A toi

 

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A toi qui t’épuises à te battre avec ton conjoint

La question n’est pas de savoir qui a raison. Il se trouve simplement que chacun voit midi à sa porte. Arrête de vouloir être quelque chose de spécial, sois simplement ce que tu es. Arrête de tirer à vue et contente-toi de t’asseoir !

Tout le monde s’imagine que son ego est quelque chose d’immuable, une sorte de point fixe autour duquel tout tourne. Il y avait jadis un homme qui disait : « Regardez, tout le monde meurt sauf moi ! » Il y a maintenant belle lurette qu’il est mort.

Tout le monde parle de mariage d’amour, mais n’est-ce pas en réalité pour le sexe qu’on se marie ? Au bout du compte, n’est-ce pas tout simplement d’un pénis et d’un vagin qu’il s’agit ? Comment se fait-il que personne ne dise qu’il est tombé amoureux d’un vagin ?

A l’occasion, regarde l’expression d’un chien qui vient de copuler. Il fixe le vide avec des yeux vides. C’est exactement pareil pour les êtres humains ; au début ils deviennent hystériques et, pour finir, il n’y a rien du tout.

Un homme qui ne comprend rien à rien épouse une femme qui ne comprend rien à rien et tout le monde s’exclame : « Félicitations ! » Voilà quelque chose que je n’arrive pas à comprendre.

La famille est un endroit où parents et enfants, mari et femme se tapent tous ensemble sur les nerfs.

Quand un enfant est indocile, les parents rouspètent : « Tu ne comprends rien ! »Mais qu’en est-il des parents ? N’est-ce pas tout aussi vrai qu’ils ne comprennent rien eux non plus ? Tout le monde est perdu dans l’ignorance.

Tout le monde parle d’éducation, mais quel est le but de cette éducation ? A faire de nous des citoyens ordinaires, rien de plus.

Plus drôle que l’observation des singes au zoo est l’observation des humains en liberté.

Kodo Sawaki

L’ EXPOSITION INÉDITE

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Si la galerie est provisoirement fermée en raison de la crise sanitaire, les artistes continuent à créer et leurs ateliers bouillonnent de talent. Afin de leur permettre de continuer à montrer leurs œuvres et de vous permettre de continuer à vous abreuver aux sources de l’art vivant, je vous propose cette Exposition Inédite.  Olivier Rousseau

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Être & Savoir

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GURDJIEFFLe développement de l’homme, disait-il, s’opère selon deux lignes : “savoir” et “être”. Pour que l’évolution se fasse correctement, les deux lignes doivent s’avancer ensemble, parallèles l’une à l’autre et se soutenant l’une l’autre. Si la ligne du savoir dépasse trop celle de l’être, ou si la ligne de l’être dépasse trop celle du savoir, le développement de l’homme ne peut se faire régulièrement ; tôt ou tard, il doit s’arrêter.

Les gens saisissent ce qu’il faut entendre par “savoir”. Ils reconnaissent la possibilité de différents niveaux de savoir: ils comprennent que le savoir peut être plus ou moins élevé, c’est-à-dire de plus ou moins bonne qualité. Mais cette compréhension, ils ne l’appliquent pas à l’être. Pour eux, l’être désigne simplement “l’existence”, qu’ils opposent à la “non-existence”. Ils ne comprennent pas que l’être peut se situer à des niveaux très différents et comporter diverses catégories. Prenez, par exemple, l’être d’un minéral et l’être d’une plante. Ce sont deux êtres différents. L’être d’une plante et celui d’un animal, ce sont aussi deux êtres différents. L’être d’un animal et celui d’un homme, également. Mais deux hommes peuvent différer dans leur être plus encore qu’un minéral et un animal. C’est exactement ce que les gens ne saisissent pas. Ils ne comprennent pas que le savoir dépend de l’être. Et non seulement ils ne le comprennent pas, mais ils ne veulent pas le comprendre. Dans la civilisation occidentale tout particulièrement, il est admis qu’un homme peut posséder un vaste savoir, qu’il peut être par exemple un savant éminent, l’auteur de grandes découvertes, un homme qui fait progresser la science, et qu’en même temps il peut être, et a le droit d’être, un pauvre petit homme égoïste, ergoteur, mesquin, envieux, vaniteux, naïf et distrait. On semble considérer ici qu’un professeur doit oublier partout son parapluie. Et cependant, c’est la son être. Mais on estime en Occident que le savoir d’un homme ne dépend pas de son être. Les gens accordent la plus grande valeur au savoir, mais ils ne savent pas accorder à l’être une valeur égale et ils n’ont pas honte au niveau inférieur de leur être. Ils ne comprennent même pas ce que cela veut dire. Personne ne comprend que le degré ;du savoir d’un homme est fonction du degré de son être.

