La mer venimeuse

Hugo_madestinée

Plage détrempée, pueuse

Pitié cimetière au drapeau rouge

Où tout ce sable gît encore

Dans mes yeux qui se retiennent

Dans mes yeux

Trône l’or vague 

Siège foin l’infect pied

Et sous le sable tend le 

Petit tueur victorieux

Dans cette Epouvantable ville 

L’épouvantable ville furieuse 

Funèbre église qui croit la vie

Egarée à la craie obstinément 

Comme une dune labourée

Il était bon de s’amuser

De se baigner, de regarder la mer, 

Mourante, 

Tel un vieux pêchou

Nous le savions déjà

Que nous allions mourir, et puis renaître

Tes seins nus et d’autres croix partout

Des calvaires prononcés

A chaque carrefour

Vaste champs creusé de l’enfance

Que la vie enfla

Sur ces sentiers justement

Qui nous battaient

Bien mieux que nos mamans martinet

Cassés et improbables 

Il est né

Quand nous avions 15 ans

La mer saline sur l’avenue verte

Est née ici profondément

Ici, Couché comme un tombeau

L’amour

Dans un lit sale

Lit dégueulasse qu’emporte en mer polie, Méline

Refusé, nié, piétiné

_ Tu ne m’aimes plus _ disais tu

Initiale méprise

Qui toute ma vie durant

Surtout l’hiver, m’aura brûlé 

Il est né de l’innocence

Auprès et entre deux corps blancs,

Beaux corps d’albâtre et tout puissants 

Sous des récits d’adolescents

Atrocement bouche fermé

Petit doigt baptisé qui tourne 

Et coupe cruelle et carrée

Dans tes yeux déroulés sur moi

Éventuellement qui nous croyait

Comme deux rejetons d’un moment

Où même rejetons éternellement

Mais moi jamais vraiment inachevé

Pas encore habitué

Pas rodé d’herbe au premier feu

Pas encore ivre et 

D’une beauté insoutenable

Mes yeux noirs, couleurs glauques, 

Que tu savais déjà

Et mes lèvres tremblantes

Ce qu’aujourd’hui j’appelle ma « fébrilité »

Tu les lisais déjà

C’était un temps inouï

Un implacable triomphe

C’était comme une fête qui ne pouvait se rompre

Guidée par le destin

Plus loin nous allions au parc 

Le mini golf ; tu t’en souviens ?

Et ce jeune homme autorisé

Tout exclusif qu’il était

Sinistre marin

Premier se caressant le front

Premier plaisir, première marelle

Dru et sombre, le grabugeux

Et caressant tes deux seins qui 

Comme des tombes d’or

_Mais pas le premier, non,

Pas le premier à les aimer_

Et ils enflaient en grand fracas

Comme pour dire

«  Qu’avons nous fait ? »

Camouflés sous le sable

Comme pour dire qu’ils

M’ont longtemps émerveillés ces deux seins

Bien éclatés

Comme pour dire

Qu’ils sont à moi ces deux petits méchants

Ces Lesbos cruels et balafrés

Qui pointent leur âme à leur boucher

Mer remplie de colère

Mer mystique et spirituelle

 

Mer venimeuse

RaYnaLd DrIeZ