elle l’amènera à préciser puis à confirmer ses choix de vie futurs. C’est au cours d’un long séjour à Auroville que Guillaume a l’occasion de voir pour la première fois les films que le réalisateur français Arnaud Desjardins a consacré aux spiritualités orientales. Cette découverte est pour lui «un choc spirituel et cinématographique» majeur. En tant que cinéaste il sait désormais ce qu’il veut faire de sa caméra. A l’instar de son illustre devancier, il brûle de réaliser des documentaires très personnels au moyen desquels il donnera à voir et à partager ce qui lui tient vraiment à coeur. Guillaume appartient à cette famille de cinéastes qui s’investissent corps et âme dans leurs films de telle sorte que ceux-ci finissent par constituer un autoportrait en creux.

La thématique récurrente des sept films personnels qu’il réalisera entre 1996 et 2013 traite de toute évidence de la construction et du déploiement de son identité d’homme au travers de la rencontre de figures paternelles. A cet égard,les choses commencent très mal. Oswald, film de fiction, réalisé en 1996, raconte l’histoire d’un jeune garçon né sans yeux qui se trouve enfermé dans une cave par son père qui finit par se suicider. Avant de se donner la mort, ce dernier prend tout de même soin de déverrouiller la porte de la cave donnant ainsi une chance à son fils de conquérir sa liberté. Les documentaires suivants montrent un Guillaume très occupé à rechercher la compagnie de ses aînés. On le voit, entre autre, en compagnie d’un songwriter américain échoué dans une communauté tibétaine, d’un vieux sadhu hindou faisant ses ablutions dans le Gange, d’un maître de méditation birman ou d’un débardeur à cheval du haut Bréda. Désireux de grandir, Guillaume a l’intelligence et la distance critique nécessaire pour s’ouvrir à chaque personne et prendre le meilleur de ce qu’elle a à lui enseigner. Au fur et à mesure de sa maturation, les rencontres se font plus convaincantes. En se confrontant à des personnalités aussi déployées que celles de Denise Desjardins ou de Gilles Farcet, il entre enfin en relation avec des «anciens» à la dimension de sa soif de maturation. Aujourd’hui Guillaume change peu à peu de rôle.

Après avoir tant reçu, il est finalement en mesure de partager un peu de ce qu’il a assimilé. S’il continue bien sûr à le faire par le biais de sa caméra, il commence également à utiliser d’autres moyens. Passionné par la montagne, la psychologie et les rituels d’initiation des sociétés traditionnelles, Guillaume co-anime des groupes d’hommes qui permettent aux participants de mieux comprendre et de mieux vivre leur virilité.

Mr White