Lorsque le savoir surclasse l’être par trop, il devient théorique, abstrait, inapplicable à la vie ; il peut même devenir nocif parce que, au lieu de servir la vie et d’aider les gens dans leur lutte contre les difficultés qui les assaillent, un tel savoir commence à tout compliquer ; dès lors, il ne peut plus apporter que de nouvelles difficultés, de nouveaux troubles et toutes sortes de calamités, qui n’existaient pas auparavant.

La raison en est que le savoir qui n’est pas en harmonie avec l’être ne peut jamais être assez grand ou, pour mieux dire, suffisamment qualifié pour les besoins réels de l’homme. Ce sera le savoir d’une chose, lié à l’ignorance d’une autre ; ce sera le savoir du détail, lié à l’ignorance du tout : le savoir de la forme, ignorant de l’essence.

Une telle prépondérance du savoir sur l’être peut être constatée dans la culture actuelle. L’idée de la valeur et de l’importance du niveau de l’être a été complètement oubliée. On ne sait plus que le niveau du savoir est déterminé par le niveau de l’être. En fait, à chaque niveau d’être correspondent certaines possibilités de savoir bien définies. Dans les limites d’un “être” donné, la qualité du savoir ne peut pas être changée, et l’accumulation des informations d’une seule et même nature, à l’intérieur de ces limites, demeure la seule possibilité. Un changement dans la nature du savoir est impossible sans un changement dans la nature de l’être.

Pris en soi, l’être d’un homme présente de multiples aspects. Celui de l’homme moderne se caractérise surtout par l’absence d’unité en lui-même et de la moindre de ces propriétés qu’il lui plaît spécialement de s’attribuer: la “conscience lucide”, la “libre volonté”, un “Ego permanent” ou “Moi”, et la “capacité de faire”. Oui, si étonnant que cela puisse vous paraître, je vous dirai que le trait principal de l’être d’un homme moderne, celui qui explique tout ce qui lui manque, c’est le sommeil.

L’homme moderne vit dans le sommeil. Né dans le sommeil, il meurt dans le sommeil. Du sommeil, de sa signification et de son rôle dans la vie, nous parlerons plus tard. À présent, réfléchissez seulement à ceci : que peut savoir un homme qui dort ? Si vous y pensez, en vous rappelant en même temps que le sommeil est le trait principal de notre être, aussitôt il deviendra pour vous évident qu’un homme, s’il veut réellement savoir, doit réfléchir avant tout aux façons de s’éveiller, c’est-à-dire de changer son être.

L’être extérieur de l’homme a beaucoup de côtés différents : activité ou passivité ; véracité ou mauvaise foi ; sincérité ou fausseté ; courage, lâcheté ; contrôle de soi, dévergondage ; irritabilité, égoïsme, disposition au sacrifice, orgueil, vanité, suffisance, assiduité, paresse, sens moral, dépravation; tous ces traits, et beaucoup d’autres, composent l’être d’un homme.

Mais tout cela chez l’homme est entièrement mécanique. S’il ment, cela signifie qu’il ne peut pas s’empêcher de mentir. S’il dit la vérité, cela signifie qu’il ne peut pas s’empêcher de dire la vérité — et il en est ainsi de tout. Tout arrive ; un homme ne peut rien faire, ni intérieurement, ni extérieurement.

Il y a cependant des limites. En règle générale, l’être de l’homme moderne est d’une qualité très inférieure. D’une qualité si inférieure parfois qu’il n’y a pas de changement possible pour lui. Il faut ne jamais l’oublier. Ceux dont l’être peut encore être changé peuvent s’estimer heureux. Il y en a tant qui sont définitivement des malades, des machines cassées dont il n’y a plus rien à faire. C’est l’énorme majorité. Rares sont les hommes qui peuvent recevoir le vrai savoir ; si vous y réfléchissez, vous comprendrez pourquoi les autres ne le peuvent pas : leur être s’y oppose.

En général, l’équilibre de l’être et du savoir est même plus important qu’un développement séparé de l’un ou de l’autre. Car un développement séparé de l’être ou du savoir n’est désirable en aucune façon. Bien que ce soit précisément ce développement unilatéral qui semble attirer plus spécialement les gens.

Lorsque le savoir l’emporte sur l’être, l’homme sait, mais il n’a pas le pouvoir de faire. C’est un savoir inutile. Inversement, lorsque l’être l’emporte sur le savoir, l’homme a le pouvoir de faire, mais il ne sait pas quoi faire. Ainsi l’être qu’il a acquis ne peut lui servir à rien, et tous ses efforts ont été inutiles.

Dans l’histoire de l’humanité, nous trouvons de nombreux exemples de civilisations entières qui périrent soit parce que leur savoir surclassait leur être, soit parce que leur être surclassait leur savoir.

À quoi aboutissent un développement unilatéral du savoir et un développement unilatéral de l’être ? demanda l’un des auditeurs. Le développement de la ligne du savoir sans un développement correspondant de la ligne de l’être, répondit G., donne un faible Yogi, je veux dire un homme qui sait beaucoup, mais ne peut rien faire, un homme qui ne comprend pas (il accentua ces mots) ce qu’il sait, un homme sans appréciation, je veux dire : incapable d’évaluer les différences entre un genre de savoir et un autre. Et le développement de la ligne de l’être sans un développement correspondant du savoir donne le stupide Saint. C’est un homme qui peut faire beaucoup, mais il ne sait pas quoi faire, ni avec quoi ; et, s’il fait quelque chose, il agit en esclave de ses sentiments subjectifs qui le peuvent égarer et lui faire commettre de graves erreurs, c’est-à- dire, en fait, le contraire de ce qu’il veut. Dans l’un et l’autre cas, par conséquent, tant le faible Yogi que le stupide Saint arrivent à un point mort. Ils sont devenus incapables de tout développement ultérieur.

Pour saisir cette distinction et, d’une manière générale, la différence de nature du savoir et de l’être, et leur interdépendance, il est indispensable de comprendre le rapport du savoir et de l’être, pris ensemble, avec la compréhension. Le savoir est une chose, la compréhension en est une autre. Mais les gens confondent souvent ces deux idées, ou bien ils ne volent pas nettement où est la différence.

Le savoir par lui-même ne donne pas de compréhension. Et la compréhension ne saurait être augmentée par un accroissement du seul savoir. La compréhension dépend de la relation du savoir à l’être. La compréhension résulte de la conjonction du savoir et de l’être. Par conséquent l’être et le savoir ne doivent pas trop diverger, autrement la compréhension s’avèrerait fort éloignée de l’un et de l’autre. Nous l’avons dit, la relation du savoir à l’être ne change pas du fait d’un simple accroissement du savoir. Elle change seulement lorsque l’être grandit parallèlement au savoir. En d’autres termes, la compréhension ne grandit qu’en fonction du développement de l’être.

Avec leur pensée ordinaire, les gens ne distinguent pas entre savoir et compréhension. Ils pensent que si l’on sait davantage, on doit comprendre davantage. C’est pourquoi ils accumulent le savoir ou ce qu’ils appellent ainsi, mais ils ne savent pas comment on accumule la compréhension et ils ne s’en soucient pas.

P. D. Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu

Stratégie de survie

92621541_2865081296904563_4302511938631368704_oPrenons mon propre cas :

On s’accorde à le reconnaître,

je suis un type gentil.

Pas un méchant, pas un mauvais

Enervant, parfois, d’accord

mais pas de la corporation des salopards patentés. Plutôt, en vérité,

de celles des braves bougres

de ceux qui, quand par inadvertance, ils font mal à une mouche

s’en excusent à profusion

Et cependant, je me prends régulièrement

en flagrant délit de dureté.

Oh, pour pas grand chose, à dire vrai pour presque rien

Ce qu’on appelle des détails

des broutilles du quotidien

Avec mes proches, de préférence

Telle manière de faire une chose insignifiante

a-t-elle le malheur de ne pas correspondre à la conception que j’en chéris

que me voilà procureur

Inflexible gardien d’un dérisoire bien

avocat général à l’austère figure , drapé dans son hermine

Et croyez moi , ça ne rigole pas

Pour quelques instants, quelques instants seulement

La plupart du temps, ces accès s’en vont si vite

qu’ils passent quasi inaperçus

on ne les retient pas, n’est ce pas

ils ne sont pas consignés dans le grand livre de mes manquements et autres défauts évidents.

Et pourtant …

On s’accorde à le reconnaître

je ne suis pas un type rigide

Pas un borné, pas un obtus

De tic et de toc, d’accord , quelque peu

mais pas de la race des raides

Plutôt, en vérité, de celle des psycho souples

de ceux qui, avant de dire non tournent sept fois leur langue dans leur bouche amène

et qui, s’ils doivent camper sur une position, s’en expliquent d’abondance

Et cependant, je me prends régulièrement

en flagrant délit d’intransigeance

oh pour pas grand chose, à vrai dire pour presque rien

ce qu’on appelle des détails

des broutilles du quotidien

Avec mes proches, de préférence

Telle façon de procéder au sein de la maisonnée

vient elle contrecarrer mon ordre préétabli

que me voilà gardien de la loi par moi écrite

sourcilleux constitutionnaliste

ou petit fonctionnaire brandissant son règlement

Et croyez moi , ça ne rigole pas

Pour quelques instants, quelques instants seulement

La plupart du temps, ces accès s’en vont si vite

qu’ils passent quasi inaperçus

on ne les retient pas, n’est ce pas

ils ne sont pas consignés dans le grand livre de mes manquements et autres défauts évidents.

Et pourtant …

Pourtant, l’intégriste est en moi

l’inquisiteur aux yeux fous,

le procédurier sanguinaire

ou encore l’instrument médiocre

de la banalité du mal

celui qui applique les ordres

de l’enfant blessé

toujours aux aguets dans ses soubassements

Car , mes amis, c’est de cela qu’il s’agit

Croyez moi sur parole, je l’ai vu,

j’ai regardé le monstre à tête de chérubin, droit dans les yeux

j’ai soutenu son regard tout d’innocence bafouée

comme de détermination glacée à maintenir ses prérogatives

Après des décennies de traque, j’ai fini par le débusquer

le masque a été arraché

En vérité je vous le dis

c’est au coeur du quotidien qu’il s’agit de le rechercher

cet enfant à jamais blessé

tout entier voué à sa guerre sainte, indifférent au nombre de victimes

C’est dans l’intimité qu’il se révèle

auprès des plus aimés

Qui aime bien tyrannise bien

Puisque l’enjeu est vital

En vérité je vous le dis

la plus insignifiante manifestation de dureté

charrie une souffrance abyssale

rage et désespoir d’enfant

mis au pied du mur

d’un réel inassimilable

toute poussée d’intransigeance

trahit une insigne faiblesse

toute crispation obtuse sur un moindre détail

exprime un enjeu de vie et de mort

rien moins que la terreur de se voir englouti,

anéanti en son tréfonds

Là où règne cet enfant,

il n’est point de pardon

d’écoute

de raison

juste une loi d’airain qui ne répond qu’à elle-même

Amis, soyons attentifs

à nos petits accès de tyrannie domestique

à nos moments mesquins

à nos joutes dérisoires

à nos argumentations programmées en boucle

à nos vertueuses dénonciations

et solennelles indignations

Intéressons nous à cette guerre de l’ombre

qui se poursuit toute notre vie

entre les murs de nos logis

dans le face à face de nos amours

les tranchées de nos affects

les couloirs sans issue de nos vielles histoires perpétuellement recyclées

là où résonnent pleurs et puérils grincements de dents

Car c’est là que cela se joue

l’enjeu

la stratégie

au service de ce qui n’est plus

C’est à cet endroit

que naissent les abominations

exactions et autres

crimes contre l’humanité

dans la cuisine

la chambre à coucher

tout ce qu’on nomme le foyer

Voyons là, cette guerre, prenons en la mesure

et comprenons qu’elle est finie

J’ai survécu, je suis en vie

la machine broie du vide

Mon précieux arsenal, je peux te déposer.

Servitude ou liberté ?

La question semble mériter

D’être à chaque instant posée.

Gilles Farcet

 

Quid

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Si je n’apprends rien de moi durant cette période, je n’apprendrai jamais rien.

Si elle ne pose pas de questions sur mes liens, mes relations à l’autre, mon rapport à mes proches et à moi-même : qu’en dire ?

Si elle ne remet pas en cause mon appréhension de l’Intérieur et de l’Extérieur : qu’en faire ?

Si elle ne me permet pas de Voir mes habitudes délétères, mes mécanismes, mes enchaînements machinaux : alors quoi ?

Si elle n’est pas le moyen de faire un pas de côté, de labourer quelques champs laissés en friche, d’essayer quelque chose : quid du sens ?

Si, finalement, elle n’est qu’un temps subi qui n’attend que de me voir sauter de nouveau, pieds joints, mains attachées derrière le dos, dans la précipitation du monde, alors :

pauvre de moi.

Judith Wiart

Ceux qui ont aimé le texte de Judith peuvent visiter son site (La Mare Rouge) pour en lire d’autres. Ceux qui n’aiment pas lire et qui préfèrent « regarder les images » peuvent se rendre sur Pola Room où ils trouveront certainement leur compte.